Europe Ecologie, l'autre vote protestataire

L’UMP voudrait les récupérer, mais ils se reporteront majoritairement sur la gauche. D’après les sondages, environ 80% des électeurs d’Europe Ecologie se rallieront aux listes PS au second tour. Ils aideront donc Jean-Paul Huchon, qui a fusionné sa liste avec celle de Cécile Duflot (et du Front de Gauche). Pourtant, le fait qu’un parti écologiste s'inccrive au-délà des 10% des voix (près de 17% en Ile-de-France) est un phénomène récent, qui date des élections européennes de 2009.

 

Cette montée en puissance rappelle, d’un point de vue électoral, celle du FN dans les années 80, ou l’éphémère succès du Modem en 2007. Deux partis aux discours opposés, mais qui se présentent tous deux comme anti-système. C’est-à-dire que FN et Modem tiennent une posture proposant une « troisième voie » à l’alternance classique PS-UMP, en refusant du coup de se positionner à droite ou à gauche.

En termes sociologiques, c’est ce qu’on appelle un vote protestataire. Pour Erwan Lecoeur, sociologue et spécialiste de l’écologie politique, on retrouve cette « volonté d’une troisième voie chez Europe Ecologie, potentiellement porteuse d’une autre vision du monde. »

 

Transfert de voix

 

Du coup, la question du lien entre les votes FN, Modem et Europe Ecologie se pose. Le Modem est un des grands perdants de l’élection. Le transfert de ses voix vers Europe Ecologie est assez probable: «un grand nombre des électeurs qui ont pu voter Bayrou en 2007 pour trouver une alternative, se retrouve dans le vote Europe Ecologie », estime Erwan Lecoeur.

 

Mais il ajoute que la probabilité que des électeurs qui ont pu voter FN par le passé, dans une volonté protestataire, se soient reportés sur Europe Ecologie est quasi inexistante : « le FN attire surtout des hommes a faible niveau d’études, Europe Ecologie une majorité de femmes et de personnes ayant un haut niveau d’études. »

 

Vieille gauche

 

Mais surtout, à l’inverse du FN et du Modem, Europe Ecologie s’est clairement positionné à gauche. Le mouvement est ainsi fondé et dirigé par des personnes qui ont une culture de gauche.

 

Gérard Grunberg, politologue à Science Po Paris, estime que « les écologistes ont choisi une alliance stratégique longue avec le PS, ils sont moins désintéressés par le pouvoir national qu’ils ne pouvaient l’être il y a quelques années .»

Europe Ecologie serait donc passé « au-delà du stade du vote protestataire »: « jusque là, quand les écologistes atteignaient des scores importants, ils le faisaient au détriment des socialistes. Cette fois le PS a fait un très bon score », conclut Grunberg. Pour Erwan Lecoeur, Europe Ecologie permet même « d’élargir le champ de la vieille gauche. »

 

Difficile, donc, d’envisager que les électeurs d’Europe Ecologie ne votent pas, en large majorité, pour le PS dimanche. Même si le parti a aussi su attirer des électeurs qui n’étaient ni de droite, ni de gauche. Ils représentent probablement autour de 20% de sa base électorale, si l’on en croit les sondages.

 

Ces réfractaires au vote PS peuvent se diviser en deux catégories: des écologistes « durs », qui estiment que le PS n’intègre pas assez les enjeux verts. Et d’autres votants ni de droite, ni de gauche, qui sont justement séduit par la troisième voie proposée par Europe Ecologie.

C’est cette frange de 20% que l’UMP cherche à attirer. Mais elle ne lui rapportera peu de voix (environ 4% des votants de dimanche au maximum). Et surtout, les profils qu’elle regroupe seront peu enclins à céder aux sirènes de la droite.

 

Corentin Bainier

 

 

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