La force tranquille d’Anne Hidalgo

Sur les plateaux de télévision, sur Twitter, aux quatre coins de Paris, elle est partout. Plus que le président du conseil régional francilien Jean-Paul Huchon, Anne Hidalgo est la vraie « cheffe de file » du PS pour les élections régionales en Ile-de-France. Portrait de cette enfant d'immigrés espagnols, d'abord féministe convaincue et défenseuse du droit du travail avant de s'engager en politique.

Sur les plateaux de télévision, sur Twitter, aux quatre coins de Paris, elle est partout. Plus que le président du conseil régional francilien Jean-Paul Huchon, Anne Hidalgo est la vraie « cheffe de file » du PS pour les élections régionales en Ile-de-France. Portrait de cette enfant d'immigrés espagnols, d'abord féministe convaincue et défenseuse du droit du travail avant de s'engager en politique.

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Anne Hidalgo, tête de liste PS à Paris pour les régionales

En campagne, elle n’arrête pas, mais ne s’en plaint pas : « J’adore ça. » D’attaque dès 7h55 pour une interview sur le plateau de Télématin sur France 2, nous la retrouvons après, au café situé en face de son QG de campagne, dans le XVè arrondissement de Paris. Un croissant et un thé pour la route, et c’est reparti, il faut tenir les aller-retours dans la capitale toute la journée, jusqu’à 22h30.

Une femme pressée, Anne Hidalgo ? Pas tant que ça. Il n’y a qu’à écouter sa manière de parler, très posée, voire lente. Elle a toujours voté socialiste, mais s’engage au parti tardivement, en 1994, à 35 ans.

Son premier engagement n’est donc pas socialiste, mais féministe. Elle a à peine 15 ans quand le débat sur l’avortement fait rage en France. Anne Hidalgo prend clairement position pour le droit à l’IVG. Elle découvre « La librairie des femmes » à Lyon, ville où ses parents ont immigré, alors qu’elle n’avait que deux ans, pour quitter l’ Espagne, à l’époque « le pays des grands stéréotypes machistes » , selon elle.

« Ma mère ne travaillait pas, mon père était électricien. Même si mes parents étaient des progressistes de gauche, nous avions quand même un schéma familial assez traditionnel. Il y avait un contrôle strict. Avec ma sœur, nous avons dû conquérir notre liberté », confie la tête de liste PS à Paris.

Petite fille modèle

De toute façon, Anne Hidalgo est très concentrée sur ses études, tout comme sa sœur, « plus brillante qu’[elle]. » « Mes parents avaient tout sacrifié pour la réussite scolaire de leurs enfants. Je n’allais pas bafouer leurs rêves », concède-t-elle, avec ses airs, encore, de petite fille modèle. « J’étudiais beaucoup, mais j’avais ma petite originalité, affirme Anne Hidalgo. Même si j’étais timide, j’étais plutôt rebelle : j’ai toujours cherché à ne rien me laisser imposer. »

Rebelle, rebelle… Disons que sa douce rébellion se faisait dans sa tête. Quand son institutrice de CE2 lance aux autres élèves de sa classe un « vous n’allez quand même pas laisser une petite Espagnole être première de la classe », qu’à cela ne tienne, Anne Hidalgo fait de son mieux pour le rester.

Idem en classe de seconde, lorsque son professeur de maths prend son père à part : « Il vaudrait mieux qu’elle ne fasse pas des études trop longues, qu’elle soit employée de bureau, pas plus, pour ne pas créer un trop grand fossé entre elle et vous. » Anne Hidalgo s’encourage d’un « tu vas voir ce que tu vas voir. »

Inspectrice du travail

Résultat, elle obtient un DEA de droit social et syndical. A 23 ans, elle termine cinquième de son concours d’inspecteur du travail. Un domaine masculin où les femmes représentent à peine un quart des reçus. Dès le début, elle annonce la couleur : elle n’est pas inspecteur du travail, mais inspectrice. Et ça continue aujourd’hui: Anne Hidalgo s’autoproclame « cheffe de file à Paris » du PS pour les régionales…

Elle déménage à la capitale et s’ancre dans le XVè arrondissement de Paris. Un arrondissement qu’elle tentera de reprendre à la droite à deux reprises, aux municipales de 2001 et en 2008, sans succès. Anne Hidalgo exerce son métier d’inspectrice du travail pendant neuf ans et adhère à la CFDT. Encore aujourd’hui, ses discours montrent qu’elle reste attachée à la valeur travail, « qui a toujours été centrale dans [son] univers. »

Puis elle tente de décrocher des postes de DRH (Directrice des ressources humaines). Quand une recruteuse l’interroge sur les capacités d’une femme à commander des équipes, elle s’agace : « Je lui ai demandé si elle aurait posé les mêmes questions à un homme qui aurait eu à diriger un service de femmes. Je n’ai pas été prise, mais je ne le regrette pas ! »

L’arme Twitter

Piquez la au vif, la conseillère régionale ne vous mordra pas, ça ne fera que renforcer la force tranquille qui l’habite. Un trait de caractère qui fait d’elle une redoutable adversaire politique, sous ses airs de « gentille ».

Son arme ? Les nouvelles technologies, que la quinquagénaire maîtrise parfaitement. Ses opposantes de l’UMP en ont fait les frais. En décembre, par exemple, Anne Hidalgo n’hésite pas à envoyer sur Twitter une photo de Valérie Pécresse, dormant au conseil régional. Anne Hidalgo se voit accusée de faire de la « politique de caniveau ». En janvier, également, Chantale Jouanno annonce que son parti s’occupera d’automatiser la ligne 14… Pas de chance, elle l’est déjà. Anne Hidalgo démarre au quart de tour et balance la gaffe sur internet.

En 1993, Anne Hidalgo fait ses débuts au ministère du Travail, où elle s’occupe de la formation professionnelle. Après la sévère défaite du parti socialiste aux législatives cette année-là, elle décide d’adhérer au PS : « Je me suis dit, arrête de critiquer de l’extérieur, vas-y. »

« En 1997, mes anciens patrons du ministère m’ont présenté à Martine Aubry, alors ministre de l’Emploi. En deux heures, nous avons fait affaire : je suis devenue sa conseillère, je travaillais sur la parité », témoigne Anne Hidalgo. De cette collaboration accouchent les lois sur la parité.

Les hommes de sa vie

Au cabinet de Martine Aubry, elle fait deux rencontres déterminantes pour le reste de sa vie, personnelle et politique. Alors mère de deux enfants d’un premier mariage, la belle andalouse fait connaissance avec l’homme qui deviendra le père d’un petit dernier, aujourd’hui âgé de 8 ans. Son deuxième époux est l’actuel directeur de cabinet de Martine Aubry, « son plus proche collaborateur. »

Elle découvre également l’actuel maire de Paris, Bertrand Delanoë, dont elle devient la première adjointe en 2001. L’édile a déjà affirmé qu’il ne se représenterait pas en 2013, et on chuchote qu’il soutiendra forcément son bras droit, Anne Hidalgo.

D’ici là, une autre course électorale attend la « cheffe de file socialiste à Paris », elle compte sur le PS pour conserver la région.

Rozenn Le Saint

 

Jusqu'au 21 mars 2010, 13 étudiants en journalisme du Celsa couvrent la campagne des élections régionales en Ile-de-France. Retrouvez tous nos articles sur notre site :pariregionales.fr

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