Martin Malvy: «Je ne suis pas un promeneur en politique»

Martin Malvy soufflait hier ses 74 bougies. En campagne, le socialiste, président sortant de la région Midi-Pyrénées, s'est prêté au jeu de l'interview. Il revient sur « l'affaire Teychenné », sur ses rapports avec Europe Ecologie, et les alliances envisagées au second tour.

Martin Malvy soufflait hier ses 74 bougies. En campagne, le socialiste, président sortant de la région Midi-Pyrénées, s'est prêté au jeu de l'interview. Il revient sur « l'affaire Teychenné », sur ses rapports avec Europe Ecologie, et les alliances envisagées au second tour.

Selon votre équipe, vous êtes un président « increvable » qui arpente la région à raison de 100 000 km par an. Est-ce la clé du succès ?

Non. Quand on est président de région, il faut absolument être au contact des responsables et des citoyens. Il faut aller au charbon, c'est la nature même de la décentralisation. Je ne conçois pas ma fonction comme une fonction de résidence. Je ne peux pas rester dans mon bureau à Toulouse. Lorsque j'ai été élu à la présidence de la région, j'ai d'ailleurs renoncé à ma fonction de député. C'était, selon moi, incompatible.

Pourtant, vous cumulez plusieurs fonctions en étant adjoint aux finances à la mairie de Figeac et président de la communauté de commune de Figeac-Cajarc.

Grâce à ces fonctions, je reste fidèle à ma ville, Figeac, dont j'ai été le maire pendant des années. Je suis contre le cumul des fonctions de parlementaire, de président du conseil général, de président de région, ou de maire d'une grande ville. Il devrait y avoir une loi pour cela. Être député, c'est passer trois à quatre jours par semaine à Paris. Il y a un handicap dans l'exercice des fonctions. Présider une communauté de communes, ce n'est pas un handicap !

L'UMP parle de « pointillisme excessif » et « d'éparpillement » pour qualifier vos différentes mesures. Qu'avez-vous à lui répondre ?

Rien. En réalité l'UMP est très mal en point. Sur le plan national, il y a un rejet de la politique de Sarkozy assez manifeste. Sur le plan régional, les élus UMP, qui sont à mes côtés au conseil régional, ont approuvé presque 97% de mes propositions lors de mes deux mandats. En réalité, je n'entends de critique de l'UMP que pendant la campagne électorale. En ce qui concerne le terme « éparpillement », je pourrai ressortir toutes les correspondances des élus UMP que j'ai reçu ces dernières années me demandant d' « éparpiller » un peu plus...

En 2004, vous avez refusé l'entrée des Verts dans votre gouvernement. Envisagez-vous cette année une alliance au second tour ?

En 2004 il n'y a pas eu de problème sur le plan national, il y a eu un accord sur le nombre de Verts à intégrer aux listes. A Toulouse, ils ont voulu déborder de cet accord. Evidemment, ce n'était pas possible. Mais je suis tout à fait disposé à faire une alliance. Dès le début de la campagne, j'ai dit que j'étais favorable à une liste qui nous aurait regroupés. Une grande liste de gauche avec les écologistes et les communistes.

La stratégie de rassemblement de la « gauche de la gauche » lancé par Europe Ecologie vous effraie-t-elle ?

Non, je n'y crois pas. Chacun brandit un peu la menace mais au soir du premier tour, il y aura des rencontres nationales entre socialistes, radicaux, et verts. On fera une liste commune avec tous les partis de gauche qui auront plus de 5 %, en respectant les résultats du premier tour pour la composition de la liste. Ca me paraît naturel. J'en entends parfois qui disent « on restera seul ». Ca mène à quoi ? Ce n'est pas en étant à l'extrême de l'extrême et en refusant des responsabilités que les choses changeront.

Vous parlez du NPA...

Oui. Je pense à ces formations qui ne veulent pas participer à l'exécutif. Alors à quoi ça sert de faire de la politique ? La politique ce n'est pas facile. On se heurte à des forces contraires, parfois à des murs qu'il faut essayer de faire tomber. On ne peut pas le faire en étant à l'extérieur.

Et le Modem ?

Le Modem, on ne sait pas très bien où il est... Je n'ai pas d'hostilité particulière envers ce parti, mais il est plutôt à droite qu'à gauche.

Michel Teychenné, élu PS de l'Ariège, ne sera pas sur la liste PS. Il s'estime victime d'homophobie et de « cyniques calculs politiciens ». Son remplaçant a même déclaré : « Ce qui nous pose problème, c'est ta vie privée. » Partagez-vous cet avis ?

Ce n'est pas pour cette raison là qu'il n'est pas candidat en Ariège. C'est pour les difficultés de relations qui existent depuis des années entre lui et d'autres. Et ça, je n'y suis pour rien. Si j'avais le sentiment qu'il y avait derrière un relent d'homophobie, j'y aurai mis fin. Pour bien lui montrer que ce n'était pas ça, je lui ai proposé de prendre la tête de la Commission de lutte contre les discriminations.

Un lot de consolation ?

Dans mon esprit ce n'était pas du tout un lot de consolation. C'est peut-être même plus important que d'être conseiller général de l'Ariège. Il a dit non. Peut-être que demain il dira oui.

Alain Fauconnier, votre directeur de campagne, vous qualifie « d'homme politique à l'ancienne ». Qu'entend-t-il par là ?

Il fait référence à un homme de terrain, un homme de dossier, qui se consacre à son mandat et qui le fait à fond. Quelqu'un qui n'est pas un baladeur de la politique, ni un promeneur en politique. Je revendique cette qualification.

Interview réalisée par Sophie Wahl et Marie-Eve Bourgois

Vous pouvez retrouver cet article sur http://www.actutoulouse.fr/

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