Fadila Mehal, la politique mature

Portrait. A 55 ans, la tête de liste Modem à Paris est arrivée en politique sur le tard, un choix assumé qu’elle revendique comme un gage d’expertise. Ce n’est pas le militantisme qui l’a amenée à se soumettre aux urnes, mais une expérience bien rodée des rouages de la vie publique.

Portrait. A 55 ans, la tête de liste Modem à Paris est arrivée en politique sur le tard, un choix assumé qu’elle revendique comme un gage d’expertise. Ce n’est pas le militantisme qui l’a amenée à se soumettre aux urnes, mais une expérience bien rodée des rouages de la vie publique.

Sans qu’on lui demande, Fadila Mehal évoque spontanément l’affaire Soumaré. Pour déplorer une « politique de caniveau qui décrédibilise les élus » mais aussi « un nouveau discrédit contre les personnes issues de la diversité». La diversité, un des leitmotivs de sa jeune carrière politique, une richesse trop souvent perçue « sous l’angle du soupçon et de la délinquance ».

Plutôt que de fouiller dans le passé des autres, Fadila Mehal préférerait que l’on parle d’elle. Drapée dans une écharpe orange, la tête de liste Modem à Paris s’étonne de la faible médiatisation de sa candidature. Elle s’explique: « Les politiques publiques, ça me connaît. J’ai déjà une carrière importante, je n’ai commencé la politique qu’à 50 ans, c’est donc la maturation d’un parcours. »

 

Comprenez que Fadila Mehal est tout sauf une candidate biberonnée à la lutte politicienne ou accrochée bec et ongle à des convictions partisanes. Non, chez elle « le seul -isme qui vaille, c’est celui de l’humanisme. Une mesure n’a d’intérêt que si elle contribue à l’épanouissement des citoyens ». La politique est venue tard, lorsque cette mère de famille a estimé qu’elle n’avait plus rien à prouver sur le plan professionnel.

 

Cc: Flickr ADolium Cc: Flickr ADolium

La France, doux pays de son enfance

 

Pur produit de la méritocratie, Fadila Mehal connaît la France par coeur. « J’ai puisé dans ses territoires, je me suis intéressée à la citoyenneté au sens large: l’insertion, la jeunesse, la lutte contre l’exclusion, la prévention de la délinquance. » Elle a vu le jour à Cherchell, à 80 km d’Alger, avant que ses parents s’installent dans le Nord Pas-de-Calais. Qu’on ne s’y trompe pas, la bande originale de son enfance ne sera pas Les Corons « mais plutôt Douce France ». L’école est encore ce creuset de mobilité sociale où les enseignants encouragent les meilleurs éléments. « L’intégration aussi était perçue de façon positive, on ne parlait pas de religion ou de culture même si on les pratiquait en privé », se souvient-elle.

 

En décalage avec cette époque où tout était plus simple, il y a l’exemple de son fils qu’elle évoque souvent. « Avant, avec le bac, on n’avait pas de souci. Lui a 26 ans, il a fait cinq ans d’études et on ne lui propose que de l’intérim.» Elle aime voir en lui un exemple « du pacte républicain qui a bien fonctionné ». Pourtant ses difficultés lui rappellent aussi le « désenchantement social » qu’elle croit lire dans la société d’aujourd’hui. Fadila Mehal plaint ces jeunes « obligés d’accepter des stages chez des vendeurs de kebab parce qu’ils n’ont pas le réseau pour postuler dans des entreprises » et propose dans la foulée une plateforme de stages par la région, « qui garantirait des formations avec des débouchés réels ».

 

De la Halde aux « moutons dans la baignoire »

 

Après des diplômes en sciences politiques, journalisme et communication, elle s'attaque au terrain comme directrice de l’équipement à Tourcoing, puis dans des institutions régionales. Ce n’est qu’en entrant au FASILD (Fonds d’action et de soutien pour l’intégration) qu’elle s’intéresse à l’immigration. « Pour la première fois on me renvoyait à mes origines, remarque t-elle. Les associations pensaient que j’allais mieux comprendre leurs problèmes, alors que j’avais beau être née de l’autre côté de la Méditerranée, je n’avais jamais vécu dans un ghetto… »

 

En 2004, Fadila Mehal rejoint le cabinet de Jean-Louis Borloo alors ministre de la Ville. Dans ses souvenirs, une « période formidable de création de la Halde, de la Cité de l’immigration, du contrat d’accueil et d’intégration». Après les émeutes de 2005 -« une vision apocalyptique, le choc de [sa] vie »- elle crée les Mariannes de la diversité, une association de femmes issues de l’immigration, décidées à conquérir leur place dans la vie politique et décisionnelle. « Rien ne marche sans le symbole et l’image pour changer les problèmes de fond », dit sur le ton de la confidence cette diplômée en communication.

 

Attention, son combat de la diversité n’est pas celui du communautarisme, « la gangrène de notre société », précise t-elle. Ce qu’elle veut alors éviter, ce sont « les discriminations, le reniement ou la frustration ». Mais tout cela, c’était avant l’époque du ‘Kärcher’ et des ‘moutons dans la baignoire’. « Un peu trop pour moi », déclare alors Fadila Mehal qui se retire pour un « stand-by politique ». Après des amitiés avec le parti radical valoisien, elle rejoint finalement le Modem.

 

Les empêcheurs de tourner en rond

 

Sensibilité de gauche, mais hantise du bloc contre bloc, PS versus UMP: le centre lui va comme un gant. Ce qui l’inquiète le plus dans la campagne des régionales, c’est « le retour dune vague rose avec en face un gouvernement arc-bouté sur ses positions et le risque d’une cohabitation paralysante.» Les doutes sur la viabilité du Modem, les mauvaises performances du centre aux récentes élections, elle les balaye d’un revers de main: « C’est encore un parti jeune, attendons de voir. J’accepterai le verdict des urnes.»

 

Comme François Bayrou, comme Alain Dolium aussi, elle s’accroche au sondage qui justifierait selon eux le combat du Modem, au-delà des défaites et des sondages en berne: « 70% des Français ne font confiance ni à la droite ni à la gauche pour gouverner. » « Ce qu’on dit peut paraître austère mais il faut aussi des gens comme nous dans le débat politique», se plaît elle à croire.

 

Jamais bien loin non plus, la rhétorique du petit groupe des irréductibles, un rien bravaches: « Sans vouloir faire pleurer personne, le Modem est constamment attaqué. Au Congrès d’Arras, les militants ont fait plus de 5000 propositions, balayées par la proposition de Ségolène Royal le soir même… Personne ne s’accommode de notre position parce que nous sommes les empêcheurs de tourner en rond. »

 

Pour sa quatrième campagne chez les centristes, Fadila Mehal « croit à la rencontre physique, au porte-à-porte. C’est peut-être mon côté méditerranéen mais les campagnes virtuelles, je ne sais pas faire. » Elle continue donc ce qu’elle fait depuis trente ans, rencontrer des anonymes et des associations, en un mot: « écouter ». Avec la foi des jeunes convertis et le flegme de la technocrate habituée du long terme, en espérant que sa démarche porte ses fruits.

Alexia Eychenne

 

Jusqu'au 21 mars 2010, 13 étudiants en journalisme du Celsa couvrent la campagne des élections régionales en Ile-de-France. Retrouvez tous nos articles sur notre site :PariRegionales.fr

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