Billet de blog 17 déc. 2021

Les thérapies de conversion - État des lieux

Les thérapies de conversion, qu’est-ce que c’est ? Quelles sont les méthodes ? Quelles en sont les répercussions ? État des lieux d'une politique très controversée et que la France vient enfin d'interdire.

Lyla Hebert
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce billet est le fruit d'un stage d'observation à Mediapart d'élèves de 3e

1- les thérapies de conversion : qu’est-ce que c’est ?

« Les thérapies de conversion » est une expression générique qui désigne des pratiques qui se fondent sur toutes les croyances selon lesquelles l’orientation sexuelle et l’identité de genre d’une personne (donc plus généralement, les personnes bisexuelle, gay, lesbiennes et les personnes transgenres, en gros les personnes de la communauté LGBTQI+) peuvent être changées et doivent être changées.

Ces pratiques prétendent pouvoir transformer une personne gay, lesbienne ou bisexuelle en une personne hétérosexuelle, et une personne transgenre ou de genre variant (gender fluid, androgynes, bispirituels) en une personne cisgenre (c’est quand l’identité de genre d’un individu est en accord avec son sexe, ou le plus souvent ce qui est indiqué sur son état civil).

2- quelles sont les méthodes d’une thérapie de conversion ?

Les méthodes d’une thérapie de conversions sont de trois ordres :

- La thérapie par aversion : cela consiste à soumettre les personnes à des sensations douloureuses ou angoissantes (on veut réussir à crée des sensations négatives) alors qu’elle est exposée à un certain stimulus (souvent à caractère pornographique ou sexuel en lien avec leur orientation sexuelle), qui poussent les personnes à éprouver des sensations négatives en pensant à leur orientation sexuelle ou à leur genre qui diffère. Les thérapies par aversion sont des thérapies psychologiques et, dans cette thérapie, les personnes sont contraintes d’avoir un suivi psychologiquement, afin de permettre de comprendre ce qui les a rendu « malades ».

- Il y a aussi les Pratiques médicales : ces pratiques sont fondées sur l’idée que la diversité sexuelle et de genre sont la cause d’un dysfonctionnement biologique ou d’une mauvaise éducation. Elles se fondent sur l’administration de médicaments, d’hormones ou de traitements aux stéroïdes. En Iran, les personnes qui « échouent » à changer d’orientation sexuelle (il n’y a aucune preuve que l’on puisse changer l’identité de genre et l’orientation sexuelle d’une personne) sont souvent poussées à recourir à la chirurgie, dans l’idée qu’une intervention d’affirmation de genre neutralisera leur orientation.

- il y a les interventions confessionnelles :

les victimes sont obligées de suivre certains préceptes spirituels et de participer à des programmes visant à traiter leur « états ». Pour ces programmes, les personnes sont, dans la plupart des cas, victimes d’insultes homophobes, elles sont battues, entravées, privées de nourriture et parfois exorcisées. Leur « guérison » est aussi prônée par l’abstinence et le célibat.

3- quelle sont les répercussions des thérapies de conversion ?

Les répercussions des thérapies de conversion sont psychologiques et physiques.

Voici quelques exemples :

- de l’anxiété

- un état dépressif (donc l’isolement social)

- des problèmes relationnels

- une haine de soi

- de la honte, de la culpabilité

- un dysfonctionnement sexuel

- des idées suicidaires et tentatives de suicide

- des symptômes de troubles post-traumatiques.

4- et le monde dans tout ça ?

Dans le monde, très peu de pays interdisent complètement les thérapies de conversion et par exemple aucun pays en Afrique les interdit. Les thérapies de conversion sont interdites notamment en Chine depuis le 19 décembre 2014, au Brésil depuis le 1er janvier 1999 et à l’île de Malte depuis le 5 décembre 2016, ce qui est surprenant car ce sont actuellement des pays dirigés par un dictateur et un président d’extrême droite alors que la France est le « pays des droits de l’homme » et ses valeurs sont la liberté et l’ égalité pour tous.

Malgré tout il y a trois jours, la France a enfin interdit les thérapies de conversion en retard de 22 ans sur le Brésil et après une lutte acharnée des Français et des députés portant ce projet. Nous savons aujourd’hui que le Royaume-Uni et le Pays de Galles vont interdire prochainement les thérapies de conversion (en 2022 d’après la reine d’Angleterre) et qu'elles sont illégales en Allemagne pour les mineurs.

- en bleu foncé : Illégale sur l'orientation sexuelle et de l'identité de genre. (il faut rajouter la France)
- en bleu : Illégale de facto.
- en bleu clair : Légale ou illégale au cas par cas.
- en jaune : Pas de restriction juridique, législation en attente ou proposée.
- en gris : Pas de restriction juridique.

5- qui est partisan des thérapies de conversion ?

La plupart des partisans de la thérapie de conversion sont :

- des groupes de chrétiens extrêmes et fondamentalistes

- des organisations religieuses d’extrême droite.

Lors d'un vote au Parlement européen (du 1er mars 2018), 29 eurodéputés français, dont la majorité sont du Rassemblement National (parti de Marine Le Pen donc, par extension, d’extrême droite), n'ont pas voté en faveur de l'interdiction de ces méthodes et plusieurs eurodéputés du parti Les Républicains se sont abstenus.

6- conclusion

On peut en conclure que dans le monde, on est encore loin d’interdire complètement les thérapies de conversion quand on voit que le pays des droits de l’homme et des citoyens lui-même a mis 22 ans de plus que le Brésil à interdire les thérapies de conversions. On a beau dire que les droits pour les LGBT+ sont de plus en plus respectés, il y a encore plein d’endroits où leurs droits ne sont pas respectés et où il faudra des années pour y arriver.

source: https://www.wikiwand.com/fr/Th%C3%A9rapie_de_conversion#/Suisse

https://www.ohchr.org/Documents/Issues/SexualOrientation/ConversionTherapyReport_FR.pdf

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