De la propagande pro-sarko à propos de la recherche française

Science Vol. 321 No 5897 - 28 sept. 2008

 

 

French Research In Transition, Michel Leroy, Laurent Passicousset, and Julie Clayton, Science Vol. 321. no. 5897, pp. 1857 - 1860 (28/09/2008).

 

 

gg05.10.2008

 

 

C'est en pleine crise financière, alors que les dogmes politiques et économiques ayant fondé l'actuel projet de restructuration du Centre National de la Recherche Scientifique () français se trouvent sévèrement mis en cause par des faits objectifs, que nous assène un véritable monument de ces mêmes dogmes et de la pensée unique en vogue depuis les années 1980. , diffusé avec le numéro du 26 septembre, intitulé « French Research In Transition » et inséré dans les pages de publicité avec la mention « Feature », défend ouvertement la « réforme Pécresse ». Il reprend également à son compte le de Nicolas Sarkozy qualifiant l'actuel statut des chercheurs français de « vieux statut mité ». Décidément, on ne peut pas dire que la modestie, l'indépendance de jugement et l'esprit critique règnent dans une revue qui, il n'y a pas si longtemps, des de l'équipe de sur les cellules souches humaines.

 

 

D'emblée, l'article de Science décrit la « réforme » en cours de la recherche et des universités françaises avec le slogan : « More funding, more autonomy and a new administrative system », et ajoute : « France is now on a road to modernization which aims both to simplify and rejuvenate what President Nicolas Sarkozy described last March as "an old moth-eaten system (un vieux statut mité)" ».

Mais le Prix Nobel de Physique , partenaire de longue date du et qui n'est pas un « contestataire radical », vient de déclarer à propos du bugdet 2009 de la recherche française : « Les informations disponibles montrent que l’on aura pas beaucoup plus que l’inflation pour les organismes. C’est un peu décevant... » On est loin de la propagande de l'article de Science. Fert fait remarquer également qu'il n’y aura pas de création de postes de chercheurs ou d’enseignants-chercheurs, ni d’ingénieurs et techniciens, et s'inquiète de l'annonce d'une diminution du nombre de bourses de thèses du ministère.

 

 

Quant au statut de fonctionnaires des chercheurs français, ce n'est certainement pas lui qui se trouve à l'origine de l'actuelle crise financière qui est, précisément, une crise de ceux qui ont passé vingt-cinq ans à mettre en cause la stabilité d'emploi et les droits acquis des travailleurs et des populations. Un autre « statut » paraît bien mité, en revanche : celui des oligarchies financières et des « élites » des multinationales, des milieux d'affaires et des coupoles des Etats « riches » responsables de la crise actuelle.

 

 

En mai 2006, à propos de la prolifération des résultats faux publiés dans les revues dites « avec comité de lecture » habituellement présentées comme les plus prestigieuses, avait intitulé son article paru avec cet excellent descriptif : « Le scandale chronique des résultats scientifiques falsifiés : crise du lobbying et des pouvoirs discrétionnaires ». Une réflexion qui, à bien d'égards, s'applique également à la « gestion » globale du système économique et social en place qui a conduit à la crise actuelle.

Mais l'article de Science du 26 septembre, qui se termine par la réflexion péremptoire : « the reforms do appear to be taking French science in the right direction », est-ce autre chose que du lobbying et du soutien publicitaire aux pouvoirs discrétionnaires ?

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois, dans la période récente, que cette revue basée aux Etats-Unis apporte son soutien aux « élites » influentes de la recherche et de l'enseignement supérieur français dans l'actuelle entreprise de démolition d'un système jugé trop « égalitaire ».

 

 

Quels intérêts défend Science, qui soutient ainsi une politique de privatisation de la recherche ?

 

 

Les articles de juin 2008 de Science par Sauvons la Recherche le 28 juin, à un moment de forte tension (voir, par exemple, nos articles sur ce blog et dans Bellaciao) sont très parlants quant à la prise de position permanente de Science en faveur du lobbying des coupoles et des « pouvoirs forts ». Des pouvoirs qui cherchent coûte que coûte à imposer une prétendue « réforme » que la communauté scientifique française rejette. Et si on commençait par « réformer » ces pouvoirs et ce lobbying, qui depuis ving-cinq ans échappent trop souvent à toute censure et dont les « résultats » ne paraissent guère probants ?

gd

 

 

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