De la réalité de l'enseignement supérieur et de la recherche en France...

ou du désengagement de l'état dans un domaine fondamental et l'imposture Nicolas Sarkozy. Grand merci donc à Frantz Depaulis, chargé de recherche du CNRS au Laboratoire d'écologie de l'École normale supérieure, pour son ironie. Elle permet de donner une idée de nos conditions de travail, avec le sourire aux lèvres...  Quelques propositions à notre exécutif national.

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ou du désengagement de l'état dans un domaine fondamental et l'imposture Nicolas Sarkozy.

 

Grand merci donc à Frantz Depaulis, chargé de recherche du CNRS au Laboratoire d'écologie de l'École normale supérieure, pour son ironie. Elle permet de donner une idée de nos conditions de travail, avec le sourire aux lèvres...

 

Quelques propositions à notre exécutif national.

 

 

 

Évaluation

Son évaluation annuelle serait effectuée par des collègues anonymes choisis aléatoirement parmi les élus (maires, députés, sénateurs…) d’autres partis (de la même manière qu’on ne peut être évalué par des collaborateurs) ou par des chefs d’états étrangers (qui devront tous évidemment faire ce travail bénévolement comme nous, ce travail ne pouvant être comptabilisé au bilan lors de son évaluation). Ces collègues seront évidemment en compétition avec lui pour leurs promotions.

Je soupçonne que ça conduisent à des élections présidentielles tous les ans. Typiquement moins de 20 % de son travail politique conduisant à des résultats positifs, déterminants et novateurs, seule cette part de son travail pourra être comptabilisée (cf. paragraphe Communications plus bas).

De même, si nos conditions de travail sont tellement aisées et si adaptées pour être plus productifs que nos collègues étrangers, on lui propose les mêmes…

 

Communications

A chaque fois qu’il communique à l’Assemblée où ailleurs (sur les chercheurs par ex.), il devrait comme nous justifier toutes ses assertions par des références publiées dans des journaux politiques dont les articles auront dû être jugés et acceptés par ses pairs (toujours d’autre partis ou étrangers) qui pourront exiger les corrections qu’ils souhaitent, si toutefois il trouve que l’article mérite d’être publié un jour. Les frais de publications seront évidemment prélevés sur ses crédits (voir plus bas). Les (groupes de) citoyens concernés par l’article disposeront d’un droit de réponse (le même temps de parole) de la même manière que nos articles peuvent recevoir des réponses et débats contradictoires dans les journaux scientifiques. Son évaluation dépendra essentiellement de ces comptes-rendus.

 

Financements

  • Pour mener son travail à bien il bénéficiera aux mieux d’environ 3 000 € récurrent par an qu’il pourra utiliser plus ou moins librement (voire quelques restrictions plus bas). Si toutefois cette argent ne suffisait pas à mener sa politique, à payer son équipement de travail, ses frais de fonctionnement, son personnel, ses déplacements, il pourra répondre à des appels d’offre d’une agence de moyens publique créée pour l’occasion…
  • Quand il a besoin d’un budget quelconque pour mettre en œuvre sa politique, qu’il dusse attendre que ses membres élus (dont une part de l’opposition) lui propose un appel d’offre sur le sujet, pour pouvoir soumettre un projet qui sera évalué suivant le même processus que pour son évaluation (les évaluateurs étant en compétition avec lui pour les mêmes moyens). Evidemment, la majorité des champs de mise en œuvre de politique ne verront jamais d’appel d’offre ouvert sur leur sujet, tout son travail ne devant viser qu’à créer de l’emploi et des richesses. Il ne lui restera alors qu’à essayer de convaincre la commission que par exemple, le remboursement du trou de la sécu favoriserait celui de la dette publique, l’exemption de la taxe professionnelle ferait beaucoup de bien aux collectivités locales, que la construction d’une centrale nucléaire serait déterminante pour la réforme de la santé… La commission de l’agence de moyen décidera alors du financement associé (si financement il y a, c.-à-d. dans une minorité des cas) en fonction de la qualité, de la faisabilité du projet et de ses résultats précédents. Cela ne dépassera généralement pas la moitié de ce qui sera demandé comme nécessaire pour mener à bien le projet.

    Par exemple, typiquement alors que ses collègues américains disposeraient de 50 milliards de dollars pour relancer l’économie suite à une crise économique, on lui attribuera un PEP avec 5 000 € pour pouvoir obtenir des résultats comparables.

  • Évidemment, l’utilisation de ces crédits devra être justifiée sur un rapport circonstancié semestriel qui sera évalué de la même manière pour décider de la poursuite ou non du projet. A défaut, on pourra exiger le remboursement du financement, même si les objectifs ont été atteints et les promesses tenues.

    Cette procédure devrait faciliter un abaissement des impôts.

  • Les crédits non utilisés en fin d’années ne pourront évidemment être reportés sur l’année suivante et pendant une période annuelle de transition de minimum un mois, aucune dépense ne pourra être effectuée.
  • Pour payer ses fournisseurs, il procédera par bon de commande de son agence de moyens sous réserve que les fournisseurs les acceptent avec des délais de paiements typiquement de plusieurs mois (en crédit à taux 0 évidemment).
  • Pour tout achat d’équipement (par exemple, un ordinateur) il devra, selon laquelle de ses nombreuses tutelles gère la partie du financement concerné, soit (i) faire établir 3 devis par des entreprises concurrentes avant de prendre une décision, soit (ii) passer commande auprès du fournisseur avec laquelle sa tutelle a attribué le marché même si celle-ci ne peut lui fournir le modèle dont il aurait eu besoin et que son prix atteint plusieurs fois celui de ses concurrents.

 

Recrutement

  • Il pourra sur ses crédits recruter ses collaborateurs en CDD < 3 ans (ministres par ex.), à la condition que ceux-ci n’ai pas déjà bénéficiés d’un emploi dans son administration, selon une grille de salaire qui suivra celle de l’enseignement supérieur et de la recherche (en net, environ 1400 €/mois pour un bac+5, 1800 pour un bac+8 avec minimum 3 ans d’expérience, dont au moins une à l’étranger pour sélectionner sa flexibilité). Pas question évidemment d’attribuer plus d’une gestionnaire, d’une secrétaire ou d’un informaticien pour une trentaine de membres du gouvernement.
  • Avant d’obtenir lui-même un poste en France, il devra faire preuve de plusieurs années d’expérience dans un gouvernement étranger. Il se pliera évidemment à la même grille de salaire.
  • Son salaire sera évidemment comptabilisé sur la base de 35H, même si sa semaine de travail se poursuivra largement chez lui et dépassera typiquement les 50h. pour rester productif. Ses heures supplémentaires ne seront évidemment pas payées. Il ne prendra évidemment pas de RTT ni ses 6 semaines de vacances, pour rester productif, personne ne pouvant avancer son travail en son absence.

 

 

Missions

  • S’il doit dans le cadre de son travail effectuer un déplacement (par exemple suite à une catastrophe naturelle) on lui autorisera (sur les crédits sus cités) un déplacement en train 2nde classe pour tout déplacement en métropole, l’avion en classe économique/charter pour l’étranger. Le remboursement de ses nuits d’hôtel sera limité à environ 65 €. Les frais de bouche ne devront évidemment pas dépasser environ 15 € par repas/personne (y compris pour organiser les réceptions des ambassades). Pour les déjeuner de travail, au vu des lourdeurs de gestion et des délais de remboursement, je lui conseillerai personnellement de préférer les payer de sa poche, mais s’il préfère et trouve rentable de faire le travail administratif associé lui-même, grand bien lui fasse. Au jour le jour il sera autorisé à déjeuner dans des selfs type (et qualité) restaurant universitaire avec repas subventionné de 2-3 €, le reste étant de sa poche.
  • Pour obtenir son titre de transport, il ne pourra s’adresser qu’à une agence de voyage particulière avec laquelle il sera contractualisé, même si celle-ci n’est pas concurrente, sa demande devra être validée par son gestionnaire, sous réserve qu’il ait préalablement rempli un ordre de mission 2 semaines à l’avance pour la France et un mois pour l’étranger. De même, il faudra compter le délai supplémentaire que nécessiteront au moins 3-4 échanges de courriels avec des intermédiaires. Il devrait ainsi pouvoir par ex. arriver avant l’hiver pour pouvoir intervenir suite à une sécheresse estivale.

 

Charge d’enseignement

En dehors de sa charge de politique, il devra enseigner en faculté environ 192H de cours par an (temps de préparation non inclus/comptabilisés. Pour organiser cet enseignement, coordonner le planning avec celui des étudiants, trouver la salle nécessaire, un projecteur de diapos, de transparents, des craies ou feutres….il ne disposera, comme les enseignants chercheurs, d’à peu près aucune aide. Cette partie là obligatoire de son travail ne pourra évidemment pas être comptabilisée lors de son évaluation. S’il trouve le temps également d’encadrer et former des stagiaires, il pourra toutefois bénéficier comme les chercheurs du CNRS, à titre gracieux, d’une prime mensuelle personnel enseignant de 3€56 (« travailler + pour gagner + »).

 

 

Locaux

  • Pour effectuer son travail, il disposera d’un bureau (3e tas de sable à gauche) de 4 m² environ ou partagera un bureau un peu plus grand avec ses collaborateurs. Ceci évidemment dans des locaux vétustes, pour lesquels on aura spécialement abaissé les normes de sécurité en vigueur dans le reste du pays, qui s’écrouleront à droite à gauche, évidemment non climatisés, très mal isolés, malgré des flocages en amiante, très bien aérés en hiver pour stimuler son dynamisme, et à des températures digne de sauna l’été pour maintenir sa ligne. Le nettoyage sera effectué irrégulièrement, aléatoirement au gré de sous-traitants intérimaires. Les vitres pourront être nettoyées une fois tous les 10 ans afin qu’il ne soit pas distrait trop souvent dans son travail par la vue du vis-à vis avec l’immeuble voisin. Ceci sous réserve que sa fenêtre puisse encore être ouverte. Dans le cas contraire il lui sera possible de demander une réparation au service travaux en espérant qu’elle soit effectuée avant le prochain nettoyage de vitre quadriennal. Il faudra évidemment au préalable demander et obtenir l’autorisation du service patrimoine. La même procédure et les mêmes délais seront de rigueur si une ampoule doit être changée. La moquette ou le lino collés avec des produits toxiques dans le couloir seront déchirés à droite à gauche de manière, lors de ses déplacements dans son couloir, à sélectionner son aptitude à la prise de risque nécessaire à son travail.
  • S’il a besoin par exemple d’un critérium pour prendre des notes, le délai d’attente moyen sera d’environs 6 mois, sous réserve qu’il campe devant le service papeterie pour être le 1er lors de la prochaine livraison.
  • Il sera de bon ton d’adapter le circuit électrique de manière à ce qu’il y ait des coupures de courant aléatoires mais suffisamment fréquentes pour pouvoir perdre régulièrement le fruit de son travail de façon à ce qu’il puisse ensuite améliorer la version suivante.

 

 

Conclusion

Contrairement à nous, que notre fainéantise et notre conservatisme naturel confinent à la médiocrité, nul doute que le président trouvera dans ces conditions de travail stimulantes les moyens d’obtenir des résultats à hauteur de ses collègues de pays voisins.

 

Frantz Depaulis.

 

André BRAHIC - Sarkozy, c'est l'anti-science

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