La presse aussi est en guerre idéologique

  Couverture du 1er numéro du Canard enchainé (5 juillet 1916) in "Quand le crayon attaque", éditions Autrement, Paris, 2007 - L'encart en blanc correspond à un article censuré.__________________________

Canard

 

 

Couverture du 1er numéro du Canard enchainé (5 juillet 1916) in "Quand le crayon attaque", éditions Autrement, Paris, 2007 - L'encart en blanc correspond à un article censuré.

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Où l'on peut découvrir que ce contre-pouvoir qu'est le pouvoir médiatique subit aussi l'offensive idéologique des tenants de la dérégulation totale, du désengagement de l'État, incarnés par Sarkozy et ses sbires. Par le biais désormais éculé de la "commissionnite" aigüe, bras armé du fameux principe décisionnel en mode "top-down", à savoir ici réunir un panel d'experts pour "réfléchir" et faire des "propositions". En réalité, il s'agit d'une réunion de décideurs, membres de l'establishment, et autres parasites, aux idées déjà bien arrêtées et qui servent donc d'alibi intellectuel aux décisions déjà prises du sarkozysme dogmatique et autocratique.

 

On lira donc avec intérêt l'appel intersyndical de l'AFP repris sur le site d'Acrimed et qui traduit encore une fois la politique actuelle.

 

Alors que certains dénoncent les menaces pour la démocratie qu'annonce cette dilution du contre-pouvoir médiatique dans les méandres de la ploutocratie, à l'heure justement où les Français auraient besoin d'une information claire et indépendante sur l'état du monde.

 

Ainsi donc, via la fantoche commission Giazzi, le présiment Sarkozy a dans l'idée de rien moins que privatiser l'Agence France Presse, au prétexte fallacieux que les médias français auraient pris du retard par rapport à ses homologues étrangers sur les nouveaux outils d'informations et de propagande qu'offre l'internet. N'est-ce pas plutôt un moyen, par cette rhétorique de compétition, d'abord de déréguler encore plus, livrant un peu plus, s'il en était besoin, la presse aux intérêts du grand capital, dont on mesure aujourd'hui la perversité, à la fois sur le plan financier, mais aussi sur le plan de la pluralité et de l'indépendance des médias. Ce faisant, la fabrique de l'opinion a de beaux jours devant elle.

 

Les lecteurs du pavé auront j'espère rapidement fait le parallèle d'avec ce que nous subissons actuellement dans les domaines de la recherche et de l'enseignement supérieur, où l'autisme gouvernemental, allié un mépris à peine dissimulé pour les interlocuteurs privilégiés de cette nécessaire "réforme" que devraient être les personnels administratifs, techniciens, enseignants, chercheurs et les organisations syndicales, confine à la haute trahison quand on sait son but inavoué.

 

On fera donc ce parallèle entre la commission Giazzi et les commissions ad hoc Schwartz, Hoffmann, et d'Aubert qui, du haut de leurs tours d'ivoires, préconisent les mêmes remèdes de cheval libéraux, parfaitement inadaptés aux enjeux et même dangereusement fragilisant. Il ne s'agit en effet pour nous que d'une preuve supplémentaire de l'incurie et de l'incompétence de nos dirigeants actuels, plus prompts à choisir une solution à la fois idéologique, purement comptable et facile, et qui arrange d'ailleurs bien ceux que Sarkozy sert depuis trop longtemps maintenant, à savoir les puissants et archaïques capitaines d'industrie de la France de 2008 devenus capitaines de presse. On voit clairement la contradiction quand on sait que les citoyens attendent au contraire l'avènement de protections face à la mondialisation, ce qui ne peut passer que par une puissance publique réaffirmée et rénovée.

 

À l'heure où certains défendent une vision radicalement opposée du dialogue à portée réformatrice, plus proche du "bottom-up" et parce que des révolutions douces sont possibles et nécessaires, le clivage est bien là ! Ils s'agiraient que mes concitoyens s'en rendent enfin compte. Il est aussi du devoir du parti socialiste et des partis de gauche d'affirmer la crédibilité de l'alternative socialiste, d'abord parce qu'elle est la plus à même de rendre aux citoyens leurs pouvoirs et à la démocratie son respect.

 

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