Billet de blog 3 janvier 2026

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Sylvie Dousselin : « Une page ouverte sur le monde des autres »

Dans quelques semaines, paraîtra « Lettres de Chalcidique » au Sas-culture, le roman de Sylvie Dousselin qui raconte une amitié lointaine entre deux femmes, mais aussi la transition d’un jeune adulte revenu un temps chez sa mère. Trois personnalités qui se soutiennent et cherchent à avancer dans leurs vies. Entretien 1/2.

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Sylvie Dousselin à Port des Barques © François Rochon Saint-Aubert

Le Sas-culture : Votre roman parle de ces moments de la vie où il nous faut des réponses à des questions pourtant informulées, un besoin de clarifier des choses embrouillées, non pas seulement dans la réflexion mais par une action qui donne du sens, affirme une avancée. Comment avez-vous été amenée à vous concentrer sur cet aspect ?

Sylvie Dousselin : Il y a cinq ans, je traversais une période difficile et j’ai ressenti un besoin urgent d’oxygène. Je voulais partir. Partir très loin. Partir sur le champ. Or, c’était matériellement impossible. À cette époque, j’ai reçu un message de Blandine Vernier, dont je suivais les ateliers, elle nous proposait d’écrire la suite et la fin d’une nouvelle commencée pendant une séance précédente. La concomitance de mon état d’âme du moment avec l’écriture m’a lancée sur ce sujet, sans le savoir au départ.

Je me suis installée devant l’ordinateur et j’ai été happée comme jamais auparavant. Les idées déferlaient. Les mots fusaient, d’une inspiration intarissable. C’était comme si j’avais été propulsée en hauteur dans un endroit sûr, dans un cocon douillet. Aussi inatteignable que la branche de chêne sur laquelle Côme, le baron d’Italo Calvino s’est perché à l’âge de 12 ans, pour le reste de sa vie, à la suite d’une dispute avec ses parents.

Et comment ce point de départ s’est-il transformé en roman ?

Galvanisée par ce mystérieux déclic, je me suis inscrite dans l’atelier de Sylvaine Reyre tourné vers l’écriture d’un livre, avec l’intention de continuer dans cette lancée jusqu’à composer un court roman. Le principe était le suivant : écrire chez moi pendant trois semaines, me réunir avec le groupe de l’atelier une fois par mois, lire mes chapitres à Sylvaine et à Florence Levain [Ndlr : voir son entretien] qui faisaient leurs retours. Au début, je suis partie de mon quotidien. Puis, très vite, j’ai retrouvé le chemin de la liberté dans ma bulle d’imaginaire.

J’ai usé et abusé de la téléportation dans les recoins du monde et les pensées secrètes des humains. Beaucoup de personnages se sont présentés à moi, finalement j’en ai retenu trois, les plus forts, les plus attachants, que l’on découvre chacun à un moment clé de leur existence, dans une situation difficile, où ils ressentent ce besoin d’oxygène et donner un sens à leur vie. Verront-ils la lumière au bout du tunnel ? C’était la question qui m’intéressait. Comment surmonter les moments de doute intérieur, voilà ce qui motive en filigrane ce roman.

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Carine à Port-des-Barques, en couverture du roman © François Rochon Saint-Aubert

Le Sas-culture : Pouvez-vous nous parler de vos inspirations, d’un livre qui vous a marqué ?

Sylvie Dousselin : Je dois mon plus grand coup de cœur pour un personnage de fiction à John Irving dans Une prière pour Owen. Dès le début, je me suis attachée à Owen Meany, c’était comme si je le connaissais, presque comme si j’étais à ses côtés dans le spectacle de Noël où il joue le rôle de l’enfant Jésus. Une fois le livre refermé, j’ai ressenti un manque, Owen me manquait, un peu comme un ami proche qui aurait déménagé.  J’ai lu ce roman il y a plus de 20 ans et je ne me souviens plus de l’histoire dans le détail, mais mon émotion reste intacte. J’entends toujours la voix d’Owen, une voix au timbre si particulier qu’Irving a éprouvé le besoin de le faire apparaître en majuscules. Je l’entends si authentique et pourtant, elle n’a jamais existé et je l’ai découverte traduite en français. Oui, un personnage peut avoir cette force étonnante.

Et d’où vient cette force ?

Je me suis longtemps demandée comment j’avais pu être fascinée à ce point par ce personnage de papier sorti de l’imagination d’Irving. Sa personnalité hors du commun, son excentricité, son complet décalage avec les autres, une ambivalence entre force et fragilité ou sa volonté de fer, sa foi inébranlable ? En tous cas, j’avais aimé ce sentiment d’attachement littéraire. Le texte nous donne accès à ses pensées, ses sentiments et ses souvenirs. Dans la vie, nous ne pénétrons jamais dans le monde des autres aussi aisément, et pourtant nous avons tant besoin de les comprendre. En ce sens, la littérature nous offre une voie pour les approcher.

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Sylvie Dousselin à Port des Barques © François Rochon Saint-Aubert

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