"Aujourd'hui nous comprenons que notre ennemi ce n'est pas le Kaiapó, ni le Juruna mais le gouvernement brésilien et le capitalisme."

 © Munduruku © Munduruku
Les raisons de la résistance du peuple Munduruku

Il est certain qu'une partie de la société brésilienne (et du monde) peut rester perplexe face à la fermeté et la disposition actuelle de confrontation des occupants de Belo Monte, mais qui connaît l'histoire et la menace qui s'abat sur leurs terres, comprend les raisons de la lutte et de la résistance du peuple indigène Munduruku. Le commentaire est d'Edilberto Senna dans un article publié sur le portail du Cimi, le 30 mai 2013.

Ces derniers jours, c'est déjà la deuxième occupation indigène la plus longue du chantier de la disgrâce de Belo Monte. Il y en a eu avant, mais de plus courte durée, au cours desquelles les indigènes ont été abusés par les fausses promesses des fonctionnaires du gouvernement fédéral. C'était comme si la présidente disait à ses administrés, dirigés par l’entraîné ministre de la tromperie (secrétaire général de la présidence de la république), Gilberto Carvalho : "Allez là, promettez aux indiens des tambours, des maisons de farine, un moteur de lumière et quelques pièces. Quand ils sortiront, vous leur en donnerez une partie pour qu'ils se fassent une raison." Cela s'est passé ainsi avec le barrage d'Aripuanã et celui de Dardanelos. « l'indien on le dépouille toujours avec quelques présents ». C'était déjà comme ça au temps des portugais en 1500.
 
La différence dorénavant c'est que les indigènes, qui ne sont pas des demeurés, ont compris les mensonges du gouvernement fédéral et n'acceptent plus les promesses de dialogue de Brasília, ni les messages des fonctionnaires sans pouvoir de décision.
 
Il est certain qu'une partie de la société brésilienne peut rester perplexe devant la fermeté et disposition à la confrontation actuelle avec les occupants de Belo Monte. 170 femmes, hommes et enfants de plusieurs peuples sont là sur le chantier, laissant le consortium irrité, nerveux, qui désire que les militaires expulsent par la force les indigènes membres des peuples Xipaia, Juruna, Curuaia, principalement conduits par le peuple Munduruku du rio Tapajós.
 
Pourquoi les Munduruku sont-ils à la tête du mouvement ? Pensent ce qui n'aiment pas les peuples traditionnels et ceux intéressés par l'achèvement du barrage hydroélectrique de Belo Monte. Ils "s'indignent" critiquant la présence des Munuduruku qui vivent sur le rio Xingu. Ces "contre les peuples" pensent que les indigènes sont manipulés par des ONG, que ce sont d'ingénus chasseurs de compensations. Pourtant, quand les meneurs n'ont pas peur d'apparaître devant l'huissier de justice et les militaires bien armés de fusils pour déchirer l'ordre d'expulsion du juge, avec mandat de retrait sous 24 heures, il n'est plus possible de penser que ce sont des ingénus manipulés par des fonctionnaires et des ONG. Cette attitude appartient a celui qui sait ce qu'il veut et dispose d'une stratégie définie. Les résistants ont déclaré publiquement qu'ils ne vont pas sortir jusqu'à ce qu'un officiel avec pouvoir décisionnel les rencontre et écoute ce qu'ils exigent au nom de la dignité et des droits humains. Et ils affirment clairement "vous venez pour nous tuer et nous sommes disposé à mourir..." en défense de la vie.
 
La présence de 80 indigènes Munduruku à Belo Monte, qui ont fait aux environs de 800 km de route depuis Jacareacanga, n'a pas été un parcours de santé, ou pour le plaisir de guerroyer. A eux seuls, ils composent la moitié des occupants du chantier, alors que les 14 autres peuples ne sont représentés que par quelques indigènes de chaque peuple. De plus, les munduruku que étaient les traditionnels ennemis des Kaiapó, aujourd'hui reconnaissent et donnent la main aux parents du Xingu déclarant : "aujourd'hui nous comprenons que notre ennemi, ce n'est pas le Kaiapó, ni le Juruna, mais le gouvernement brésilien et le capitalisme"...
 
Mais il y a une autre explication de la vaillance et du courage des Munduruku. Lors d'une visite au village des Munduruku, sur le rio Cururu, en 2009, après une journée d'éclaircissement sur les plans du gouvernement de construire sept barrages hydroélectriques dans le bassin du rio Tapajós, ils ont décidé d'écrire une lettre au président d'alors, Lula, lettre dans laquelle ils écrivirent ce qui suit "Monsieur le Président Lula, nous communauté indigène, éthnie Munduruku, préoccupés par le projet fédéral de construire cinq barrages sur notre Rio Tapajós et Rio Jamanxin, on se demande si le gouvernement veut en finir avec toute la population du bassin du Rio Tapajós ?... et après, où irons-nous habiter ? Au fond du rio, ou en haut des arbres ?... Nous, éthnie Munduruku, voulons montrer maintenant comment cela se passait avec nos ancêtres et les blancs (pariwats), quand nous faisions la guerre, coupant des têtes. C'est pour cette raison que nous ne voulons plus jamais entendre parler de ces barrages dans le bassin du Rio Tapajós".
 
En 2009, ils comprirent les menaces qui couraient et l’écrivirent délicatement au président de service. Trois ans et demi plus tard, aujourd'hui, voyant comment le gouvernement veut passer en force avec les usines de Teles Pires, permettant y compris à la Police Fédérale d'assassiner un jeune Munduruku. Et aussi sur le rio Xingu, avec la disgrâce de Belo Monte, les leaders Munduruku ont déjà décidé qu'ils ne vont plus permettre de mensonges et de violation de la Constitution Fédérale sur le Tapajós. Ils ont compris que le gouvernement et les juges préfèrent les filigranes de la loi pour appuyer les plans pervers du gouvernement, qui ne respecte même pas les traités internationaux de l'Organisation Internationale du Travail. Ils ont donc réuni tous les chefs qui autorisèrent leurs représentants élus de l'association Pusuru à mener l'occupation de Belo Monte. Accompagnés d'un message explicite au gouvernement, ils exigent d'être consultés en amont, comme cela est stipulé dans la Constitution. Une fois consultés ils diront pourquoi ils n'acceptent pas la destruction de forêts et rios au nom du progrès des grandes entreprises et du Programme de Croissance Accéléré (PAC) du gouvernement. A Belo Monte, les indigènes ne veulent pas de compensations, ni de conversations avec des seconds couteaux de gouvernement pour toujours plus de promesses mensongères. Ils exigent la présence du ministre sur place et non à Brasília, ou ils ont déjà été trompés plusieurs fois par le propre Ministre.
 
Il y a une grande différence de 1500 à 2013 dans l’évolution des consciences des peuples natifs. Malheureusement la même conscience n'a pas entre les non-indigènes, à l'exception des Cabanos* entre 1835 et 1842 et des Quilombos en 1694. Si l'assassinat de 30.000 natifs n'avait pas une répercussion nationale et internationale, cela se passerait de la même façon aujourd'hui.

Source : http://www.ihu.unisinos.br/noticias/520576-razoes-da-resistencia-do-povo-munduruku

Traduction : Collectif Anarchiste du Haut Fay, le 01/06/2013

Note : *les cabanos étaient les habitant.e.s et noirs esclaves de Pernambuco et Alagoas qui ont été lésés lors de l'abdication de Don Pedro du trône en 1831. En 1832, le Brésil, sans régent, entra dans un conflit sanglant et au milieu de ce conflit sanglant, les cabanos.

Ce qui symbolisait la lutte des révoltés de la Cabanada était le droit à de meilleurs terres et à de meilleures conditions de vie. En 1832, les soldats donnent aux insurgés le nom de "cabanos",  les soldats appelaient les insurgés armés, en allusion aux petites cabanes au milieu de la forêt dans lesquelles ils vivaient.

Le leader Vicente de Paula, qui commandait les cabanos, commença à être connu comme la figure transgressive des esclaves pour tout le gouvernement. Il était accusé de voler les employés/esclaves des grandes propriétaires terriens pour les inciter à la lutte armée contre les portugais. Les cabanas avaient un grand avantage dans cette lutte, ils connaissaient par cœur le terrain. Cette lutte était connue des indigènes et des esclaves de Jacuipe, qui adhéraient aussi à cette cause.

Source : http://www.revistadehistoria.com.br/v2/home/?go=detalhe&id=2139

http://recantodasletras.uol.com.br

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