Quand les rivières nous enseignent à ignorer les frontières et continuer la lutte

Chutes de Jericoá , Grand xingu, Pará, Amazonie, Brésil Chutes de Jericoá , Grand xingu, Pará, Amazonie, Brésil
Les derniers jours de mars, le Mouvement Xingu Vivo para Sempre s'est réuni à Altamira (Brésil, état du Para), pour se regarder, pour le Xingu et pour l'Amazonie, et penser ses chemins, les chemins des rivières et des peuples qui en vivent. En voici la conclusion :

MANIFESTE-DÉCLARATION DU MOUVEMENT XINGU VIVO PARA SEMPRE : QUAND LES RIVIÈRES NOUS ENSEIGNENT À IGNORER LES FRONTIÈRES ET CONTINUER LA LUTTE

Au peuple brésilien, à la communauté internationale et à tous les parents qui s'importent de la vie.

Cela faisait un moment que le Xingu s'écoulait librement, liberté qui garantissait la vie. Alors, ils ont décidé d'étrangler son cours. Ils ont décidé de monter une muraille sur son lit, attacher un tourniquet sur sa jugulaire et contaminer son sang. Nous continuons la lutte...

En s'emparant du pouvoir en 2003, les forces de gauche en coalition avec des partis du centre, avec le badge de l'espoir qui avait vaincu la peur, ont promis d'initier une période dans laquelle une bonne partie de nos revendications historiques auraient pu être entendues. Pour nous, peuples amazoniens, à l'aurore de ces jours, ils s'occupaient déjà de sortir des tiroirs le Projet de Mort Belo Monte et probablement qu'ils préparaient des plans pour emmurer nos fleuves aux quatre coins de notre Amazonie. Un coup dur qui ne sera jamais oublié. Nous avons reformé en 2008 l'alliance des peuples de notre rivière Xingu et nous hurlons un cri : «Xingu Vivo Para Sempre » Et nous avons continué la lutte...

Nous nous sommes aperçu que dans cette lutte dure, dans laquelle nous avons élu un ennemi puissant afin de nous rendre encore plus forts, beaucoup ont préféré adopter le Développement comme vérité absolue et unique solution pour nos maux séculiers. Le cercle de pouvoir à Brasília a continué à adopter les grands projets de mort comme un tour pour apporter une solution à nos demandes séculaires pour l'éducation, la santé, le logement, la sécurité alimentaire et tant d'autres choses. Nous avons enduré le cynisme des politiciens, l'avidité des entreprises, l'avancée de l'agro-industrie, alliés indispensables des violations et mensonges des gouvernements à tous les niveaux. Même ainsi, nous continuons la lutte...

Nous nous solidarisons avec nous frères et sœurs du Rio Madeira dans leur lutte, nous les aidons à dénoncer les crimes et autres atrocités environnementales, judiciaires, et surtout, sociales, qui sont venues avec la construction des Usines Hydroélectriques de Santo Antônio e Jirau (GDF SUEZ et Odebrecht prévoient d'inonder 1700 hectares). Au beau milieu des crues de 2014, les propres eaux de la rivière Madeira semblent crier au secours et annoncer au monde que les mégas constructions de ce type ne seront pas facilement supportées par notre biotope amazonien et encore moins par les personnes qui ici survivent à cet état de fait.

Nous avons souffert des coups durs d'un Pouvoir de la République dont la mission principale est d'assurer par la justice la Suspension de Sécurité (1), créée par la dictature militaire, et constamment utilisée en ces temps de «démocratie» pour exactement escamoter d'elle et des droits des peuples à leur autodétermination. La constitution brésilienne et la Convention 169 de l'OIT (Organisation Internationale du Travail) ne représente rien aux yeux de la justice brésilienne, en voyant les décisions malintentionnées nier ce droit des peuples indigènes et des populations traditionnelle. Même ainsi, nous continuons la lutte...

Lorsque nous pensions être seuls, a surgi le scénario national d'un peuple qui traverse deux bassins hydrographiques, ignore les frontière, s'anticipe, dans un mouvement typique de guerrières et guerriers accoutumés à de grande batailles pour leur territoire. Le Mouvement Munduruku Iperêḡ Ayu s'est occupé de nous enseigner, avec ce geste solidaire, que cette lutte n'est pas que la notre, mais celle de toute l'humanité. Au cours de moments tendus d'un supposé dialogue, lors desquels le gouvernement fédéral brésilien insiste à mentir pour faire prévaloir sa position, ce peuple guerrier a souffert une dure répression des forces de police fédérales dans le village de Teles Pires, semant mort et destruction, puis sur le chantier du barrage de Belo Monte, ensuite à Brasília, capitale de la République, et une nouvelle fois sur son territoire, dans un signal clair qu'il ne s'agit pas de dialogue, mais d'un monologue dans lequel le gouvernement insiste à être l'unique protagoniste. Même ainsi, nous continuons la lutte...

Ainsi, cette lutte nous a enseigné que la douleur n'a pas de frontières et la longue nuit de plus de 500 années d'oppression et d'attaque aux modes de vies de nos parents amazoniens est loin d'être terminée. Jamais les paroles du CHE n'ont eu autant de sens, lorsqu'il dit qu'«il n'y a pas de frontières dans cette lutte à mort » et que nous «n'allons pas rester indifférents face à ce qui arrive dans n'importe quelle partie du monde» . En tant que peuple des eaux amazoniennes, nous continuons la lutte...

Nous avons appris dans la lutte à empoigner la vérité sur les grands projets en Amazonie, spécialement à Belo Monte, et nous dénonçons au monde les atrocités que ce chantier et causerait est en train de causer à notre région. Pendant que nous réaffirmons la possibilité d'un autre mode de vie, que plus que jamais ce qui est à nos peuples nous appartient, le Gouvernement brésilien nous criminalisait et criminalise. Pendant que nous réaffirmons la vie, le Gouvernement brésilien nous impose la mort de nos rivières. Pendant que nous disons qu'il est possible de s'organiser pour lutter au nom de la liberté de pensée et de libre association, le gouvernement nous espionnait et utilisait des pratiques de la Dictature Militaire, sans que cela cause le moindre problème aux larbins bureaucrates pro-barrage, qui en bonne partie ont été victimes de ce régime. Nous continuons la lutte…

Nous disons au monde que Belo Monte n'a pas tué la résistance. Son ciment n'a pas bouché tous les yeux, comme son argent n'a pas acheté toutes les consciences. Sa répression n'a pas tué le courage comme elle n'a pas fait taire, ses mensonges n'ont pas assourdi toutes les oreilles. La résistance, le courage, la vérité, la dignité, la vie, nos droits ne sont pas négociables. C'est ce que nous affirmons sur notre chemin de lutte…

Aux critiques qui se mettent dans une perspective de déroute, et qui disent que Belo Monte est un fait consumé, que les murailles de béton sont en train d'être montées, et que, pour finir, nous finiront par être battus, le Xingu Vivo réaffirme son opposition au projet de mort qu'est Belo Monte, et dit que jamais n'a été tant actuel le cri #PAREBELOMONTE, parce-qu'aucune usine hydroélectrique construite, dans n'importe quelle partie de notre Panamazonie, représente une sentence d'absolution des crimes et autres violations perpétuées contre notre rivière et forêt. L'éventuel fonctionnement de ses turbines représente, oui, le dépeçage de la Constitution, des droits fondamentaux, de la démocratie et de la liberté. Nous continuons la lutte…

Et si Belo Monte n'est pas seul, si d'autres rivières menacent de perdre leur liberté, si dans d'autres régions il est planifié d'exterminer la forêt, la vie indigènes, du pêcheur, du riverain, des poissons, des animaux, et partout où ils tenteront de semer le trouble, l'avidité, la discorde, la faim, le désespoir et la peur, nous serons là, avec notre résistance, courage, solidarité et dignité. Nous réaffirmons toujours l'autonomie des peuples de décider de leur propre destin, droit et position incompatible avec les projets de mort commandés pour notre Amazonie. C'est ce que nous proposons dans notre lutte…continuer à lutter…

Nous suivrons en lutant pour le respect à la vie, la culture, à la libre organisation socio-économique et politique des peuples indigènes, des pêcheurs, des riverains, des femmes et des hommes de la ville et des champs. Nous revendiquerons l'harmonie des peuples originaires et traditionnels, harmonie avec les oiseaux, les poissons, la forêt, les rivières, vivants pour toujours.

Si les rivières sont les veines de notre terre, lorsque il y aura quelqu'un qui voudra les assécher, là sera notre lutte. Comme les hommes et les femmes des eaux, où il y aura ceux qui voudront lutter, nous leur apporterons notre appuis et ils nous demanderons notre solidarité. Notre alliance Xingu, Tapajós, Madeira et Teles Pires n'a jamais été autant actuelle. Ainsi, comme les fleuves ne connaissent pas de frontières, il n'y aura pas de frontière pour décider de nos destins. La lutte ne s'arrête jamais, car comme un veux sage nous l'a enseigné «la lutte est comme un cercle, on peut commence à n'importe quel endroit et pourtant elle ne s'arrête jamais».

Continuer à lutter, toujours !,

#PAREBELOMONTE #TAPAJÓSSEMBARRAGENS #PELAAUTODETERMINAÇÃODOSPOVOS

(#stopbelomonte #Tapajóssansbarrages #Pourlautodéterminationdespeuples)

Altamira-PA, 04 avril 2014

Movimento Xingu Vivo para Sempre

Traduit du portugais @Vinci - #prendszaddanstagueule

Note : (1) Suspension de sécurité : action juridique qui permet de casser une décision de justice au STF (Tribunal Suprême Fédéral, plus haute juridiction du Brésil). Elle est systèmatiquement utilisée par les industriels comme dans le cas de Belo Monte pour casser des décisions de justice favorables aux populations.

Source : http://www.xinguvivo.org.br/2014/04/04/3339/

 

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