Les munduruku occupent Jacareacanga pour la réembauche de professeur-e-s.

 

Publié sur Xingu Vivo, le 07 mai 2014

Des dizaines d'indigènes de l'ethnie munduruku, guerriers, guerrières et professeurs, sont depuis 2 jours en train de manifester à Jacareacanga, état du Parà, Amazonie, Brésil. Les indigènes veulent le retour en classe de 70 professeur-e-s munduruku, qui n'ont pas vu leur contrat renouvelé cette année par la mairie de Jacareacanga.

Les munduruku ont quitté leur village depuis dimanche et le lundi (5 mai), muni-e-s de pancartes, avec des peintures de guerres et chantant des mélodies traditionnelles, illes ont déambulé dans les rues de la ville en direction de la Chambre Municipale et du Secrétariat Municipal d'Éducation Culturel et des Sports (Secretaria Municipal de Educação Cultura e Desporto, SEMECD).

"Ceci est notre lutte", dit un des responsables pendant l'arrivée du groupe au Secrétariat. "Vous ne seriez pas au courant de la législation ? Vous ne savez pas que ce que vous faites est illégal ? Nous voulons que vous nous répondiez maintenant. Nous voulons inverser cette situation", a-t-il continué.

Illes accusent la mairie d'avoir licencié 70 professeur-e-s munduruku. Le licenciement, annoncé par la radio en février de cette année, a été dénoncé au Ministère Public Fédéral, Ministère Public du Travail et à la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI).

Le Secrétariat du SEMECD, Pedro Lúcio Santa Rosa da Luz, dit que ce qu'il s'est passé c'est "la non reconduction des contrats", et que pour les indigènes c'est indifférent, "Pour nous, non renouvellement et démission c'est la même chose. Nous ne donnons pas les classes de la même façon", contrebalance un professeur indigène.

La manifestation s'est déroulée avec le concours de plusieurs prises de paroles dans la langue naturelle des indigènes et s'est passée de forme pacifique. À la fin de la manifestation Pedro Lúcio da Luz a affirmé que les munduruku ne faisaient plus peur aux gens en ville, ce qui provoqué l'indignation de quelques indigènes. Illes se sont dirigé vers le Secrétariat, arcs et flèches en main. Le Secrétaire de la Cause Indigène, Ivânio Alencar, a informé que pendant la confusion un fonctionnaire de la SEMECD aurait souffert d'une blessure au ventre et aurait été acheminé vers un Hôpital Municipal de Jacareacanga. Jusqu'à la fin de la journée, aucune personne ne correspondant à cette description a été hospitalisée dans l’Hôpital de la ville.

Hier matin, le (6 mai), les munduruku se sont réuni-e-s avec des conseillers municipaux et il a été créé une commission pour aller jusqu'à Santarém, le 9 mai prochain dialoguer avec le Ministère Public du Travail (Ministério Público do Trabalho, MPT), le Ministère Public Fédéral (MPF) et la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI) sur la situation. "Si le MPT et le MPF sont d'accord et que la FUNAI donne un délai écrit pour la formation des professeurs. On va essayer de réembaucher", a garanti aux indigènes Ivânio Alencar.

Désactiver l'éditeur (passer en mode html)

Malentendu

Le secrétaire du SEMECD, Pedro Lúcio da Luz, affirme que la décision de la démission s'appuie sur la loi des directives de Base de 1996 et de la loi Municipale 328/2010, créée le 15 décembre 2010 : "La LDB a déterminé que seuls ne pourraient travailler dans le domaine éducatif que celleux qui auraient un diplôme supérieur. Nous suivons la LDB sur ce point. Donnez-nous un délai de quatre années pour que nos professeur-e-s se forment, mais cela n'est jamais arrivé".

Da Luz dit que la FUNAI est la principale responsable de la non rénovation des contrats de professeur-e-s avec la Mairie. La Fondation coordonne le projet Ibaorebu, qui aurait formé environ 300 munduruku en magistère, agro-écologie et en infirmerie. La FUNAI n'aurait pas proposé les disciplines dans les délais, ce qui a retardé la formation des professeur-e-s.

L'avocat des indigènes, Sérgio Martins, soulève deux irrégularités dans la décision de la SEMECD. La loi municipale qui garantit les contrats temporaires avec les professeur-e-s indigènes sans niveau supérieur allait terminer à la fin de cette année. Malgré cela, toujours en février, la Mairie n'a pas renouvelé les contrats des professeur-e-s munduruku. Une autre question soulevée par l'avocat, est que l'article de la LDB sur lequel s’appuie la Mairie vise les professeur-e-s non indigènes. Il dit que la formation des professeurs des écoles indigènes est spécifique, et s'orientera vers les directives nationales de l'éducation garanties par la résolution numéro 03 du Conseil National de l'Éducation. Il est bon de rappeler le 6º article de la résolution : "Il sera garanti aux professeur-e-s indigènes leur formation en service, et, lorsque que cela sera le cas, en concomitance avec leur propre scolarisation".

.Lorsqu'il a été interrogé sur l'éducation indigène différenciée, Pedro Lúcio a juste affirmé que "la Mairie ne fait pas de l'éducation indigène, elle fait de l'éducation pour les indigènes".

Selon André Ramos, coordinateur du projet Ibaorebu, la décision de la Mairie est politique : "Même pour les non-indiens l'on pense que l'éducation est juste un titre. Maintenir l'embauche de professeur-e-s n'enfreint pas la législation. Au contraire, c'est en licenciant qu'il l'enfreint".

Source :

http://ww.xinguvivo.org.br/2014/05/07/munduruku-ocupam-jacareacanga-por-recontratacao-de-professores/

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.