Les indigènes contre les barrages hydroélectriques d'Amazonie occupent le siège de la Funai, à Brasília

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Les 145 indigènes des rios Xingu, Tapajós et Teles Pires (Pará), ont occupé le siège de la Fondation Nationale de l'Indien, à Brasília, dans l'après-midi de ce lundi 10 juin. Les indigènes attendaient la présidente en exercice de l'organisme indigéniste, Maria Augusta Assirati, pour lui remettre le document de leurs revendications, demander à être hébergés et la date de leur retour dans le Pará. Pourtant, Maria Augusta n'est pas venue et c'est via ses émissaires qu'elle a avisé participer à une autre réunion. Ce mardi 11 juin, cela fait une semaine entière que le groupe a libéré le principal chantier de l'Usine Hydroélectrique de Belo Monte pour se rendre au District Fédéral.

"Depuis ce matin nous attendons quelqu'un de la Funai pour parler de notre liste de revendications, de l'hébergement. Personne n'est venu jusqu'à présent. Nous vous avons appelé pour notre assemblée, qui a commencée dés notre arrivée, et vous n'êtes pas venue. Donc nous vous informons maintenant que nous campons ici à la Funai. Nous allons occuper la Funai à partir de maintenant' a déclaré Josias Munduruku aux représentants délégués par la directrice de la Funai.

Le groupe avait déjà affirmé son indignation face à la posture du ministre en chef du Secrétariat Général de la Présidence de la République (SGPR), Gilberto Carvalho, qui, dans la matinée de ce lundi a refusé de recevoir les indigènes. A la place du ministre, ce sont les militaires et les conseillers qui ont reçu les indigènes. A l'initiative du gouvernement, les indigènes ont été dirigés vers la Funai, dont la présidente en exercice devait les recevoir. Jusqu'à la fin de l'après-midi d'aujourd'hui, Maria Augusta ne s'est pas montrée.

“Ils ont dit (au SGPR) qu'ils recevraient une délégation de dix personnes, mais nous ne nous séparons pas. Le gouvernement ne veut pas comprendre cela, respecter notre façon de faire. Ils savent que nous ne séparons jamais. En adoptant cette posture, le ministre ne respecte pas les accords et ainsi il est difficile de discuter », explique Jairo Saw, porte-parole du grand chef Munduruku. Les conseillers de Carvalho ont indiqué que le ministre pourrait uniquement les recevoir jusqu'à 11h15. Dans une note, le SGPR indique que les leaders indigènes ont refusé de se réunir avec Gilberto Carvalho.

“Le gouvernement nous tourne le dos. Il ne veut plus nous écouter. Nous avons compris cela. Il dit qu'il va faire des barrages hydroélectriques de toute façon, et il sait que nous n'en voulons pas. Cette note du gouvernement nous l'avons lue en réunion. Il dit qu'il nous a attendu, il dit que nous avons refusé. C'est un mensonge ! C'est tout le contraire. Nous y sommes allé, c'est nous qui avons attendu », précise Josias Munduruku aux émissaires de Maria Augusta.

Le peuple Munduruku a interpellé par voie judiciaire, au début de ce mois, le ministre Carvalho à cause d'une autre note du SGPR, qui accuse les “auto-dénommés” leaders de participation à des activités illicites (1).

 

Cachoeira Sete Quedas, cascade des Sept Chutes, menacée par le projet d'usine de Teles Pires © Telma Monteiro Cachoeira Sete Quedas, cascade des Sept Chutes, menacée par le projet d'usine de Teles Pires © Telma Monteiro
Lettre protocolaire ; Lettre non reçue

Les indigènes, même sans avoir été reçus, ont officialisé au SGPR le document qu'ils devaient remettre au ministre en main propres (lettre intégrale en portugais ici). Dans la lettre, les indigènes relatent point par point les zones affectées par le projet hydroélectrique des rios Teles Pires et Tapajós – motif pour lequel les groupes ont occupé, au cours du mois de mai, pendant 17 jours et par deux fois, le principal chantier de travaux de l'UHE de Belo Monte.

Un des sites atteints s'appelle la Cachoeira Sete Quedas (2), lieu sacré pour les Munduruku, les Kayabi et les Apiaká, que sera inondée par l'usine en cours de construction sur le rio Teles Pires.

“La cascade des Sept Chutes (Paribixexe) est une magnifique cascade composée de 7 chutes en forme d'escalier. C'est un lieu sacré pour les Munduruku, Kayabi et Apiakás, où diverses espèces de poissons de toutes les tailles se reproduisent. C'est là que vit la mère de tous les poissons.

« Sur les parois, figurent les peintures rupestres laissées par le Muraycoko (père de l'écriture), l'écriture laissée aux Munduruku au travers des écritures surabudodot, depuis un temps très ancien », explique un passage de la lettre.

Pour Valdenir Munduruku, le ministre Carvalho démontre de par ses attitudes la forme de dialogue qu'il veut mettre en place : “Ici, chez eux, ils nous reçoivent avec l'armée et la police sans nous laisser entrer. Chez nous, ils ont envoyé l'armée et la police pour pouvoir entrer. Ce n'est pas du dialogue. C'est comme si nous étions ennemis, Josias Munduruku se souvient que lors de la réunion de mardi dernier, le 4 juin, le ministre a déclaré que les hydroélectriques vont être construites, parce qu'il s'agit d'une décision du gouvernement. “Je me suis demandé : qu'est-ce que c'est que cette consultation qu'ils veulent faire ? Ce n'est pas une consultation quand ils (le gouvernement) prennent une décision sans retour. Mais peut-t-il donc sortir d'une consultation pareille ? », questionne t-il.

Pour le moment, il n'y a pas de prévision de retour des indigènes au Pará et de fin de l'occupation de l'organisme indigéniste d’État. L’hébergement n'a pas non plus été pris en compte, après l'annonce de l'occupation du siège de la Funai, les indigènes ont déjà aménagé un endroit pour rester, au moins cette nuit.

Le 10/06/2013 

Renato Santana, de Brasília 

Source : http://www.brasildefato.com.br/node/13188

Notes :

(1)Dans une note en date du 6 mai 2013, lors de la première d'une série de deux occupations du chantier de Belo Monte, le SGPR traite « d'auto-promus » et de « prétendus » en faisant référence aux leaders du peuple, questionnant l'honnêteté des indigènes en les accusant d'être impliqués dans la prospection illégale d'or.

“En vérité, certains Munduruku ne veulent aucun projets dans leur région parce qu'ils sont impliqués dans la prospection illégale d'or sur le rio Tapajós et ses affluants. Un des principaux porte-parole des envahisseurs de Belo Monte est propriétaire de 6 barques de prospection illégal”, affirme un passage de la note.

Source : http://cimi.org.br/site/pt-br/?system=news&conteudo_id=6959&action=read

Lieu du futur barrage de Teles Pires © Telma Monteiro Lieu du futur barrage de Teles Pires © Telma Monteiro

(2) La ville des ancêtres morts


Au delà de la disparition des poissons et de la navigation, base de la vie des indigènes, une des questions les plus graves pour les indigènes est la destruction de trois endroits sacrés du
rio Teles Pires : le Morro do Jabuti, le Morro dos Macacos (colline des singes) ainsi qu'une succession de cascades connues comme les Sept Chutes. Ils croient, selon la tradition, qu'en ces lieux vivent leurs ancêtres et que, si ils en permettent la violation, de grandes tragédies s'abattront sur la région. “Il va arriver beaucoup de choses mauvaises pour le blanc et l'indigène, nous vous prévenons, mais le blanc est borné”, affirme Walmar Munduruku.

Le blanc possède son patrimoine culturel dans les villes, le patrimoine culturel des indigènes c'est les champs, la forêt, les chutes d'eau, la rivière, explique Walmar.“ Les choses ici sont sacrées, nos grands-parents et Dieu les ont laissées pour nous. C'est aux Sept Chutes qu'il y a les plus gros poissons du monde et où vit aussi la Mère des Poissons”, relate José Emiliano Munduruku.

Il explique leur croyance sur l'endroit : “C'est pour cela que les poissons viennent tous les ans, pour visiter les Sept Chutes où vivent leur mère. On ne peut pas la bouger, si nous la bougeons, elle va emporter beaucoup de monde avec elle, parce qu'en bas des cascades il y a une ville qui n'appartient pas aux blancs mais aux indigènes. C'est la ville où vont tous les indigènes morts”, raconte-t-il. 

L'importance religieuse et mythologique que les indigènes attribuent au lieu coïncide avec l'importance écologique. Dans le défilé des Sept Chutes, de fait, se reproduisent plusieurs espèces de poissons de la région, comme le
pacu, le pirarara, la matrinchã, le pintado et le piraíba, qui vont jusqu'à mesurer 2 mètres. 

Malgré les appels et craintes des indigènes, les cascades des Sept Chutes du rio
Teles Pires peuvent être détruites à n'importe quel instant, parce que le Consortium Constructeur de l'Usine Teles Pires a déjà commencé à provoquer des explosions dans la zone du rio, même si l'usine est remise en question par le Tribunal de Contas da União et par une action en justice du Ministère Public Fédéral (MPF). Entre les irrégularités pointées par la justice fédérale de Belém, il y a le manque d'études des États à pointer tous les impacts.

En ce qui concerne les impacts sur la reproduction et survie des espèces de poissons, il y a de sérieux problèmes d'études
ichtyologiques, et les observations en champs ont été considérées comme insuffisantes par le propre Ibama (Institut Brésilien de l'environnement).

Le cas est encore plus grave pour le
patrimoine culturel indigène lié aux accidents géographiques de Teles Pires. Le gouvernement brésilien ne s'est pas préoccupé à identifier et étudier l'importance cosmologique, mythologique et religieuse du rio, manquant ainsi de respect au droit des indigènes à leur propre identité culturelle.

Source : http://lindomarpadilha.blogspot.fr/2011/12/indios-kayabi-e-munduruku-anunciam-que.html

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