Les maisons destinées aux expulsé-e-s de Belo Monte sont construites en un jour.

 © Xingu Vivo et Mayra Galha © Xingu Vivo et Mayra Galha
Fissures, dalles déplacées, infiltrations, fondations renforcées par des étais de bois afin d'éviter des éboulements : voici l'état des maisons qui iront abriter les familles expulsées par Norte Energia, entreprise publique brésilien, constructrice du barrage de Belo Monte, dans la ville d'Altamira (Pará).

La semaine dernière, elle a fait la promotion des premiers relogements d'habitant-e-s expulsé-e-s des quartiers d'Olara et de Peixara pour le lotissement Jatobá, qui se trouve à environ 5 km des anciennes habitations.

Vendredi dernier, le 17 janvier, l'équipe de Xingu Vivo a réussi à entrer sur les lieux et photographier les maisons en construction, constatant de graves problèmes dans les structures mêmes.

"C'est terrifiant. A l'inverse de ce qu'affirme la presse et de ce qui a été relaté dans un grand journal brésilien qui parait le samedi, les maisons n'ont rien à voir avec de la maçonnerie. Le toit est fait de dalles fendues qui laissent passer l'eau, il y a des fissures sur les murs qui sont pour la majorité d'entre eux renforcés par des étais en bois afin d'éviter un écroulement. Tout est masqué par des enduits et de la peinture pour tromper les habitant-e-s qui sont relogé-e-s", explique Antônia Melo, coordinatrice du mouvement.

Selon les ouvriers qui travaillent sur le chantier de construction, le temps moyen pour fabriquer une maison est d'un jour. Les murs sont faits de revêtements remplis de béton, d'une épaisseur moyenne de 8 cm, "Ils nous ont confié que les matériaux utilisés sont les plus pourris possibles. Les familles ne sont pas autorisées à entrer dans le lotissement avant que toutes les peintures soient sèches pour ne pas voir ce qu'il y a en dessous.", relate Antônia.

Ce lundi 20, après une pluie torrentielle tombée dimanche, l'équipe de Xingu Vivo et les familles expulsées sont retournées au lotissement pour voir les maisons, mais elles ont été empêchées d'entrer par des vigiles armés. "Un vigile nous a reçu la main sur le revolver. Imaginez une construction de maison avec un homme de main armé pour que personne ne puisse voir comment les habitations sont faites. Et voilà que débarque TV GLOBO (TF1 brésilien) qui raconte que tout est dans le meilleur des mondes, la consécration d'un rêve. J'aimerais voir le journaliste vivre là pendant un mois avec sa famille, dans cube de 63 m2 mal foutu, blindé d'infiltrations, loin de tout, des écoles, des dispensaires médicaux, des commerces”, lâche la coordinatrice de Xingu Vivo.

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Démolition
Une fois les quartiers vidés de leurs habitant-e-s expulsée-e-s, les maisons inoccupées sont immédiatement détruites afin d'éviter, selon l'entreprise, de nouvelles occupations (comme ici à Notre-Dame-des-Landes lors de l'opération César lamentablement foirée, rappelons-le aux saucialistes belliqueux). Selon Xingu Vivo, la méthode employée amène de graves problèmes aux habitant-e-s restant-e-s une fois que les bâtiments restés debout s'appuient structurellement entre eux. "En détruisant l'une, l'autre, collée à la première, peut tomber à tout instant. De nombreuses familles ont peur de voir leur maison s'écrouler. Autre problème, et de taille, les taules ondulées en amiante des maisons détruites sont brisées, laissées sur place, et il y a des enfants, des travailleur-euse-s, qui respirent cette poussière d'amiante toxique", explique une journaliste qui accompagnait les démolitions.

 L'autre problème, selon Antônia Melo, est la taille des nouvelles maisons des personnes relogées. Une habitante dit qu'en s'installant elle n'a même pas pu rentrer la moitié de ses affaires. Lorsqu'elle s'est plainte, le personnel de Norte Energia lui a répondu "si ça ne rentre pas, jetez l'autre moitié et le problème est résolu".

Une fois qu'elles ont pris connaissance des photos des maisons en construction, les familles dépossédées ont décidé d’exiger en justice le droit d'accompagner et de surveiller le processus, explique Antônia. "Au final ce sont leurs vies qui sont en danger car les maisons risquent de s'écrouler, alors que la saison des pluies ne fait que commencer".

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 Traduit du portugais - article original paru sur le site brésilien Xingu Vivo, le 20 janvier 2014 : http://www.xinguvivo.org.br/2014/01/20/casas-para-despejados-de-belo-monte-sao-feitas-em-um-dia/

 

 

 

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