Honduras: morts dans l'indifférence

Deux personnes tuées par la police, une portée disparue, 300 arrêtées: tel est le bilan provisoire des manifestations qui, bravant le couvre-feu, ont suivi le retour à Tegucigalpa, lundi 21 septembre, du président Zelaya, renversé en juin par le premier coup d'Etat militaire de l'ère Obama.

Deux personnes tuées par la police, une portée disparue, 300 arrêtées: tel est le bilan provisoire des manifestations qui, bravant le couvre-feu, ont suivi le retour à Tegucigalpa, lundi 21 septembre, du président Zelaya, renversé en juin par le premier coup d'Etat militaire de l'ère Obama. Ces morts viennent s'ajouter à des dizaines d'autres.

L'attitude plus qu'ambiguë de l'administration nord-américaine à l'égard des putschistes ne devrait étonner personne. Malgré une discrète condamnation, le locataire de la Maison Blanche avait expliqué en août dernier, lors du sommet de l'ALENA à Guadalajara (Mexique), qu'il ne voulait « plus que les Etats-Unis jouent le rôle de policier du monde... ». L'intervention, dans la préparation du coup d'Etat qui a porté Micheletti au pouvoir, de l'ambassadeur gringo Hugo Llorens, lié au tristement célèbre John Dimitri Negroponte1, est pourtant connue de tous les observateurs. L'aide économique et militaire au régime de facto, comme on dit pudiquement, va pouvoir continuer. Il s'agit pour les Etats-Unis, dans la logique d'une politique qui avait vu, par exemple, les terroristes de la Contra anti-sandiniste opérer à partir du territoire du Honduras, d'avancer leurs pions dans la stratégie de guerre « de basse intensité » menée contre les populations du « sous-continent ». Une guerre visant les peuples, et non simplement les gouvernements qui, avec plus ou moins de détermination, font mine de s'opposer à leur hégémonie.

Car ce sont bien les ressources pétrolières, minières, naturelles et agricoles de toute la région qui intéressent un système économique acculé à la poursuite d'une course folle aux bénéfices. Le Plan Puebla Panamá, rebaptisé Projet Mésoaméricain d'Intégration et de Développement, lié au Plan Mérida et au Plan Colombia2, sont les outils principaux de cette offensive et de ce pillage programmé. Et ce sont les petites gens, los de abajo, qui résistent avec le plus de constance, et cherchent à défendre un mode de vie, des territoires et des liens sociaux que la mondialisation voudrait balayer une fois pour toutes.

L'immense base aérienne US de Palmerola, que Zelaya disait vouloir fermer et transformer en aéroport civil, a donc de beaux jours devant elle. Et le peuple du Honduras peut continuer à manifester, et les gens tomber sous les balles, les grands médias du monde ont d'autres histoires à nous raconter.

 

Jean-Pierre Petit-Gras

 

1 John Negroponte a longtemps sévi en Amérique Centrale, aux côtés des régimes militaires, avant d'être nommé ambassadeur en Irak. Sa spécialité semble avoir été l'organisation d'attentats et autres pratiques de la « contre-insurrection ». Voir aussi l'article de C. Fazio dans La Jornada du 27 juillet 2009.

2 Ces plans, soit-disant destinés à éradiquer le narco-traffic, consistent en une aide militaire accrue, et visent à un véritable « nettoyage » social et ethnique des campagnes, en vue d'une reconversion au profit de l'agro-industrie.

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