Des ouvriers d'une entreprise sous-traitante de Norte Energia dénoncent des conditions précaires de travail et de logement

 Détournement de fonction, logements bondés et insalubres, et heures supplémentaires non-déclarées sont les principales réclamations, le travailleur qui a dénoncé ces pratiques a été licencié

Par Larissa Saud

 Des toilettes immondes, sans lumière et remplis de nourriture rance de tous les côtés. Tel a été la situation d'un des logements de GEL Engenharia, situé dans le quartier Independente I, Altamira, état du Pará, Brésil. L'entreprise a été contractée par le Consortium Norte Energia afin de réaliser les travaux de tout à l’égout de la ville, préalable à la construction du barrage de Belo Monte.

Suite à une dénonciation anonyme reçue il y a moins d'un mois, Xingu Vivo s'est rendu jusqu'à un des logements de GEL. C 'est là qu'elle a fait face à un scénario désolant : les quelques 50 travailleurs se divisaient en quatre chambres, entassés sur des lits superposés, des ventilateurs et des séchoirs à vêtements étendus sur les lits. Les dortoirs, renfermés et mal ventilés étaient dépourvus d'armoires pour ranger les affaires personnelles des ouvriers. Des fils électriques sauvages étaient reliés aux appareils électroménagers sans aucune sécurité en cas d'incendie où autre accident.

Dès l'arrivée du reportage, quelques travailleurs se sont précipités en parlant tous en même temps, des phrases lâchées comme «Il n'y a pas de gobelets, Il n'y a pas de papier hygiénique » où « regarde l'état du sol », pointant une commode complètement inondée, « regarde la politique de gestion de GEL». .Que des ordres et aucun respect », dit un des ouvriers pointant le mur du réfectoire, où étaient suspendues trois banderoles avec les normes qui doivent être suivies par les employés.

Selon les travailleurs, l'entreprise n'a pas fait la manutention des logements et maltraite les employés quand il y a des réclamations. Ils ont aussi dénoncé que plusieurs fois pendant la semaine la nourriture arrive avariée, à tel point que certains restent sans manger où se sentent mal aux heures de travail.

Originaire de l’intérieur de l'état de Sergipe, dans le nord-est du pays, Thiers Nunes a décidé de ne plus se cacher en dénonçant, imaginant déjà son renvoi. Embauché comme agent de nettoyage, il a été obligé de travailler comme manœuvre et charpentier, ce qui caractérise un détournement de fonction. Le problème est très habituel à GEL, “On creuse des tranchées de 100 à 120 mètres à la pelle et à la houe sans l'aide d'un tractopelle. Regarde comment est ma main. Beaucoup de gens sont dans la même situation, tous faisant des choses pour lesquelles ils n'ont pas été contractés”, dit Thiers montrant ses mains calleuses.

Une grande partie des travailleurs du logement viennent de l'état du Sergipe où de celui du Maranhão, tous contractés par des agents de recrutement, généralement pour travailler à Belo Monte. “Nous sommes arrivés ici, il n'y avait pas de place dans le chantier, nous nous sommes retrouvés à GEL », raconte un homme du Sergipe. Il ne sait pas si les agents de recrutement ont les licences nécessaires pour embaucher et transporter dans d'autres états -  conformément prévu dans l'instruction normative 90 du Ministère du Travail (Instrução Normativa 90 do Ministério do Trabalho e Emprego) -, mais il affirme qu'au moins tous les travailleurs sont déclarés. “Mais il arrive que nous ne recevions pas la fiche de paye à la fin du mois pour savoir si ils payent les heures supplémentaires qu'ils nous doivent, le FGTS (chômage), ce genre de choses, j'ai moi-même reçu qu'une seul fois ma fiche de paye en six mois que je travaille”, explique un homme du Maranhão.

GEL dément, mais démet
Sollicité pour le reportage, l'ingénieur supérieur de GEL à Altamira, Luis Eustáquio, a nié en bloc les accusations des travailleurs et dit que l'entreprise offre toutes (sic) les conditions nécessaires dans les logements. “Nous offrons le lavage gratuit des vêtements. Il y a des loisirs dans les logements, piscine, baby foot, ping-pong. Il y a des gobelets et des draps tout le temps”, affirme t-il. Afin de prouver son affirmation, GEL a emmené le reportage vers d'autres logements où les conditions étaient bien meilleures. Conscients de la visite au logement dénoncé, les employés de l'entreprise ont insisté pour que nous pointions l'auteur des dénonciations. Malgré le fait que le reportage ait nié ces informations, nous avons reçu la confirmation, quelques jours plus tard, que Thiers Nunes avait perdu son emploi.

Douze jours après la première visite au logement, fin mars, l'équipe de Xingu Vivo est retournée sur les lieux lorsqu'elle a su que 50 nouveaux ouvriers allaient être amenés là. Mis à part le fait que ce n'était pas surpeuplé comme lors de la première visite, les mêmes conditions d'insalubrité ont été constatées et aucune amélioration des conditions de logement et de travail.

Collaboration et photos de Verena Glass

Source :

http://www.xinguvivo.org.br/2014/04/14/operarios-denunciam-pessimas-condicoes-de-trabalho-e-moradia-em-terceirizada-da-norte-energia/

 

@Vinci #prendszaddanstagueule

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