Atenco
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Les Autres Amériques

Suivi par 33 abonnés

Billet de blog 28 avr. 2010

Mexique : où est passé Francisco de Asís Manuel ?

Atenco
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le 20 avril dernier, Francisco de Asís Manuel, responsable des « biens communaux » du village nahua de Santa María Ostula, sur la côte pacifique du Michoacán, a été enlevé par des individus lourdement armés. En février, deux autres membres de cette communauté ont subi le même sort. On est toujours sans nouvelles. Enfin, depuis le mois d'août 2009, 8 habitants de Santa María Ostula ont été assassinés. Pourquoi tant de violence contre une population qui ne demande qu'à vivre en paix ?

Le 29 juin dernier, 3000 personnes ont envahi mille hectares de terrains communaux, qui leur avaient été volés dans les années 1960 par des « petits propriétaires », qui les avaient clôturés, et installé des gardes armés. L'immobilisme complice de l'administration devant les démarches des comuneros, et le meurtre commis en 2008 contre le professeur Diego Ramírez, les ont décidés à s'organiser autrement. Ils ont créé une police communautaire, formée de jeunes gens des villages concernés, encadrés par les anciens, non rémunérés et révocables en cas de comportement irresponsable. Le 29 juin, cette garde communale a tenu en échec les tueurs envoyés par les pseudo-propriétaires, des individus liés aux dirigeants politiques et aux narco-trafiquants.

L'histoire du Mexique est une longue suite d'usurpation des territoires de ses habitants par les colons espagnols et leurs descendants. Un vol accompagné de massacres, mais aussi de la résistance, tantôt pacifique, tantôt armée, de ces millions de peones, indigènes ou « métis », pour qui l'accès à la terre et la dignité sont demeurés fondamentaux.

Après la révolution de 1910-17, menée au cri de « Tierra y Libertad », ces droits ont été bafoués. Les gouvernements successifs ont écrasé brutalement les revendications des populations, à la ville comme à la campagne, qui réclamaient la fin de la grande propriété et des innombrables abus qui l'accompagnent.

Dans les années 1960 et 70, pendant ce que l'on appelle la « guerre sale », le pouvoir a torturé et tué des milliers d'opposants, fait disparaître des centaines d'entre eux. Les corps étaient jetés dans la mer, depuis des avions militaires. L'impunité dont ont bénéficié les auteurs et les commanditaires de la guerra sucia est totale.

Aujourd'hui, il s'agit pour les dirigeants politiques de continuer à vider les campagnes de leur population traditionnelle, jugée non rentable (elle pratique surtout une agriculture d'auto-suffisance alimentaire, consomme peu et ne travaille pas pour le marché), pour y imposer l'agriculture industrielle, tournée vers la rentabilité et l'exportation. Il s'agit aussi de lancer les grands programmes du « développement », rebaptisé « durable », afin de permettre aux multinationales, dans leur course effrénée aux profits, de produire des agro-carburants, d'exploiter le sous-sol, construire des barrages...

La stratégie des gouvernements mexicains consiste maintenant à « sous-traiter » la répression et la violence. Pour cela, ils utilisent des groupes parapoliciers et paramilitaires, que l'on paie en leur offrant la propriété de terres arrachées aux communautés, en favorisant la multiplication des trafics (drogue, armes, opérations immobilières et blanchiment d'argent). La militarisation de régions indigènes et paysannes, sous couvert de « guerre à la drogue », vise essentiellement à couvrir cette politique de privatisation.

Alors que l'on proclame la nécessité de « protéger la planète », les populations indigènes, installées sur des territoires qu'elles respectent et valorisent, représentent un mode de pensée et de vie alternative éprouvée, face à un capitalisme industriel qui mène l'humanité entière à la catastrophe.

L'escalade actuelle du gouvernement mexicain contre ces communautés et les résistances populaires dans le pays, d'une extrême gravité, nous concerne tous. C'est pourquoi nous avons publié sur mediapart l'appel du CNI, qui dénonce également l'attaque menée le 27 avril contre une caravane de solidarité avec la municipalité autonome de San Juan Copala, dans l'Oaxaca, faisant deux morts, une Mexicaine et un jeune Finlandais. Et qui rappelle, bien sûr, les harcèlements paramilitaires contre les communautés zapatistes au Chiapas.

La réapparition immédiate de Francisco de Asís Manuel, de Javier Martinez Robles et Gerardo Vera Orcino, est-ce trop demander au gouvernement du Michoacán de Leonel Godoy, ou à celui de la république fédérale, dirigé par Felipe Calderón ? Pour ce qui est du démantèlement des groupes paramilitaires, ce serait certainement vouloir la lune.

Jean-Pierre Petit-Gras


Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Afrique
La crise climatique attise les tensions au Kenya
Les questions d’écologie sont absentes des discours des candidats aux élections générales du mardi 9 août. Pourtant, avec un régime de pluies devenu « imprévisible », le pays subit fortement les conséquences du dérèglement climatique, qui aggrave des tensions existantes.
par Gwenaelle Lenoir
Journal — Afrique
Le pays suspendu à un scrutin à haut risque
Mardi 9 août se déroulent au Kenya des élections générales. Alors que la population fait face à une crise économique et à une forte hausse des prix, ce scrutin risque de déstabiliser ce pays clé de l’Afrique de l’Est. 
par Gwenaelle Lenoir
Journal — Écologie
Petits canaux contre « idéologie du tuyau », une guerre de l’irrigation
Très ancrés dans les territoires montagneux du sud de la France, prisés par les habitants, les béals sont encore vitaux pour de nombreux agriculteurs. Mais cette gestion collective et traditionnelle de l’eau se heurte à la logique de rationalisation de la ressource des services de l’État.
par Mathieu Périsse (We Report)
Journal
Climat : un été aux airs d’apocalypse
Record de sécheresse sur toute la France, feux gigantesques en Gironde, dans le sud de l’Europe et en Californie, mercure dépassant la normale partout sur le globe… Mediapart raconte en images le désastre climatique qui frappe le monde de plein fouet. Ce portfolio sera mis à jour tout au long de l’été.
par La rédaction de Mediapart

La sélection du Club

Billet de blog
Loi pouvoir d'achat : Macron & Borne veulent prolonger notre ébriété énergétique
[REDIFFUSION] 42°C en Gironde. 40°C en Bretagne. 20 000 hectares partis en fumée. Lacs, rivières et sols s'assèchent. Les glaciers fondent. Que fait-on à l'Elysée ? On reçoit le président des Emirats Arabes Unis pour importer plus de gazole. A Matignon ? On défend un projet de loi « Pouvoir d'achat » qui vise à importer plus de gaz du Qatar et des Etats-Unis. Où est la sobriété ?
par Maxime Combes
Billet de blog
Pour la rentrée, préparons la riposte !
Bientôt, les vacances seront terminées. Et beaucoup se demandent maintenant de quoi sera fait leur avenir avec un gouvernement qui n’a concédé presque rien aux salariés, aux retraités et aux chômeurs en termes de pouvoir d’achat.
par Philippe Soulié
Billet de blog
Le pouvoir d'achat des fonctionnaires vampirisé par quarante ans de néolibéralisme
Lorsque la spoliation du pouvoir d'achat des fonctionnaires devient une institution sous la Cinquième République...
par Yves Besançon
Billet de blog
La grosse entourloupe de l'AAH
Alors qu'on parle de la victoire de la déconjugalisation de l'AAH, alors qu'on cite les augmentations de ce minima social comme une exception du macronisme, personne ne parle d'une des plus grandes entourloupes des dernières années : la suppression du complément de ressources de 180 euros pour les nouveaux admis dans le système.
par Béatrice Turpin