[Brésil] La communauté Guarani Kaiowá la plus menacée fait face à une nouvelle restitution de terres.

Depuis l'arrivée de Pedro Álvares Cabral au tout début du XVIème siècle sur les côtes de Bahia, la persécution du peuple Guarani n'a jamais cessé. Cet article en est un parfait exemple. Ici c'est l'agro-business, non content d'empoisonner la planète et notre santé qui s'attaque aux indigènes avec une violence que n'aurait pas renié les conquistadors. C'est un véritable appel au secours que lance Damiana au nom de sa petite communauté menacée.

Le27/01/2014. Ruy Sposati, de Campo Grande (MS)

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La communauté Guarani Kaiowá la plus menacée du moment, le tekoha Apyka'i dans la municipalité de Dourados dans l'état du  Mato Grosso do Sul  va devoir affronter une restitution de terres de plus.

Une nouvelle manœuvre judiciaire a donné la garantie qu'une décision (déjà appliquée) par la Justice fédérale brésilienne de 2009, en faveur de Cássio Guilherme Bonilha Tecchio, propriétaire de l'exploitation agricole Serrana, soit, une fois de plus, utilisée contre les indigènes.

Dès à présent, les Kaiowá ont 30 jours pour quitter les lieux qu'ils occupent depuis septembre 2012. Le délai d'expulsion débute lundi 27 janvier. La cacique, Damiana, réaffirme que les indigènes ne partirons pas.

Jusqu'en septembre 2012 la terre était exploitée par l'usine São Fernando pour la culture de canne à sucre à grande échelle. Les ennuis ont commencé lorsque Damiana et sa communauté ont repris leur territoire, après 14 années de campement au bord de la route BR-463, à 8 kilométrés du centre de la ville de Dourados. C'est alors qu'ils ont recommencé à incommoder les producteurs de l'usine. La terre revendiquée comme traditionnelle par les Kaiowá est en processus d'identification et de délimitation par la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI).

"Maintenant je ne vais plus les laisser récolter la canne à sucre comme passer leur venin (pesticides)", affirme Damiana. Elle veut dire par là que les Kaiowá n'ont pas l'intention de quitter l'exploitation agricole. "Mon père est mort ici dans le tekoha. Notre ancien cimetière est ici, les fermiers ont mis le feu partout. Seul l'usine en a l'usufruit. Assez. Assez de voir l'usine profiter de cette terre. L'usine ne va plus couper de canne à sucre".

Vidéo de l'entretien avec Damiana en portugais

"On laisse ça tel quel. Pourrir la canne à sucre." La cacique fait référence aux plantations qui étaient sur les lieux au moment de la réoccupation. "Je ne vais plus sortir d'ici. Ils peuvent nous tirer dessus, je ne partirais plus, non. Je ne les laisserai ni récolter, ni passer leur venin".

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L'usine

Installée à Dourados depuis 2009, l'usine São Fernando est une entreprise du Groupe Bertin, un des plus gros producteur et exportateur de produits réfrigérés d'origine animale d'Amérique, et de l'Agropecuária JB, spécialisé dans l'optimisation des bovins destinés à la boucherie. Un des territoires utilisés par l'usine pour produire de la canne à sucre est revendiqué par les Kaiowá de l'Apyka'i.

En 2010, sous la menace de perdre sa licence d'exploitation en fonction de divers manquements à la loi sur des questions sociales, environnementales et indigènes, l'usine a été forcée de signer un protocole de coopération et d'engagement de responsabilité en justice.

Suite aux contraintes établies par le Ministère Public d’État, Ministère Public du Travail et du Ministère Public Fédéral, l'usine a été forcée de ne pas renouveler son contrat d''exploitation agricole Serrana qui a un impact direct sur le territoire revendiqué comme Apyka'i par la famille de Damiana.

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Le tekoha

L'histoire des Guarani Kaiowá se perd dans le temps, mais à cause de la canne à sucre, des années passées au bord de la route, une série de tragédies ont touché la famille de Damiana. Cinq personnes sont mortes renversées. La dernière victime, Gabriel, un de ses petits-fils de 4 ans, est mort en mars 2012. Une vieille dame est décédée, selon les indigènes, à cause des pesticides utilisés dans la plantation qui entoure le campement.

Les indigènes ont tenté de reprendre leur territoire à plusieurs reprises. La dernière tentative remonte à juin 2008. Elle se poursuivra jusqu'à l'application de la décision judiciaire citée au début du texte. Après leur expulsion, la communauté devrait retourner vivre au bord de la route.

En septembre 2009, un groupe armé avait attaqué le campement, tirant en direction des cabanes. Un Kaiowá de 62 ans avait été blessé par balles, d'autres indigènes agressés, les cabanes et leurs affaires avaient été brûlées.

Encore, en août 2012, les indigènes campant encore au bord de la route avaient été atteints par un incendie qui s'était propagé dans le campement. Selon eux, il aurait été allumé volontairement dans les plantations de canne de l'usine São Fernando détruisant les baraques, la nourriture et les affaires des indigènes, les forçant à s'enfuir. La cause de l'incendie reste inconnue.

Un peu plus d'un mois plus tard, le 16 septembre, après 14 années de campement au bord de la route, la communauté l'avait déplacé une fois de plus au sein de leur territoire revendiqué comme traditionnel, C'est là qu'aujourd'hui l'exploitation agricole Serrana utilisée par l'usine São Fernando tire les bénéfices de la monoculture à grande échelle de canne à sucre. 

"Nous ne sortirons jamais d'ici. Si ils nous tuent, je demande qu'ils amènent des pelles pour nous enterrer. Même si ils viennent nous envahir, nous ne partirons plus jamais. Nous allons rester ici. Même si ils nous menacent nous resterons ici. La lutte va toujours continuer, même si je meurs, parce que j'ai beaucoup de petits-enfants", affirme Damiana.

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Le 27/01/2014. Ruy Sposati, de Campo Grande (MS)

Source : http://cimi.org.br/site/pt-br/?system=news&conteudo_id=7349&action=read

Photos : http://campanhaguarani.org/?magazine-gallery=tekoha-apykai et Ruy Sposati

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