[Brésil] Des indiens sont agressés par la Police Militaire dans l'Etat de l'Amazonas.


Índios são agredidos por Polícia Militar no Amazonas

"Vous avez des arcs et des flêches, nous on a des balles"

Selon un membre de l’ethnie Kokama (communauté tribale de 20 000 personnes qui  se divise entre le Brésil, la Colombie et le Pérou, (les indiens se contre-foutant du concept état-nation et de ses frontières), ces mots ont été prononcés par un flic lors d'une opération dite "pacifique" initiée lundi dernier (23 septembre 2013), afin d'empêcher l'accès d'une zone occupée par les indigènes et non-indigènes, dans la ville d'Iranduba, située dans la région de Manaus. Les indigènes présents sur les lieux s'auto-définissent comme appartenant à plusieurs groupes ethniques tels que les MiranhaKokamaApurinãBaréSateré-MawéTuyukaTikuna et Mura. Parmi les non-indigènes, l'on trouve des agriculteurs et des habitants qui vivent de la pêche sur les berges du fleuve appelés ribeirinhos.

Le matin du 25 septembre, une équipe de chercheurs du Projet Nouvelle Cartographie Sociale d'Amazonie (PNCSA), qui réalise un travail de cartographie dans la région et qui suit l'acte de mobilisation collective d'occupation de terres, était sur les lieux. La presse bourgeoise a pris l'habitude de désigner les participants à ce genre d'action militante d'"intrus" et de supposés "indiens", ce qui met en doute le caractère ethnique des personnes concernées (au sein de l'opinion publique) et affaiblit le mouvement indigène dans son ensemble.

En discutant avec des représentants de la Police Militaire, de la Fondation Nationale de l'Indien (Funai) et du Secrétariat d'Etat pour les Peuples Indigènes (Seind), qui participaient à l'opération, il a été constaté que les représentations des indigènes brossées par la presse locale reproduisent le discours des agences officielles. Cette situation contribue au fait que le public ait une vision équivoque des peuples autochtones. Cela évite aussi de parler des sujets qui fâchent (En France, les boucs émissaires sont les Rroms) comme la distribution de terres dans la région métropolitaine de Manaus. En fait, ce genre de manifestations (les occupations) sont perçues comme le résultat de l'appropriation illégale de terres vouées à disparaître au profit d'une extension de l'urbanisation (de la capitale toute proche).

 © Marcia Meneghini (25.09.13). © Marcia Meneghini (25.09.13).
Des cas de violence physiques ont été commis par la Police militaire et relatés à des équipes de chercheurs sur place. Nombre d'entre eux sont directement liés à la stratégie d'isolement de la zone car une fois qu'une personne sort de la périphérie d'occupation, elle ne peut plus y retourner. Un jeune Tuyuka de 16 ans nous a montré les marques sur son corps, résultat d'une agression subie en tentant de retourner sur les lieux occupés le matin du 23. "Ils m'ont menotté, ils m'ont jeté dans la fourgonnette et m'ont embarqué. Quand je suis arrivé au poste, un policier m'a enfermé seul dans une salle, et m'a dit 'maintenant on va discuter'. Il a sorti sa matraqueLe commissaire (d'Iranduba) est arrivé. Ils m'ont tenu et m'ont roué de coups", affirme le mineur.

Le gamin raconte aussi qu'il a été menacé. "Je me suis senti menacé quand il ma dit qu'il allait décharger un pistolet sur ma figure". Ensuite, selon lui, une équipe du Conseil Tutélaire s'est rendue sur place ce qui a empêché que la violence continue. "Ils ont commencé à me donner du guarana, du café et des biscuilts à manger. Ensuite, ils ont voulu me donner un maximum d'aides sociales (bolsa escola et bolsa familha, programmes sociaux initiés par le gouvernement Lula), une maison, ma vie. Je leur ai répondu que je ne voulais aucune de ces choses. Je leur ai dit que je voulais qu'on respecte mes droits. Qu'ils n'avaient pas le droit de m'avoir battu. Je ne faisais rien de mal."

"Des maisons ont été détruites à l'aide de tracteurs. Sans que nous puissions entrer, les personnes restaient aglutinées à l'extérieur, en disant qu'elles ne savaient pas quoi faire. La police nous frappe. Une jeune d'ici est allée soutenir sa mère mais un policier d'Iranduba l'a frappée. Tout le monde a vu, mais maintenant personne n'ose rien dire, parce que, si quelqu'un parle, le flic revient le soir et nous frappe." affirme Mr J., dont la maison et les objets personnels ont été détruits. "Ils cassent tout. Toutes mes affaires à l'intérieur sont cassées. Cela me donne même envie de pleurer. Vous avez déjà vu un homme de 51 ans pleurer ? C'est triste, oui. Nous n'avons aucun endroit ou aller." poursuit-il.

Un Kokama de 20 ans, a réussi à fuir après avoir été agressé et menotté, alors qu'il essayait de retirer ses affaires personnelles de sa maison. "Je suis sorti d'ici, et le type m'a donné une baffe en pleine figure. Alors qu'il relâchait son attention, j'ai retiré mon bras, et je suis sorti en courant. j'ai sauté par dessus la clôture et les flics se sont lancés à ma poursuite. Ils n'ont pas réussi à m'attraper grâce aux autres guerriers qui ont obstrué la rue afin qu'ils ne puissent pas passer.", explique le jeune homme.

Traduit du portugais du Brésil - Manaus, 26 septembre 2013.- Glademir Sales dos Santos et Marcia Meneghini.

Source de l'article : http://novacartografiasocial.com/index.php?option=com_content&view=article&id=311:indios-sao-agredidos-por-policia-militar-no-amazonas&catid=40:noticias&Itemid=70

 © Glademir Sales dos Santos (25.09.13) © Glademir Sales dos Santos (25.09.13)

     

Commentaires :

"Vous avez des arcs et des flêches, nous on a des balles" "Je me suis senti menacé quand il ma dit qu'il allait décharger un pistolet sur ma figure"

Ces phrases d'une violence inouïe dignes d'un western spaghetti "Eastwood vs Eli Wallash" reflètent hélas la triste réalité d'une époque gangrenée par le racisme, la haine du vivant et un individualisme forcené qui nous rend indifférent.e.s à la souffrance des autres.

Les politiques n'ont de cesse de dresser les gens les uns contre les autres. 20 000 Rroms en font les frais tous les jours, comme les gamins des quartiers populaires qui s'appellent Mohamed où Rachid. Il ne leur reste que ça pour continuer à asseoir leur oligarchie mortifère. La police n'est que le reflet de cette société malade, xénophobe, haineuse. Nous sommes à la fin d'une ère. Le système économique du libre échange est déjà en mort clinique, il finira par imploser, aveuglé par la seule vacuité consumériste. Vivement le prochain crash financier qu'on en finisse !

L'article trouvé sur le site "Nouvelle  Cartographie Sociale du Brésil" met en exergue des thématiques très proches de celles rencontrées à Notre-Dame-des-Landes avec ici aussi, son lot de violences policières, barbouzeries, occupations de territoires menacés de déforestation, engins qui détruisent des maisons et une stigmatisation automatique par les médias dominants des populations en résistance.

Les indigènes, des sous-hommes qui possèdent bien trop de terres fertiles.

Au Brésil, les peuples premiers sont considérés comme des sous hommes qui usurpent des identités ethniques et entravent la "liberté" d'entreprendre si chère aux libertariens. Les populations indigènes sont menacées de disparition et cela sur tout le territoire national brésilien. Le congrès national mené par la "bancada ruralista" (une alliance politique composée de la droite brésilienne (ersatz de la junte militaire), des démocrates-chrétiens, des partis évangélistes et des grands propriétaires terriens), travaille pour changer la constitution brésilienne qui garantit la souveraineté des territoires autochtones.

La manne est alléchante pour les requins de la finance et les entrepreneurs.

Un projet de loi qui modifierait la constitution prévoit de déposséder les terres des indiens dès que des ressources naturelles sont exploitables sur leurs terres où qu'un projet de développement d'infrastructures (barrages hydroélectriques, etc) est une priorité nationale ou locale. En clair, cela veut dire que des entreprises telles que Petrobras, Valle do Rio Doce ou encore GDF-Suez (entreprise française qui exploite le barrage de Jiraù et non celui de Belo Monte) font ce qu'elles veulent partout, peu importe qu'il y ait des populations qui y vivent depuis des lustres. Les indiens et les Quilombolas sont évidemment les victimes les plus faciles.

Les agressions que les peuples indigènes du Brésil subissent partout sont les conséquences directes de cette avidité, leurs territoires ancestraux de chasse, de pêche et de cueillettes se réduisant comme peau de chagrin.

Nous sommes toutes et tous des "kystes".

La stigmatisation des populations en résistance contre un système qui rase tout pour faire du fric est systématique. En France, dans la presse, à la télé, les anarchistes, autonomes et altermondialistes qui osent résister à la pompe à fric répressive publique sont catalogués, au mieux, comme des parasites drogués et, au pire, comme de dangereux fanatiques terroristes de l'ultra-gauche. Le Parti Saucialiste, embourbé dans son vomi, essaye de nous associer à l'extrême droite. Le traitement médiatique répugnant de l'assassinat de Clémént Méric est significatif de cet état de fait. 

Des médias larbins de l'oligarchie.

Les médias français et brésiliens tournent avec des budgets émanant des mêmes mécènes et autres multinationales et entreprises [GDF-Suez, Areva, Renault, Peugeot, Rhodia, Carrefour qui a, et de loin, le plus important réseau de supermarchés du Brésil, Leroy-Merlin, le groupe Casino qui détient les supermarchés Pão de Açúcar et Extra, le groupe Lagardère, Dassault, Airbus, Vinci, Bouygues, BNP Paribas, etc] dont les actionnaires et leurs représentants, les patrons, contrôlent les comités de rédaction des deux côtés de l'atlantique. La même musique éditoriale se fait entendre à São Paulo comme à Paris. Le JT de GLOBO (premier groupe audiovisuel d’Amérique latine) est un copié collé de celui de TF1. Tout est aussi indigeste et populiste. La même machine à lobotomiser. Seule une jeunesse totalement écœurée par cette farce de démocratie et de désinformation généralisée qu'elle rejette en (black) bloc nous sauvera, peut-être, du désastre écologique, social et politique en cours. 

Des luttes qui se ressemblent car elles défendent la terre et non des intérêts corporatistes.

A NDDL comme en Amazonie, les luttes qui nous motivent défendent le même objectif, entraver la création de richesses qui détruisent des terres fertiles ou préservées de l'exploitation capitaliste. La pensée unique économique suicidaire qui vante la croissance à tout prix, détruit à vitesse accélérée notre environnement. Les pires scénarios du réchauffement climatique se réalisent sous nos yeux.

Le capitalisme a besoin d'aéroports inutiles, de barrages qui inondent des régions entières d'Amazonie, de dépouiller les ressources naturelles de la planète (mineraies, pétrole, gaz de schiste) pour survivre et faire tourner les marchés financiers et la spéculation. Stop ! Qu'il crève !

Urbanisation de Manaus, Nantes nécropole, même combat 

Le premier sinistre Ayrault, qui fiche sans vergogne les SDF dans sa bonne ville de Nantes, et qui désire dans sa mégalomanie sans bornes, relier Nantes à Saint Nazaire dans un océan de béton, nous prépare un futur orwelien pour la région si nous n'entravons pas ses plans. La ville tentaculaire de Manaus possède le même nombre d'habitant;e.s que Paris mais s'étend continuellement vers la forêt dont elle ronge peu à peu les flancs. Les promoteurs immobiliers n'hésitent pas à détruire de la forêt primaire pour construire des résidences, des usines, des hôtels de luxe et des terrains de golf. Manaus est une zone franche, les entreprises ne payent pas d'impôts. La gauche parlementaire est la meilleure alliée du capital, au Brésil comme en France. Il ne reste que des miettes pour le peuple.

Et pour finir, les paysan.ne.s qui s'opposent à un projet d'aéroport depuis 1967, et cultivent des terres agricoles depuis plusieurs générations, pour certains d'entre eux, bien avant que le rapace Vinci ne jette un œil avide sur celles-ci, sont méprisés par un Etat autiste à leurs revendications légitimes : rester sur les terres qui les font vivre.

Les indigènes, quand à eux, habitent des zones tribales transfrontalières qu'ils chérissent et respectent depuis des millénaires, rendant tout débat sur leur légitimité et souveraineté territoriale absurde et révoltant. Le concept de frontières n'existe pas, seul le territoire ancestral compte. Tous les mots sont galvaudés, détournés de leurs sens premier où vidés de leur contenu.

Ils/Elles ne lâcheront rien, nous non plus.

La lucha sigue.

Bob

 

Liens indymedia : http://bxl.indymedia.org/spip.php?article2087

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