Billet de blog 4 déc. 2013

PussyRiot: ces filles que Poutine n’a pas réussi à bâillonner

Cet hiver 2011, Elles sont huit, la vingtaine, féministes, elles en ont marre. Marre du sexisme de la société, de la corruption, de prisons peuplées de gens n'ayant rien à y faire. Marre d’un Etat répressif et arbitraire.

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Cet hiver 2011, Elles sont huit, la vingtaine, féministes, elles en ont marre. Marre du sexisme de la société, de la corruption, de prisons peuplées de gens n'ayant rien à y faire. Marre d’un Etat répressif et arbitraire.

Elles sont huit, parmi des centaines de milliers d’autres, à vouloir faire entendre leur voix, celle qui leur a été volée lors d’élections législatives et présidentielle entachées de graves soupçons de fraude.

Elles sont huit étudiantes, certaines mamans, d'autres croyantes. Toutes des activistes et artistes chevronnées avec des paroles punk bien senties et un sens aigu du lieu et de la mise en scène pour faire résonner leurs propos.

Cet hiver 2011, devant le siège du FSB, sur la Place Rouge, devant une prison, elles surgissent, collant-cagoules-guitare, et s'évanouissent pour éviter la police. Quelques heures plus tard, leur performance est postée, vue et partagée largement sur Youtube.

Elles gardent l'anonymat, par sécurité et refus de la personnalisation. Anonymes sous leurs cagoules colorées comme les milliers d'autres qui brisent le froid de l'hiver en exigeant un autre futur.
Et puis, un jour, un patriarche orthodoxe appelle à voter pour ce premier ministre qui voulait redevenir président. Alors les filles invoquent Marie, relookée féministe, pour le chasser du pouvoir. Ce 24 février 2012, pour dénoncer la collusion du religieux et du politique, leur scène sera l’autel de la plus grande église de Moscou, celle du Christ sauveur. Les images font le tour du monde. Pour les autorités russes, c'est l'occasion rêvée de resserrer la vis, alors que Vladimir Poutine revient au Kremlin. En mars 2012, trois d’entre elles sont arrêtées. Les autres n'ont d'autre choix que la clandestinité.

Le 17 août, après un procès-spectacle, ces trois jeunes femmes sont condamnées à deux ans de camp de travail pour « hooliganisme motivé par la haine religieuse ».

Mais, dès leur arrestation, les premiers soutiens en Russie et dans le monde s'organisent, les médias relaient leur histoire, des personnalités internationales affichent leur soutien.

Le pouvoir russe a arraché les cagoules de la contestation et découvert leurs visages, devenus des noms, NadejdaTolokonnikova, Maria Alekhina, Ekaterina Samoutsevitch puis, pour leurs soutiens, des surnoms familiers : Nadia, Macha, Katia...

Le Poutine des années 1999-2007 avait eu pour symboles Khodorkovski, Lebed et l’assassinat toujours impuni d’Anna Politkovskaïa. Cinq ans après, Poutine II emprisonne les Pussy Riot, de jeunes artistes activistes devenues des prisonnières d'opinion, symboles du tournant tout-répressif connu par la Russie depuis dix-huit mois.

Le pouvoir russe pensait les faire taire et adresser un message fort aux milliers d'autres contestataires. Pari perdu. Pussy Riot n'est plus, mais les jeunes femmes s'attachent à montrer le vrai visage de la Russie.

Depuis leurs camps de travail respectifs, s'exposant aux représailles, Nadia et Macha y dénoncent les terribles conditions de détention, à coup de grèves de la faim et de lettres ouvertes.

En mai, Macha obtient des améliorations significatives pour ses codétenues.

En septembre, Nadia publie une lettre ouverte dénonçant des conditions « proches de l'esclavage » qui fait le tour du monde et oblige le Conseil présidentiel russe des droits de l'homme à enquêter puis à confirmer une grande partie de ses dires.

Et les autres ? Katia a obtenu sa libération conditionnelle et continue à appeler à la libération de ses deux camarades.

Clandestinement, trois Pussy Riot toujours recherchées entament, en juin 2013, une tournée de plaidoyer en Europe et aux Etats-Unis, où elles relancent la mobilisation en faveur de leurs camarades et dénoncent le tournant ultra-répressif du régime.

© Amnesty International France


En un an et demi, voici tout ce que le pouvoir russe aura réussi à faire : donner à la contestation de nouveaux visages et transformer ces artistes rebelles et brillantes en militantes opiniâtres des droits humains, plus déterminées que jamais. Huit jeunes femmes devenues malgré elles le symbole de la contestation en Russie.

Signez la pétition pour que cessent les attaques contre la société civile en Russie.

Illustration réalisée par Pierre-Alain Leboucher d'après une photographie de Igor Mukhin

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