Vera Lavreshina: une militante accusée d'avoir blessé deux policiers

Le 21 janvier a commencé le procès de Vera Lavreshina. Cette militante des droits civiques, âgée de 54 ans, est accusée d'avoir fait « usage de la violence contre un représentant de l'ordre ». Elle risque aujourd'hui d'être condamnée à cinq ans de détention en colonie pénitentiaire.

Vera Lavreshina - Illustration : Pierre-Alain Leboucher

Le 21 janvier a commencé le procès de Vera Lavreshina. Cette militante des droits civiques, âgée de 54 ans, est accusée d'avoir fait « usage de la violence contre un représentant de l'ordre ». Elle risque aujourd'hui d'être condamnée à cinq ans de détention en colonie pénitentiaire.

Les événements se seraient déroulés lors d'une manifestation le 16 août 2013 à Tver, une ville située à quelques kilomètres au nord de Moscou. Le procureur lui reproche d'avoir « frappé un policier à la main droite avec sa main, en lui infligeant une douleur ». Mme Lavreshina rejette cette accusation : « Je ne crois pas être en mesure de faire du mal à un gaillard en uniforme avec mes simples mains, sans armes, ni pavé ». Le gaillard en question est un colonel de la police, qui essayait de disperser la manifestation de façon très violente. Il n'a pas été blessé et n'a demandé aucune aide médicale.

Ces arguments ne convainquent pas la justice russe. Après la manifestation, Mme Lavreshina est arrêtée puis assignée à résidence. Depuis octobre 2013, elle est de nouveau autorisée à circuler en ville mais ne peut la quitter.

Ces mois passés sous surveillance n'ont pas affaibli son militantisme. Elle continue de participer aux manifestations et explique qu'elle ne se fait pas d'illusion sur son sort. Elle cite notamment dans un article les récentes statistiques sur le taux d'acquittement en Russie : moins de 1 %. Elle ne s'attend pas à être acquittée.

Dernièrement, un deuxième policier est venu compléter la liste des « victimes » de Mme Lavreshina. Bien évidemment, aucun certificat médical ne confirme ses dires. Il prétend simplement avoir été blessé lors de la manifestation.

Mme Lavreshina a refusé de témoigner durant l'enquête. « Ne faites-vous donc pas confiance à la justice? » lui a demandé le procureur. « Non seulement je n'ai pas confiance en votre tribunal », a-t-elle répondu, « mais il y a déjà bien longtemps que j'ai annoncé ma désobéissance à toutes les branches du gouvernement illégitime qui a pris le pouvoir en Russie. »

Le visage de Vera Lavreshina était déjà connu avant les événements d'août 2013. Elle était présente à tous les rassemblements de soutien aux prisonniers politiques. Depuis décembre 2011 et le début des grandes manifestations de contestation en Russie, elle a été arrêtée cinq fois pour sa participation à des actions pacifiques. En décembre 2012, lors d'une énième incarcération, elle a été hospitalisée à la suite d'une grève sèche de la faim. Elle n'avait rien mangé, ni même bu, pendant cinq jours. Quelques mois plus tôt, elle avait été sévèrement battue par la police alors qu'elle protestait contre la destruction de la forêt de Khimki. Ses agresseurs n'ont pas été inquiétés.

Sur Internet, Vera Lavreshina raconte son déchirement entre l’espoir et l'amertume quant à l'avenir de son pays. En octobre 2013, elle écrit : « Je n'imagine pas la Russie libre, mon optimisme est anéanti. La Russie elle-même refuse catégoriquement la liberté ». Mais le 16 décembre 2013, à un mois de son procès, elle s'exclame dans un autre article : « La Russie sera libre ». L'espoir l'emporte toujours sur l'amertume...

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