Sergueï Krivov: 105 jours de grève de la faim

Sergueï Krivov a 52 ans. Il est docteur en sciences physico-mathématiques et milite au sein du parti politique «Pour une Russie sans arbitraire et sans corruption» (PARNAS). Le 18 octobre 2012, il a été arrêté puis emprisonné pour « avoir participé à une émeute » le 6 mai.

Sergueï Krivov a 52 ans. Il est docteur en sciences physico-mathématiques et milite au sein du parti politique «Pour une Russie sans arbitraire et sans corruption» (PARNAS). Le 18 octobre 2012, il a été arrêté puis emprisonné pour « avoir participé à une émeute » le 6 mai. La semaine dernière, épuisé, il a mis fin à une grève de la faim de 65 jours. Sa vie était en danger. C'est la deuxième fois qu'il se prive de nourriture pour faire entendre sa voix.  Sa première grève de la faim avait duré 40 jours.

Ses demandes sont simples et légitimes. Il souhaite que son droit à la défense soit respecté, que son représentant légal puisse avoir accès à son dossier et qu'il soit assigné à résidence pour être auprès de ses deux enfants et de sa femme. Mais ses demandes n’ont pas été satisfaites. Elles n’ont même pas été examinées. Le tribunal prétend que s’il est libéré, il risque de s'enfuir, de devenir un danger public ou de se lancer dans la criminalité.

Pendant sa grève de la faim, M. Krivov a été obligé de participer aux audiences de son procès. Un jour, il s'est évanoui de fatigue. La juge a refusé d'appeler les urgences. C'est donc l'avocat de M. Krivov qui les a contacté mais les médecins n'ont pas été autorisés à rentrer dans la salle. La juge a fait sortir toutes les personnes qui protestaient contre cette décision et a poursuivi l'audience. M. Krivov était à peine conscient du déroulé.

Le 6 mai 2012, des milliers de citoyens russes sont descendus dans la rue pour demander des élections libres et équitables. Des échauffourées entre les manifestants et la police ont éclaté. Sergueï Krivov est accusé d'y avoir participé. Selon des témoins, Sergueï Krivov n’a pris part à aucune émeute le 6 mai. Il a manifesté pacifiquement. Selon le procureur, il aurait arraché la matraque d’un policier et l'aurait donné à un autre manifestant. Il reconnaît avoir arraché la matraque, mais pour empêcher le policier de blesser d’autres manifestants.

Cela fait maintenant plus d'un an qu'il est en prison. Les deux grèves de la faim ont gravement endommagé sa santé.

Onze autres manifestants sont également accusés d'avoir participé à une émeute, dans le cadre de ce que l'on a appelé l'affaire Bolotnaya. Le 6 mai 2012, ils réclamaient davantage de libertés. Ils espéraient l’avènement d’une Russie meilleure. Malgré eux, ils sont devenus les symboles de ce qu 'ils dénonçaient : une liberté d'expression bafouée et un système judiciare corrompu.

« Est-ce normal qu'on agisse comme au temps de la Gestapo ? » a demandé à la juge l'avocat de M. Krivov, Me Makarov. « Oui, c'est normal », a-t-elle répondu. Le 12 décembre prochain, jour de l'adoption de la Constitution russe, le Président pourrait amnistier les auteurs de « crimes non-violents ». Espérons que ce jour, Sergueï Krivov, retrouve sa liberté...

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