La résilience des personnes handicapées face au Covid-19

La crise sanitaire du Covid-19 révèle l’apartheid infligé aux personnes en situation de handicap. Cet article a été co-écrit par Narcis Heraclide et Bachir Kerroumi.

Les grandes associations et confédérations représentant les personnes en situation de handicap, réunies dans le Collectif Handicaps, viennent d’alerter par une lettre ouverte le Président de la République sur l’isolement et l’exclusion des personnes handicapées en cette période de crise exceptionnelle. Si les Françaises et Français en situation de handicap subissent continuellement une marginalisation accompagnée d’une citoyenneté au rabais, la crise sanitaire engendrée par la propagation du Covid-19 a tragiquement empiré cet état de fait. Aujourd’hui, en France, le tri tant redouté des patients à la porte des urgences opère déjà pour celles et ceux en situation de handicap. A cela s’ajoute la quasi-absence de services d’aide à domicile pour les citoyens handicapés non-autonomes, par manque de personnel et de ressources (masques de protection…). Enfin, la continuité pédagogique pour les élèves et les étudiants handicapés n’est pas prise en compte.

Le déni de réalité des responsables politiques ne peut masquer la maltraitance infligée aux personnes en situation de handicap. Le personnel politique communique sans cesse sur les politiques de résilience, comme Emmanuel Macron qui a annoncé le déclenchement de l’opération militaire « Résilience » le 26 mars dernier en réponse à l’épidémie de Covid-19. Or, la classe politique française ne maitrise aucunement ce concept, si ce n’est sa force communicationnelle.  

La résilience appliquée à la gouvernance est la capacité pour la population d’un pays, d’un territoire ou d’une ville à se préparer, à absorber et à anticiper les potentielles catastrophes, tout en apprenant de la crise afin de renouveler les dispositifs existants. Les projets élaborés dans le cadre de la résilience se préparent donc en amont des situations de catastrophes. 

Dans un article publié dans la revue scientifique COSSI (Kerroumi & Heraclide, 2019), nous avons analysé l’inclusion des personnes handicapées dans les stratégies de résilience de trois villes : Tokyo, Londres et San Francisco. Malgré les disparités entre les trois stratégies, elles avaient toutes le mérite d’avoir mis en place des mesures relatives à la capacité de résilience des populations vulnérables. La réussite d’une stratégie de résilience dépend de la politique transversale d’inclusion établie en amont par les gouvernements en matière d’accessibilité, d’accès aux soins et de participation à la vie sociale. Autrement dit, le respect des droits des citoyennes et citoyens handicapés auquel la France s’est engagée par la ratification de la Convention relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU, est le remède à cette inégalité de traitement injustifiable. En outre, s’assurer que les droits des personnes handicapées soient respectés dans toutes les politiques publiques mises en place par le gouvernement – d’où le terme « politique transversale d’inclusion » - permettrait d’augmenter la résilience des personnes qui pourraient devenir handicapées durant la catastrophe elle-même et celle des personnes âgées en perte d’autonomie. 

Nous appelons le personnel politique à prendre ses responsabilités, en s’engageant dès aujourd’hui dans un modèle de gouvernance proactif s’agissant des populations vulnérables, et en particulier celles en situation de handicap. Cela passe tout d’abord par un travail sur des scénarios d’anticipation, mais aussi la mise en place d’un programme de résilience contre le covid-19 se déclinant sur plusieurs aspects : la connaissance des populations, la définition des besoins des différentes catégories, la formation continue des professionnels sur ces spécificités, l’investissement dans les études et recherche, les expérimentations sur le terrain… La résilience n’est pas qu’un mot tendance, comme l’a prouvé par exemple la Ville de San Francisco avec un travail consistant et cohérent sur les politiques de résilience, incluant effectivement les populations vulnérables. Cet effort doit être fourni en France sans plus attendre ; comme cette pandémie nous le prouve tragiquement, les catastrophes sont une réalité qui ne tend pas à disparaitre. 

Auteurs : 

Narcis Heraclide, doctorant au laboratoire CeReGe, chargé de mission innovation à l’Association Paul Guinot pour aveugles et malvoyants ; Bachir Kerroumi, Ph.D chercheur à l’Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris, président de l’Association Paul Guinot pour aveugles et malvoyants.

Référence : 

Kerroumi, B., Heraclide, N. (2019). La résilience urbaine inclusive. Revue COSSI, n°7-2019 [en ligne]. Disponible : https://revue-cossi.info/numeros/n-7-2019-durabilite-et-transformation-des-organisations-paradoxes-et-perspectives/766-la-resilience-urbaine-inclusive-bachir-kerroumi-et-narcis-heraclide#citer 

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