François Hollande un président illusionniste

L’irresponsabilité assumée Le Président de la République organise sa deuxième Conférence Nationale du Handicap (CNH) sur « une société inclusive » pour les personnes handicapées. La FNATH parle de rendez-vous inutile et sans relief. Suite à une enquête de terrain, l’avis des personnes directement concernées est très clair et probant, deux tiers des associations se déclarent du même avis.

 

Le Président de la République organise sa deuxième Conférence Nationale du Handicap (CNH) sur « une société inclusive » pour les personnes handicapées.

La FNATH parle de rendez-vous inutile et sans relief.

Suite à une enquête de terrain, l’avis des personnes directement concernées est très clair et probant, deux tiers des associations se déclarent du même avis que la FNATH. Il est cependant injuste de n’accabler que le président. Sa non-réponse aux besoins élémentaires des personnes handicapées est le reflet de l’échec du personnel politique dans sa globalité, élus locaux et élus nationaux confondus.

Dans la société du mépris, il ne fait pas bon vivre ! Comme chacun se pense supérieur à son prochain, l’enfant ou l’adulte handicapé est une cible de choix.

L’Education Nationale est en panne d’innovation, contrairement à nos voisins italiens, britanniques et scandinaves. Ils ont mis en place des processus d’inclusion depuis les années 1970, appropriés à toutes les personnes ayant des besoins éducatifs particuliers. Dans ces pays l’évaluation et l’innovation sont les piliers de la politique de l’éducation inclusive.

Les hauts fonctionnaires en charge des ressources humaines à l’Education Nationale n’ont pas hésité en 2008 à changer les règles de la loi du 11 février 2005 relatives à l’obligation d’employer des travailleurs handicapés sans que le Parlement, chargé de débattre et de voter des lois, n’ait son mot à dire sur ce déni de démocratie ; en effet, le ministère de l’Education Nationale comptabilise les élèves handicapés en tant que salariés et non élèves, (idem pour les auxiliaires de vie scolaire), ceci lui permet de répondre aisément à l’obligation d’employer 6% de salariés handicapés.

Une telle attitude d’exclusion, place l’enseignement supérieur au plus mauvais rang en terme d’étudiants handicapés de tous les pays dit « développés ». Parmi les 14.000 étudiants répartis essentiellement dans les filières de sciences sociales, un nombre non négligeable d’entre eux ne sont pas reconnus administrativement handicapés, ce qui a pour effet de fausser, de manière délibérée, les statistiques publiées par ce ministère. Il faut faire du chiffre.

Pour information, le processus d’inclusion dans les universités britanniques présente des chiffres qui font rêver : 176.000 étudiants reconnus handicapés pour une population quasi identique à la France, répartis entre trois filières, à savoir les sciences sociales, les sciences humaines et les sciences exactes.

De même, la politique de l’emploi repose sur la semaine charitable organisée chaque année par des associations du secteur médico-social. Comme par hasard, la date de cette manifestation est très proche des fêtes de Noël. Peut-être que ces associations espèrent un miracle !!

En tout cas, les institutions en charge de l’emploi restent absentes ; encore un manque d’audace et d’innovation politique, sociale et technique…

Quand à l’accessibilité, les gouvernements successifs continuent de nous proposer un marché de dupe ! Depuis quarante ans (Loi du 30 juin 1975), la seule mesure qui a rempli ses objectifs est la décision de dérogation : le Parlement vote des lois pour développer l’accessibilité, mais le gouvernement fait valoir son droit à la dérogation et en use par ordonnance, repoussant ainsi les travaux à la Saint-Glinglin !!

Pourtant, nous vivons dans un pays riche et développé, nous avons une population éduquée, des personnes compétentes dans tous les domaines… Où est l’erreur, pourquoi ça ne fonctionne pas ?

Au final, que retenir de cette CNH, de ce cru 2016, cuvée Hollande ? Cette cuvée, assurément,  ne restera pas dans les mémoires car le vin servi lors de cette Grand messe du handicap, a tourné au vinaigre.

Tout naturellement, cette CNH a été ouverte par Marisol Touraine, Ministre de la Santé... logique puisque depuis des décennies les politiques confondent « handicap » et « maladie ». Avec la même logique politique, Ségolève Neuville, secrétaire d’état chargé du médico-social, poursuit cette conférence... toujours pas de rapport avec le handicape.

Chaque intervenant a insisté sur l’importance qu’accorde le Président de la République à l’inclusion des personnes handicapées dans la société et donné sa vision sur ce qu’est une société inclusive « idéale ». Petit souci, chaque ministre avait une conception différente de l’inclusion. Erigé en slogan, en promesse, en engagement sans lendemain faute de stratégie, d’objectifs et de plan d’action. Il a été rappelé à l’auditoire, avec beaucoup insistance, que « ça avance », « ça progresse ».

Au-delà d’allocutions creuses, de discours d’autosatisfaction, de présentations de pratiques locales (globalement peu innovantes au regard de ce qui se fait à l’étranger) et de « mesurettes » sans cohérence entre elles ni moyens alloués, il est proposé la création de missions.

De nouvelles missions, étonnant, les armoires sont pleines de rapports officiels sur le handicap et d’études de dispositifs miracles. Chose étonnante, peu de personnes handicapées avaient été conviées pour l’étude et la rédaction de ces documents maintenant empilés, 10% des participants au plus.

En d’autres termes, on applique les mêmes recettes depuis toujours : décider à la place des personnes handicapées de ce qui est bien pour elles. Curieuse conception de l’inclusion, d’autant plus qu’il n’était pas possible aux personnes handicapées de poser des questions. Vivons-nous encore dans une démocratie ? Une telle situation aurait créé un tollé dans les pays anglo-saxons et scandinaves.

Evidemment, les grandes associations gestionnaires, dites représentatives des personnes handicapées, ont eu largement la parole grâce à leurs représentants non handicapés avec parfois, il faut le souligner, des observations pertinentes. Mais l’intervention la plus attendue était sans conteste celle de François Hollande : tout en donnant une définition de la société inclusive, en profond décalage avec les standards internationaux, il a annoncé la création de places en institutions, annoncer de grands principes et pris des décisions qui vont à l’encontre de ces mêmes principes témoignant ainsi d’un amateurisme criant, voire d’une volonté cachée de figées les actions proposées.

En résumé, une conférence pathétique, chargée d’effluves compassionnels du gouvernement, avec des ministres qui n’avaient rien à dire car ne connaissant ni la thématique transversale du handicap ni les personnes handicapées. Qu’on le veuille ou non, la situation des personnes handicapées ne s’améliorera pas tant que nos politiques n’auront pas une vraie vision et connaissance sur ce sujet, accompagné du désir de faire bouger les choses.

 

Bachir Kerroumi et Stéphane Forgeron

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