Entretien avec Michel Cabirol, président des Cercles Condorcet

Les Cercles Condorcet accompagnent la vie intellectuelle et militante des fédérations départementales de la Ligue de l'enseignement. Entretien avec Michel Cabirol, président du comité de liaison national des Cercles.

Que sont les Cercles Condorcet ?

Sous l’impulsion de Michel Morineau, alors secrétaire national de la Ligue de l’Enseignement, et de Claude Julien, le Cercle Condorcet de Paris a vu le jour en janvier 1987. D’éminents intellectuels ont contribué à sa fondation ou l’ont rejoint rapidement : Stéphane Hessel , Madeleine Rebérioux, Susan George, Jean Deflassieux, Jean-Paul Jean, Roger Lesgards, Claire Richet, Louis Astre,  …. Certains ont accompagné le Cercle comme Robert Badinter. Une brochure en ligne sur le site du Cercle Condorcet de Paris détaille cette création et les objectifs de ses fondateurs. 

Cette création a eu lieu pour essayer de contrecarrer l’offensive libérale à l’œuvre à cette époque avec Ronald Reagan, Margaret Thatcher et, en France, le gouvernement Chirac de 1986-1988.

Ensuite, des Cercles ont été créés dans de nombreuses régions et en Belgique Francophone. Actuellement, une cinquantaine de Cercles sont actifs. L’ensemble des adhérents oscille entre 1 500 et 2 000 personnes.

Les Cercles Condorcet travaillent généralement  en liaison avec la Ligue de l’Enseignement départementale. Ils partagent tous la même philosophie, héritée de celui dont ils ont pris le nom, Nicolas de Condorcet: valeurs républicaines, importance de l’éducation, attachement à la laïcité et aux valeurs des Lumières, égalité entre les femmes et les hommes, défense de la liberté d'expression… Toutefois, les Cercles sont un lieu de réflexion citoyenne,  un  lieu d’échange et de débat où la parole est libre : leur but est donc plus de s’enrichir mutuellement que d’élaborer une doctrine rigide. Les sujets traités concernent les grands enjeux de société (mondialisation, évolution technologique, relations internationales, éthique, …).

Les Cercles organisent régulièrement des conférences débats et publient, après des travaux en commission, des brochures sur des sujets variés.

Une plateforme numérique présente leurs activités https://cerclescondorcet.org/ On y trouve notamment des textes, un calendrier des initiatives et le texte de notre Acte constitutif

Quel est votre parcours au sein de l’éducation populaire et des Cercles ?

Etant, comme mon père,  un produit de l’école publique et de la méritocratie à la Française, l’éducation sous toutes ses formes a toujours été un domaine prioritaire pour moi. Etudiant, j’ai donné des cours d’alphabétisation pour des travailleurs immigrés. Ensuite, en 1980, j’ai adhéré à l’association ATD-Quart Monde qui travaille avec les plus pauvres pour faire émerger leurs vrais besoins et désirs. Cette association a toujours mis en avant l’importance de l’éducation et du savoir. Enfin, avec la Ligue de l’Enseignement, nous sommes au cœur du sujet.

J’ai adhéré au Cercle Condorcet de Paris vers 1990. J’y ai trouvé un vrai espace de débat où des sujets importants étaient analysés et creusés sans a priori ni parti pris. En outre, les enjeux de pouvoir y ont toujours été très limités. J’ai pu participer à des commissions traitant des sujets aussi variés que l’entreprise, l’Europe, « Espace public/ Espace privé », … Dans les dernières années, nous avons principalement travaillé sur les relations internationales, le vivre ensemble en France et la laïcité et sur l’élaboration d’un nouveau paradigme économique, social, écologique et culturel.

De 2003 à 2007, j’ai participé avec d’autres cercles de réflexion, notamment Convictions, à une réflexion de fond sur la refondation de la gauche notamment après le séisme politique du 21 avril 2002. Pour présenter ces travaux, nous avons organisé deux Universités d’été en 2005 et en 2006.

En 2005, j’ai aussi participé à des débats sur le projet de Traité Constitutionnel Européen. Pour nous, il s’agissait alors  moins de convaincre l’auditoire d’un point de vue partisan que de l’éclairer via la présentation des arguments des deux bords.

J’ai été élu Co-Président du Cercle de Paris de 2005 à fin 2015. A cette date, je suis devenu Président du Comité de Liaison des Cercles.

Comment concevez-vous le travail collectif des Cercles et leur avenir ?

L’ensemble des Cercles Condorcet partage les mêmes valeurs et travaille sur des sujets souvent voisins. Chaque Cercle se considère comme une association d’éducation populaire.

Toutefois, l’autonomie de chaque Cercle est une règle de base. En effet, il est beaucoup plus efficace que chaque Cercle travaille en liaison avec son contexte local. Bien sûr, à l’échelon régional ou via le Comité de Liaison, les Cercles coopèrent entre eux et nous sommes en train de construire un centre de ressources commun où chaque Cercle pourra piocher ce dont il a besoin.

Nous allons, dans les années qui viennent, essayer de renforcer la quantité et la qualité de nos productions pour mieux  faire passer nos valeurs et idées.

Malheureusement, la situation internationale, l’impossibilité de l’occident à sortir de la crise et de la toute-puissance de la finance ou bien les clashs entre civilisations ou religions rendent notre travail et la promotion de nos valeurs encore plus nécessaires.

 La plateforme numérique des Cercles Condorcet: https://cerclescondorcet.org/

condorcet

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.