Notre histoire… avec Gérard Noiriel

Les membres des Cercles Condorcet connaissent bien les travaux de Gérard Noiriel pour les suivre depuis de nombreuses années. Ceux-ci sont couronnés par une œuvre de référence pour tous les militants de l’éducation populaire : « Une histoire populaire de la France ». Notre histoire…

C’est le moment de faire le point. Pourquoi combattons-nous ? Telle est la question qui se pose au moment où les Cercles Condorcet reprennent leurs activités. Qui sommes-nous ? Au-delà même de notre histoire proche, celle de cercles culturels fondés par Claude Julien en 1987 au sein de la Ligue de l’enseignement. Comment nous inscrivons-nous dans l’histoire du peuple français ? Quel est notre rôle au sein des mouvements d’éducation populaire ? Ces questions sont travaillées depuis plus de trente ans. Prennent-elles aujourd’hui un sens nouveau ?

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Deux mois avant le début du mouvement des Gilets Jaunes paraît « Une histoire populaire de la France. De la guerre de Cent ans à nos jours » aux Editions Agone. Gérard Noiriel a consacré dix ans à l’écriture de cette œuvre de 830 pages. C’est dans ces pages que nous pouvons trouver de quoi alimenter nos réflexions renouvelées. Cette formidable synthèse de multiples travaux se caractérise autant par sa précision que par sa clarté. L’empathie manifeste de l’auteur pour son sujet n’entame jamais la rigueur de l’exposé des faits et de leur analyse. Très lu, régulièrement invité dans nos conférences-débats, Gérard Noiriel est un militant de l’éducation populaire.  Auteur de conférences gesticulées, il est investi dans une association « Les petits ruisseaux » et anime un blog « Le populaire dans tous ses états ».

 « Fils du peuple » : c’est ainsi que le magazine L’Histoire le présente dans un portrait concis mais fidèle. Issu d’une famille populaire, instituteur, puis agrégé, professeur d’histoire, directeur d’études à l’EHESS, internationalement reconnu par ses pairs, Gérard Noiriel se définit comme un « transfuge social ». Sa thèse est restée dans les mémoires grâce au livre qu’il en a tiré : « Longwy : prolétaires et immigrés 1880-1980 » (Editions PUF, puis Agone). « Au début des années 1950, quelque chose change à Longwy. Pour la première fois les divisions ethniques ne jouent pas. Français et Italiens luttent côte à côte… ». Suivent une trentaine de livres et plus de 120 articles scientifiques. Son œuvre s’inscrit dans, et illustre, l’histoire sociale.

Le peuple français dont l’histoire est racontée par le menu est défini comme « l’ensemble des individus qui ont été liés entre eux parce qu’ils ont été placés sous la dépendance de ce pouvoir souverain [l’Etat], d’abord comme sujets puis comme citoyens ». Elle débute avec l’épopée de Jeanne d’Arc, une manière de clin d’œil à Jules Michelet, qui montre comment le peuple est impitoyablement éliminé lorsqu’il devient acteur politique. Tout en précisant « qu’un commencement n’est pas une origine », l’auteur ne traite pas des longs siècles gaulois et gallo-romains, et évoque rapidement le premier Moyen-Age. Ce sera le seul regret pour le lecteur.

L’œuvre s’inscrit donc dans l’histoire sociale qui compte moult contributions livresques. Et plus immédiatement à la suite de la traduction française de « Une histoire populaire des États-Unis » de Howard Zinn en 2002. L'éditeur, Agone, propose à Gérard Noiriel de faire le même travail pour la France. Les histoires populaires se sont multipliées, du football , de la Bretagne et de Nantes , des luttes et des rêves et même, beaucoup plus modestement, de l’Eure-et-Loir sur le blog du Cercle Condorcet-Viollette.

Dans toutes ces œuvres le peuple est à la fois le sujet traité, l’auteur par ses origines et le lecteur auquel il est destiné. Gérard Noiriel reprend tous les épisodes de notre histoire de ce point de vue en seize grands chapitres. Chaque chapitre se lit indépendamment ou peut être approfondi grâce à des listes d’ouvrages donnés en fin de volume. Les migrations successives sont intégrées dans cette histoire sociale. Gérard Noiriel relève que « le déclin des luttes ouvrières a incité un grand nombre d’entre eux [les intellectuels] à se désintéresser des questions économiques et sociales pour privilégier les causes identitaires ». On le suivra sans réserve sur la nécessité de replacer la question sociale au centre du débat public. 

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Les Cercles Condorcet sont affiliés à la Ligue de l'enseignement. Celle-ci anime une autre édition sur Médiapart: "Laïcité". Fondée en 2009 cette édition propose plus de 400 articles. Elle assure le suivi des événements, initiatives et publications liées à la laïcité au sens le plus large. Ne manquez pas de la visiter !

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