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les conspirateurs du silence

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Billet de blog 26 janv. 2009

Passagère du silence

Il y a cinq ans environ, lors d'une émission télévisée consacrée à la rentrée littéraire, je fus frappée par la richesse des propos et par la sérénité émanant de Fabienne Verdier, jeune peintre calligraphe qui y présentait son livre Passagère du silence, retraçant ses longues années d'apprentissage auprès des derniers grands maîtres chinois.

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Il y a cinq ans environ, lors d'une émission télévisée consacrée à la rentrée littéraire, je fus frappée par la richesse des propos et par la sérénité émanant de Fabienne Verdier, jeune peintre calligraphe qui y présentait son livre Passagère du silence, retraçant ses longues années d'apprentissage auprès des derniers grands maîtres chinois.

Je m'étais promis de l'acheter, puis, prise par mes activités, j'avais oublié...

J'y repensais dernièrement en tombant, au hasard de mes navigations, sur la critique de son dernier livre, Entre ciel et terre, un livre d'art alternant l'oeuvre picturale et l'univers artistique et spirituel de l'artiste.

Cela me donna envie de voir sa peinture, mais, malheureusement, je n'avais pas le loisir d'aller à Lausanne où une galerie lui consacrait une exposition. Je me contentai donc de visiter le site de la galerie Alice Pauli.

Les simples photos des toiles qui y étaient exposées furent pour moi un choc. Je décidai donc d'entreprendre la lecture de Passagère du silence pour connaître le cheminement qui avait conduit Fabienne Verdier à pouvoir exprimer dans sa peinture l'harmonie et le mystère de la beauté du monde.

Je ne suis pas particulièrement adepte des récits autobiographiques, mais celui-ci m'a passionnée, car il dépasse de beaucoup l'intérêt suscité par un parcours individuel hors du commun.

Au travers des tribulations hallucinantes d'une jeune étrangère en Orient, ce témoignage de presque dix années, passées essentiellement dans la lointaine province du Sichuan, permet en effet une approche historique de la Chine profonde des années 1980, encore sous le coup de la Révolution culturelle, ainsi qu'une approche ethnologique de quelques peuplades oubliées, quasiment en voie de disparition.

C'est également, et surtout, une initiation à la contemplation , à l'éthique poétique et philosophique indissociable de la calligraphie et de la peinture chinoise. Un voyage intérieur dont on ne sort pas indemne.

Dès l'âge de seize ans, Fabienne Verdier sait qu'elle consacrera sa vie à la peinture.

Elle intègre l'école des Beaux-Arts de Toulouse mais elle est profondément déçue par l'enseignement qu'on y délivre.

«On n'y étudiait plus les maîtres, il n'existait plus de modèles sur lesquels s'appuyer». «Exprimez-vous !» répétaient les professeurs. «Le problème de savoir s'exprimer quand on n'a pas appris diverses sortes de langages pour y parvenir» la rendait folle.

Passionnée par l'étude du vivant et de la calligraphie, elle décide, en 1983, de tout laisser tomber et part pour la Chine «en quête de sagesse orientale».

Intégrant une modeste école d'art d'une lointaine province, elle accepte toutes les privations et réussit, à force de persévérance, à se faire accepter comme apprentie par un vieux maître, détenteur de la tradition ancestrale.

Avec humilité et patience, elle trace des centaines et des centaines de traits avant de saisir ce que «peindre sans trait» signifie, de comprendre que sur un tableau il ne doit rester rien d'autre que «l'esprit de la forme» et «non la forme réelle à interpréter».

La calligraphie lui enseigne «avant tout un véritable art de vivre», elle apprend «le silence et le détachement des affaires du monde», entre «en résonance avec les saisons», ne fait «plus qu'un avec les paysages»...

Désormais, elle sait que «comme l'homme, le monde respire» et que «le calligraphe doit avoir le coeur disponible pour être capable d'insuffler à son trait le poul de l'univers».

«Le calligraphe est un nomade, un passager du silence... Il est animé par le désir de donner un petit goût d'éternité à l'éphémère.»

A contempler ses tableaux, nul doute que Fabienne Verdier ait réussi à traduire dans sa peinture l'enseignement de ses maîtres, en conciliant art moderne et tradition orientale.

Passagère du silence, Fabienne Verdier, Albin Michel 2003 (Le livre de poche, juillet 2008)

(Branche en cinabre, 14-05-08, technique mixte 146x76cm)

La critique de son dernier livreEntre ciel et terre sur le blog Le goût des livres :

http://legoutdeslivres.canalblog.com/archives/2008/10/31/11174389.html#comments

(Branche 26-03-08, diptyque vertical, monochrome blanc encre noire, 44x36cm)

Un entretien avec Fabienne Verdier sur Les carnets de JLK:

http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2005/06/08/la_beaute_selon_fabienne_verdier.html


(Tectonique III, encre noire et lavis, 2006, 181x137,5cm)

Le site de la galerie Alice Pauli à Lausanne :

http://www.galeriealicepauli.ch/expos-texte.html

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