une cure de silence

Depuis le mois de février, le silence ne fait plus recette - et c'est dommage. J'en porte une part de responsabilité, dans la mesure où je me suis tu moi-même et n'ai pas fait de gros effort pour que cette édition continue de vivre. Faut-il pour autant l'enterrer définitivement et passer à autre chose ? peut-être pas.

Une cure de silence a bien des aspects positifs - faire le vide pour apprendre à réentendre cette petite voix intérieure si vite recouverte par le brouhaha ambiant ; à réentendre les bruits du monde et non celui des bavardages qui n'ont même pas l'alibi d'essayer de parler de ce monde. Pour apprendre à écouter, ce qui ne peut se faire qu'en se taisant - exigence qu'assez peu de gens semblent accepter, car ils cesseraient sans doute d'exister s'ils ne voyaient, chaque jour, sur l'écran, la preuve qu'ils existent encore - je bave, donc je suis. Pour s'arracher à ce verbalisme gluant où se complaisent quelques terroristes du commentaire, bien installés sur leur médiocrité d'où ils distribuent leur jugement, nécessairement définitif, sur tout et n'importe quoi et surtout sur ce qu'ils ne comprennent pas.

- faire aussi le plein d'indignation, se recentrer sur l'essentiel, sur les injustices au quotidien, sur la spirale de mensonges et d'inepties qui risquent de tout entraîner dans une débâcle nauséabonde et découvrir les combats qui se mènent partout - ils tardent sans doute à se fédérer, mais cela viendra, c'est sûr.

- tâcher à dénouer les lâchetés multiples par lesquelles nous donnons un accord tacite à ceux qui nous gouvernent. Sur ce point, l'interview donnée par Julien Coupat au Monde m'a fait l'effet, dans sa radicalité, d'un extraordinaire courant d'air frais. En voilà un qui a su mettre à profit son silence (imposé !) pour faire marcher sa cervelle !!!

Mais une cure n'a de sens que si on en sort, ressort, reposé, dispos, disposé à repartir à l'attaque. Je me souviens d'Althusser qui revenait de la maison de repos où il devait chaque année reconstituer ses forces avec une énergie qui allait le faire vivre quelques mois et nous aider à mieux comprendre un certain nombre de problèmes politiques/philosophiques. Maniaco-dépressif, j'entends bien ; mais nos humeurs varient souvent même si ce n'est pas toujours avec la même amplitude.

Je rêve de cette alternance de silence et de parole - c'est ce qu'on appelle dialogue, me semble-t-il - dans le respect de l'autre. Et ça arrive ici et ailleurs. Le reste n'est que logorrhée.

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