Première controverse d'«Un village français» ou la mémoire de l’Occupation

La première controverse concerne la mémoire de la France sous l’Occupation. Elle donnera lieu à un entretien croisé entre deux historiens, Henry Rousso et Pierre Laborie. Un extrait de la série avec les éclairages et positions de ces deux spécialistes. Le décor campé, vous pourrez réagir à leurs propos et lancer les débats.

La première controverse concerne la mémoire de la période de la France sous l’Occupation. Elle donnera lieu à un entretien croisé entre deux historiens, Henry Rousso et Pierre Laborie, qui ont marqué, par leurs travaux, la recherche dans ce domaine depuis maintenant une génération[1]. Nous leur demanderons quelle place occupe selon eux la série Un Village français dans l’histoire de la mémoire de la France occupée et quelles sont les caractéristiques à décrypter de ce récit fictionnel qui s’est donné comme ambition de donner épaisseur humaine à la complexité de faits historiques.

Diffusée sur France 3 depuis juin 2009, la série Un Village français s’apprête à vivre sa septième et dernière saison. Cette production audiovisuelle, qui a rassemblé entre 3 et 5 millions de téléspectateurs devant le petit écran, raconte la vie de gens ordinaires dans une sous-préfecture fictive du Jura, Villeneuve, pendant l’occupation allemande entre 1940 et 1945. Présentée par son auteur et coproducteur, Frédéric Krivine, comme l’écriture d’une nouvelle page de la mémoire de cette période fondée sur un « point de vue fragmenté », cette série constitue un véritable objet d’étude pour les historiens.

Un Village français pose de fait trois questions qui s’enchevêtrent : la question du récit historique, celle de la prise en compte de la recherche, et celle enfin de la fabrication d’une mémoire dite collective de ce passé par la diffusion d’une production audiovisuelle qui s’est trouvée immédiatement prolongée sur la Toile par des débats entre internautes (voir les forums de discussion qui lui sont consacrés depuis sa création).

Série chorale, Un village français porte la voix de plusieurs personnages principaux évoluant au gré des contraintes historiques dans une même unité de lieu, Villeneuve. Ce schéma narratif ainsi posé offre aux scénaristes et au conseiller historique de la série, l’historien Jean-Pierre Azéma, la possibilité d’expérimenter une multitude de situations et de comportements évolutifs censés couvrir le spectre des attitudes extrêmement variés des Français lors de l’Occupation et mettre ainsi fin à la lecture binaire résistant/collaborateur. Ce procédé narratif laissant une grande place aux ambigüités et complexités des situations et des personnes se trame, série oblige, sur fond d’aventures sentimentales riches en rebondissement qui plongent les individus dans un autre combat que se livrent cette fois les femmes et les hommes entre eux (séductions, conquêtes, passions, trahisons).

Si les auteurs de la série ont cherché à établir un consensus mémoriel par cette forme de récit, c’est sans compter d’autres acteurs, les historiens, qui évoluent sur les scènes académiques (livres, colloques, séminaires) à coup de controverses scientifiques. La recherche historique sur cette période évolue en effet dans un champ traversé par de vifs débats et des désaccords que nous proposons de rendre compte dans cette édition « Les controverses du village français », en donnant d’abord la parole aux historiens eux-mêmes, qui réagiront sur Un village français en les interrogeant sur les questions qu’une telle série soulève.

 


[1] Henry Rousso publie Le Syndrome de Vichy en 1987. Le livre de Pierre Laborie, L’Opinion française sous Vichy, paraît en 1990. Nous renvoyons également à son livre récent Le chagrin et le venin. La France sous l’Occupation, mémoire et idées reçues (2011).

 

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