Présidentielle et commentaires : allons-nous survivre à 2022 ?

La campagne présidentielle est lancée, et avec elle son flot de commentaires partisans, ses crispations, ses frustrations. Voici les vœux de l’équipe de modération pour une campagne émancipatrice et enthousiasmante.

Les premières affiches sont collées, arrachées, recollées, les premiers meetings de campagne sont passés depuis quelques mois déjà. Les candidatures se succèdent, les programmes sont actualisés. Premiers débats, primaires, sondages, remontada et dégringolades. Certain·e·s ont déjà leurs candidat·e·s, d’autres pas.

La campagne est lancée.

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La rentrée politique is televised, sur écran plat de préférence, acheté avec la prime de rentrée scolaire… évidemment. Cinq minutes pour les défenseurs de Pétain, cinq minutes pour les défenseurs de la théorie du « grand remplacement », et avant la pub, cinq minutes sur la « remigration » … fatalement.

Les espaces de commentaire de Mediapart, comme le reste de la société, sont fracturés, divisés et, pour l’équipe de modération, soyons francs, l’été fut intense.

L’engueulade du repas de Noël dernier semble se prolonger jusqu’à maintenant : passe sanitaire, Afghanistan, Zemmour, tous les sujets sont inflammables, et la sensation impérieuse d’impuissance complique la tenue de débats sereins.

Bref, la pression monte, et nous savons que l’année de la présidentielle exacerbe les passions et que la volonté de convaincre peut créer des frustrations.

Mediapart est un journal. Et nous connaissons le rôle de la presse dans cette période.

Nous connaissons le pouvoir qui lui est attribué aussi, à tort ou à raison. Et vous avez bien évidemment le droit de remettre en cause ses angles, ses analyses, ses prises de position. Le travail des équipes de modération est également scruté, et c’est salutaire. Nous nous remettons en question, nous discutons, nous échangeons en toute transparence afin d’éviter les erreurs d’appréciation.

Trop laxiste ou trop sévère ? Liberté d’expression ou censure ? Nul n’est satisfait d’une dépublication de son propre commentaire. La modération, c’est pour les autres ; les trolls, c’est toujours les autres. Nos propres excès, colères, nous les justifions toujours, le danger vient toujours de l’autre.

Commenter, c’est comme prendre le volant, et les élections, c’est les embouteillages.

Enfermé dans la carcasse de sa voiture, on klaxonne, on s’insulte ; derrière son clavier, c’est pareil. Ça roule trop vite ou pas assez, ç’a trouvé son permis dans une pochette surprise. 

Les espaces participatifs de Mediapart ont vocation à offrir une expérience différente de celle que nous pouvons connaître sur les réseaux sociaux. Ici, pas d’algorithme qui nous enferme dans une bulle idéologique arbitraire et invisible. La condition unique pour participer est d’être abonné·e à Mediapart et de respecter sa charte de participation. Ensuite, vous pouvez échanger avec tou·te·s les autres abonné·e·s sans distinction et commenter sur tous les articles et tous les billets de blog. Ce qui parfois peut être troublant, tant nous sommes habitués à débattre entre convaincus, notamment depuis les différents confinements qui, semble-t-il, ont rétréci nos cercles sociaux, et renforcé le sentiment de solitude idéologique. Alors oui, sur Mediapart, on commente sur plein de sujets, on se répète, mais c’est l’occasion de confronter les idées, de débattre, de s’entraîner à la démocratie, de tester ses arguments, de les remettre en question, de s’ouvrir au monde.

Une partie des équipes du participatif au festival de Mediapart 2021 © Yves FAUCOUP Une partie des équipes du participatif au festival de Mediapart 2021 © Yves FAUCOUP

Alors comment faire pour débattre sans se battre ?

  • Les procès d’intention peuvent pourrir les débats, alors essayons de commenter sur le fond et d’éviter les attaques ad hominem. Nous observons beaucoup d’« épouvantails », c’est-à-dire que souvent, la présentation de la position de son adversaire de façon exagérée bloque les discussions et enferme chacun dans une position donnée et immuable. L’honnêteté de dire de quel point d’observation l’on prend part aux discussions est toujours salutaire. 
  • La modération sera particulièrement vigilante quant aux « raids » et autres attaques groupées qui sont déloyales et souvent contre-productives. 
  • Un adage d’Internet dit « Don’t feed the troll », « Ne nourrissez pas le troll ». Il s’agit de ne pas entrer dans un cercle vicieux de réponses stériles entraînant une impossibilité d’échanger dans la compréhension mutuelle. Une messagerie privée est à votre disposition pour les messages privés, évitez autant que faire se peut de répondre aux provocations.
  • Il est dans l’intérêt de toutes et tous de parler en son nom. Un commentaire argumenté est toujours plus lu et plus compris qu’un copier-coller d’un élément de campagne, qui souvent s’apparente à de la réclame.

La propagande d’extrême droite, ennemie de la presse, ennemie des droits sociaux les plus élémentaires et des libertés démocratiques, n’a pas sa place sur Mediapart. Nous profitons de ce billet pour rappeler que le racisme, le sexisme, l’homophobie, la transphobie ne sont pas des opinions, mais bel et bien des délits.

Si, comme le dit Costa-Gavras, « la politique ne se résume pas au choix d’un candidat aux élections, c’est une manière de vivre », alors appliquons-le à la façon de communiquer entre nous sur Mediapart, afin de faire vivre le meilleur du débat politique, car nous n’avons d’autre protection que notre capacité à inventer collectivement des réponses solidaires et durables.


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