Le Vote électronique des Français de l’étranger. Moi je suis contre !

Les Français de l’étranger vont élire pour la première fois des députés à l’assemblée nationale. Ce vote peut avoir lieu, également pour la première fois, par internet.

Les Français de l’étranger vont élire pour la première fois des députés à l’assemblée nationale. Ce vote peut avoir lieu, également pour la première fois, par internet.

Même si j’avais accueilli son annonce avec scepticisme, je fais parti de ceux qui, jusqu’ici, nourrissaient des opinions partagées sur cette question :

Bien sûr, pour des Français vivant à l’étranger, la question de la distance s’impose avec force : le vote à la maison, ou chez un voisin conciliant, qui a un "PC" (traduction en Français: ordinateur), évacue cet handicap.

De même, l’éventuel supplice de la file, ou au minimum l’énervement conséquent à la longue attente dans une queue du fait, certes du manque de moyens , mais surtout à l’affluence subite sur un seul lieu et un seul jour de plus d’un tiers de Français adultes (souvent accompagnés d’enfants) de toute une région ou pays pour laquelle aucune administration ne peut répondre sans quelques problèmes. En comparaison, le Clic avec la souris semble extrêmement confortable, pour tous : votants et organisateurs.

Par ailleurs, le vote à la maison n’assure t-il pas la confidentialité et la sérénité ?

Et puis, on se dit que le moyen correspond à notre époque et à nos nouvelles habitudes.

Mais qu’en est-il de ces nouvelles habitudes ? La décision par le CLIC, justement, ne risque t’elle pas d’encourager le vote « coup de gueule », d’accentuer les réactions, plutôt que les mouvements d’opinion, en suscitant des votes impulsifs en relation avec l’actualité au jour le jour, des vrais catastrophes diffusées dans les salons privés sur l’écran plat du cinéma familial par les médias qui en vivent et de l’horrible mort des chiens écrasés, prétexte au montage de feuilletons haletant sur la toile de l’internet-Réalité ?

institut français de Cologne © moi institut français de Cologne © moi
Sûrement, on peut s énerver de devoir attendre, parfois plusieurs heures dans une file pour l’accomplissement d’un acte tout simple, qui ne dure avec l’émargement, que quelques minutes. Notons cependant que, bien souvent, la bonne humeur et un certain plaisir à se rencontrer parfument cette attente, qui se transforme alors en rassemblement, presqu’en fête, pour des gens qui n’ont pas toujours l’occasion de rencontrer d’autres français pendant plusieurs années. Certains aiment à jalonner leur vie par des évènements, familiaux, religieux, comme les mariages, les communions. Par leur caractère régulier et prévisible, les élections peuvent aussi, surtout pour les expatriés, être une occasion de convivialité et de resserrement des liens, qui ne peut s’exprimer à l’ordinateur.

Mais parlons, si vous le voulez, de temps, du temps perdu, dans la file d’attente.

Est on bien sûr de ne pas passer et perdre  beaucoup de temps à l’ordinateur pour voter ? D’une manière générale, très rares sont ceux qui « prennent le temps » de tenir une comptabilité du temps passé à installer et tenir à jour un ordinateur pour qu’il reste effectivement utilisable :

Le consulat nous avez prévenu, par mail, cela va sans dire, que nous pourrions voter aux législatives par internet. Un petit outil est mis à disposition sur le site, pour vérifier que votre système est adapté au « vote sécurisé ». Il y a cinq semaines j’exécute dons ce petit programme et constate que mon navigateur Firefox de mon système Linux, utilise une version Java trop ancienne : 1.5.0_xxx . « Il faut une version 1.6.0_14 ou plus. Je décharge donc la version récente et je passe un peu de temps à trouver, comment il faut faire pour que Firefox utilise bien la nouvelle version : jusqu’ici, j’ai déjà sûrement passé deux heures. Une fois fait, je vérifie à l’aide du programme test du consulat : Ça marche !!!

Une fenêtre s’ouvre qui m’indique : » A priori, vous pouvez voter avec cet ordinateur ». Il se trouve que ma fille ne peut pas se rendre à l’urne le jour du vote. Et ben voilà, pas de problème, pas besoin de procuration, pas besoin de vote par correspondance !

Le 23 mai, premier jour de vote par internet, ma fille se connecte avec l’utilisateur et le mot de passe communiqué et clique pour voter et HOP ! Message d’erreur : vous utilisez la version Java 1.7.0_04 : cette version est trop récente, il faut utiliser la version 1.6.0_14 à 23.

Conseil donné par le site : »Essayez sur un autre ordinateur ».

Autrement dit, « essayer sur des ordinateurs jusqu’à ce que vous tombiez par hasard sur une machine qui utilise la version, ni trop ancienne, ni trop récente de Java !

Et voilà une heure de passée (excusez la syntaxe, mais on parle comme ça! Pas vrai?).

Il se trouve que j’ai à la maison, dans un coin, un ordinateur XP, vierge, sans Java.

Très bien, je vais installer la bonne version sur ce PC. Le lendemain, je retourne sur le site du consulat et je remarque que la page a changé ! L’information est maintenant que la version JAVA conseillée, c’est 1.6.0_32.

Je vais sur la page SUN/Oracle, propriétaire de JAVA et je cherche le download de la version et je ne trouve pas : parce que la version conseillée et sécurisée c’est 1.7.0_4 !

Je passe une heure ou deux heures avant de trouver que, si je me crée un utilisateur chez eux, alors, j’aurai accès aux archives. Je m’inscris, confirme mon inscription par mail et retourne sur la page. Je trouve la version désirée et je l’installe sur le PC XP, et je fais le test et le programme du consulat me dit que c’est bon !

Je n’ai plus qu’à attendre ce soir et demander à ma fille de voter, en espérant ne pas avoir de nouvelles surprises : C’était encore deux heures ! Donc, en tout : au moins cinq heures et ma fille n’a pas encore voté !

Je ne suis pas sûr que tout le monde ait la patience et les connaissances préliminaires pour régler ce genre de problèmes. Le risque du découragement et du renoncement à voter est très élevé.

 

Mais cet aspect technique n’est malheureusement pas le dernier qui puisse augmenter ma méfiance.

Bien entendu, et je pense que chacun le voit déjà, alarmant encore plus, est la disparition de la « Garantie de l’anonymat » ; parce qu’enfin dans une cabine de vote, sous contrôle d’un bureau de vote, derrière le rideau, je suis protégé contre tous et toutes et personne ne pourra savoir  que j’ai voté pour « Tartanpion » si je raconte  que j’ai voté pour « Kuchenchen ».

A la maison, ou ailleurs, devant l’ordinateur, on peut me contraindre et on peut même m’extorquer mes données de connexion,. Sait on  ce qui se passe à la maison ? Il y a bien des femmes battues à la maison!

On a du mal, à ce sujet, à imaginer les méthodes qui permettront de contrôler si les votes des abstentionistes ne sont pas utilisés par quelques malins, pirates de l’informatique ou, pire, par les organisateurs du vote.

Et nous en arrivons, bien entendu au dernier point :

Beaucoup d’entre nous ont participé à un dépouillement un soir de vote, d’autres non, mais savent comment ça se passe. Où sont les scrutateurs dans le dépouillement électronique ? S’il vous plaît ? Excusez moi, je n’ai pas compris ? Des experts ? AH bon ! Vous allez confier à des experts le contrôle du vote ! Et bien. Nous voilà rassurés.

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