Wir streiken - Das Angebot ist ein Witz

 

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Wir streiken - Das Angebot Ist Ein Witz

Streik der Eisenbahner heute früh ( 26.10.2010 )

 

Aujourd’hui, 26 octobre, les salariés de deux filiales assurant les transports régionaux de la «Deutsche Bahn» (DB), «TRANSNET» et «GBDA» ont fait grève et ont tenu des piquets dans plusieurs gares allemandes, au moins à Köln, à Düsseldorf, à Dortmund, à Aaren et à Frankfurt ( source : Radio Köln, WDR 2 et DLF Radio ), peut-être plus. Les blocages et retardements de trains en gare ont commencé vers 6 H ce matin. La circulation des trains nationaux et internationaux est d’ores et déjà revenue à la normale ; en ce qui concerne d’autre part les trains régionaux, tout, selon les déclarations des syndicats, redeviendra entièrement normal sinon au cours de l’après-midi, du moins en début de soirée. Ce midi, il n’y a pas de reconduction du mouvement prévue avant vendredi.

Situation à Köln : 06:47, premier train international à grande vitesse ( Thalys ) bloqué et retardé. Sur le tableau des départs, on apprend que le trafic est perturbé par la grève des TRANSNET et des GBDA. Tous les trains internationaux et les quelques trains régionaux qui n’auront pas été supprimés seront retardés jusqu’à 9:00. Quoi qu’il en soit, pas un train n’entrera en gare et n’en sortira avant 9:00. C’est ce que nous apprennent quelques grévistes au gilet de plastique blanc estampillés d’un «wir streiken», «nous sommes en grève», sillonnant les couloirs de la gare pour expliquer la situation, et, au passage, informer des raisons de la grève. D’autre part, un piquet de grève et une manifestation s’organise sur le perron de la gare centrale, place de la gare, devant le Dom. Les rabatteur, à l’intérieur, distribuent des tracs signés par les syndicats de TRANSNET et de GDBA et tamponné de leur slogan : «Tarifrunde 2010, sichere Arbeit, faire Löhne - Branche Tarif Jetzt». Ce sont des syndicats directement liés à ces entreprises. Il n’y a en général que très peu de syndicats nationaux et centralisés en Allemagne ; le plus souvent, chaque entreprise, localement, comprend son propre syndicat, dont la marge de manoeuvre est très clairement réduite. Mais cet état de fait très clairement lié au statut fédéral de l’Allemagne est néanmoins très disparate et à nuancer selon les différents secteurs socioprofessionnels. Très astucieusement, ces tracs sont adressés aux clients, aux usagers du trains. «Sie sind sauer», qu’il commence, «vous êtes en rogne», «parce que votre train ne roule pas, parce qu’il a été retardé». Et cependant, clients et usagers du train sont ralliés à la cause. Au jour de la mise en concurrence des transports régionaux de la DB, déjà instituée depuis quelques années en Allemagne, c’est l’entreprise la moins chère qui décroche le contrat, dit le tract. Conséquence : moins d’ouvriers, moins de personnels, moins de maintenance, moins de transports, insécurité de l’emploi et salaires réduits d’environ 20 %, non sans oublier le dumping des salaires des employés des différentes entreprises de transport, d’une traite, tout ensemble. Et si cela concerne précisément le client, c’est qu’à la clé, s’insinue un transport minable, dans des conditions minables, et pour des prix... qui pourtant n’ont jamais baissé, et ont même augmenté ! C’est bien vrai : moi qui ai beaucoup voyagé en Allemagne, je peux vous dire qu’il arrive très souvent que pour des raisons techniques, un train régional de soirée soit remplacé par un petit bus de rase campagne où des employés nonchalants s’acharnent à entasser les têtes de bétail d’un train complet. Un transport géré par des cons à la destination de porcs, grosso modo. Le tract finit par en appeler à la compréhension de ceux qui ne se sentiraient pas le coeur de les soutenir, et qui sont dérangés dans leurs petites affaires quotidiennes. Ici comme ailleurs dans les gares bloquées, la mobilisation aura atteint son comble jusqu’à 9:00 pour laisser place à un service diminué avant le retour à la normale de l’après-midi. Une telle mobilisation étant assez rare en Allemagne, l’info tourne en ce moment-même sur les radios régionales.

Je tiens au passage à rappeler que les transports allemands n’ont rien à envier à ceux de France, et encore moins à ceux de Belgique. Le fait est transnational ; la privatisation des secteurs des transports ferroviaires jusqu’alors publics, par l’apport de capitaux privés dans les entreprises de transports nationaux par l’abandon de secteurs du transport à des filiales sous-traitantes ( si, si, ça existe aussi, en France ; vous croyez que les bus TER appartiennent à la SNCF ? ) impulse un dysfonctionnement général des transports ferroviaires. Et ce fait marque un premier point de clôture de la libéralisation de l’Europe ; juste avant de finir le boulot en privatisant les secteurs de la santé et de l’éducation, c’est les transports qui prennent. Ce n’est pas une première, c’était déjà comme ça chez Madame Thatcher ( cf. un film très parlant, «The navigators», de Ken Loach ). À peine les gouvernements européens mettent-ils l’ouvrage de l’éducation et de la santé sous le fuseau que les résultats affligeants de la privatisation du transport ferroviaire se font sentir ; transport ferroviaire qui est déjà, pour ainsi dire, complètement ruiné, fini. À quand les grandes migrations à cheval ou à pied, faute de cheval ?

N.S.E., Köln, 26 ocotobre 2010, environ 12:00.

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