Pour dessiner l’indignation, six traits suffisent, essentiels, indissociables : l’indignation est générale, pacifique, égalitaire, populaire, invincible; en un mot, elle est de gauche.
L’indignation est générale, quasiment unanime, et comme adressée au genre humain en son entier. Le général est ce que nous avons en commun, ce qu’il faut étendre pour mieux vivre en paix: le général est généreux.
L’indignation est pacifique, sinon c’est de la révolte. La révolte s’honore de devenir minoritaire, puisqu’elle est fière de mourir pour sa cause. Toute révolte est toujours désespérée, c’est-à-dire sympathique et suicidaire. L’indignation doit donc rester pacifique pour rester générale.
L’indignation n’a pas de chef, car toutes les indignations qui la composent sont égales. On peut être plus révolté qu’un autre, mais non pas plus indigné.
L’indignation est populaire, car elle est l’acte de naissance du peuple. Un peuple, ce n’est jamais le corrélat d’un projet de domination, mais toujours le sujet d’une décision de libération. C’est toujours son indignation qui donne à un peuple sa constitution.
L’indignation est invincible, car un mouvement fondé et rationnel au point d’être général et pacifique ne saurait être vaincu. L’armée elle-même se disloquerait face à un peuple tout entier.
Toute la droite est dans le mépris, toute la gauche est dans l’indignation. Evidemment, un homme de gauche peut mépriser, ou un homme de droite s’indigner : mais ils changent de camp à l’instant même "
http://jeanpaulgalibert.wordpress.com/2011/11/03/portrait-de-l%E2%80%99indignation/