A Vaulx-en-Velin, un mur de l'ex RDA reste encore debout !

Depuis 1929, la commune des environs de Lyon élit pour maire un communiste. Ça suffit ! estime Christine Bégou, du MoDem local, qui dénonce le cocktail chômage-logements sociaux-impôts.

Depuis 1929, la commune des environs de Lyon élit pour maire un communiste. Ça suffit ! estime Christine Bégou, du MoDem local, qui dénonce le cocktail chômage-logements sociaux-impôts.

 

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pave.jpgSamedi dernier, la municipalité de Vaulx-en-Velin fêtait ses 80 ans de communisme. Pourtant, jour après jour, beaucoup d'habitants s'étonnent que scandale après scandale, rien ne bouge. Il existe une opposition sur Vaulx, mené par l'UMP, le MoDem et le PS, mais invisible, dans une ville où tout n'est question que d'affiliation. Ce sont donc l'UMP et le MoDem, réunis pour l'occasion, qui cherchent à apporter une vision critique de cette gestion, vingt ans après la chute du mur de Berlin.

 

Replongeons-nous en 1917. En Russie c'est la révolution. Les ouvriers et paysans prennent le pouvoir contre les possédants qui perdent leurs privilèges. Le prolétariat mondial se met à espérer.

 

En 1929, 115 communes de France élisent à leur tête une majorité communiste. A Vaulx-en-Velin c'est l'arrivée du « Bloc Ouvrier et Paysan ». La population est de 4.000 habitants. La nouvelle municipalité fait de grands travaux (routes, assainissement, électrification, constructions salubres) et améliore la vie des plus démunis (santé, éducation, loisirs). Elle fait aussi table rase du passé en démolissant ou abandonnant l'histoire de la Ville (châteaux, mairie).

 

1965, le PC Vaudais accueille à bras ouverts un vivier électoral, en tournant le dos à ses paysans, dans des conditions qui seront le terreau de l'explosion qui aura lieu 20 ans plus tard au Mas du Taureau. Et naît alors ce que l'on appelle alors une « banlieue rouge ». Mais une banlieue pauvre. Une banlieue sans moyen pour intégrer les nouvelles populations. Une banlieue qui court après les aides, après les entreprises, après les autoroutes, plus récemment après les grandes surfaces, symboles de l‘hyperconsommation pour bénéficier de financements intercommunaux. Mais les habitants n'en bénéficient pas ou si peu.

 

2009, l'URSS a disparu. Le bloc de l'Est s'est écroulé. Le mur de Berlin est tombé. Le PC représente en France moins de 3% de l'électorat. Et à Vaulx-en-Velin, rien n'a changé. La commune vit hors du temps, sans alternance aucune depuis 1929. Le Maire affiche un communisme triomphant et la Municipalité fête ses 80 ans. Mais qu'est devenue la Ville en 80 ans ? Elle est passée de 4 000 à 40 000 habitants. Le taux de chômage est de 25%. Le taux de logements sociaux est de 62 %. Election après élection, l'abstention est la première force politique de la ville (56% pour les dernières élections municipales, 77% pour les européennes). Le 6° plan de rénovation urbaine est en cours. Après 80 ans d'investissement pantagruélique, la mixité sociale affichée n'existe pas.

Pourtant les moyens existent. L'argent public coule à flots. Les taxes foncière et d'habitation ont le second taux le plus élevé du département, exerçant une pression fiscale sur les rares propriétaires encore présents. La ville est encerclée d'autoroutes, continue à monter des programmes de logements 100% sociaux, et rase des quartiers complets pour reconstruire à son image, faisant fi du patrimoine historique auquel étaient attachés les habitants. La mairie a oublié le bien être de ses administrés sacrifiés sur l'autel de la lutte contre le « Grand Capital ». Mais l'argent est dilapidé. Au-delà des véhicules de fonction des élus communistes (pourquoi seraient-ils plus exemplaires que la droite?), certaines dépenses sont scandaleuses : 500.000 euros par an pour un bimensuel d'information municipal employant 7 personnes, un budget de coopération internationale à faire pâlir la Ville de Lyon (comme les 30.000 euros de subventions votés pour le Nicaragua en septembre 2009 pour réparer des toits), des dépenses de fonctionnement en explosion (le nombre d'employés municipaux est passé de 750 à 1100 en 15 ans alors que la ville a perdu sur la période 10% de ses habitants et bon nombre de ses compétences au profit du Grand Lyon).

 

La municipalité communiste a fêté ses 80 ans le 28 Novembre dernier, lors d'un banquet. Le maire communiste, interviewé, résume les actions à venir à « une résistance contre les patrons du CAC 40 ». Le chef de section du parti communiste conclut : « ce n'est pas parce qu'on est pauvre qu'on n'a pas le droit au sport et à la culture ». Si les communistes ont beaucoup œuvrés en 1929, rétablissant un équilibre pour toute la population, ils oublient aujourd'hui les petits propriétaires les assommant de charges et d'impôts, ils oublient les paysans (dont le nombre a été divisé par 50 en 80 ans) en réduisant leurs terres à la portion congrue, ils oublient les personnes qui ne pensent pas comme eux, et écartent les groupements et associations « subversifs » des subventions générales.

Pourtant, le communisme est reconduit mandat après mandat. Comment l'expliquer ? Comment expliquer que le Maire soit élu en 2008 avec 4030 voix alors qu'un an plus tard, aux européennes, le total des voix de gauche ne représentait que 1027 bulletins ? Où sont passés les quelques 3000 clients qui n'ont pas voté à gauche ? Le vote démocratique en prend un coup. Le clientélisme est bien là, qui réapparait à chaque élection locale. Et que fait l'opposition ? Elle a beau critiquer, proposer des alternatives, envoyer des communiqués, elle est rarement publiée, passe pour incompétente lorsqu'elle l'est, alors que la municipalité utilise une véritable machine de guerre pour informer la population que tout va bien et démonter les arguments adverses. Quant au PS, dans l'opposition pour ce mandat, il ne s'oppose pas, mais les quelques articles publiés pointent du doigt toutes leurs faiblesses, leur enlevant toute crédibilité. L'opposition, aux yeux des Vaudais, apparaît donc comme pitoyable, ne les poussant pas à s'exprimer. D'ailleurs, où voyez vous que tout va mal ?

 

Que dire donc ? Que 80 ans de communisme à Vaulx-en-Velin, c'est une pression fiscale insupportable, une gestion désastreuse, une abstention électorale déroutante alliée à un clientélisme forcené et une ghettoïsation grandissante, et une opposition inexistante. Les communistes de Vaulx-en-Velin se comportent comme les pires capitalistes, en confisquant les ressources publiques au service d'une caste, de leurs intérêts, et de leurs affidés. Voudriez-vous vivre à Vaulx-en-Velin, ville de culture, de sport, de solidarité et d'opposition aux patrons du CAC 40 ?

Il est urgent pour l'opposition de développer une union démocratique afin d'inscrire Vaulx-en-Velin dans le XXIème siècle, d'être audible et de proposer un projet de vie attractif aux Vaudais.

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