Gauche: où en est l'Appel de Politis ?

La création du nouveau Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon ou le lancement du Nouveau Parti anticapitaliste d'Olivier Besancenot réalisent-il le vœu formé par l'appel pour «l'alternative à gauche» lancé en mai par Politis? En tout cas, elles ne le rendent pas caduc, répond Denis Sieffert, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire.

La création du nouveau Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon ou le lancement du Nouveau Parti anticapitaliste d'Olivier Besancenot réalisent-il le vœu formé par l'appel pour «l'alternative à gauche» lancé en mai par Politis? En tout cas, elles ne le rendent pas caduc, répond Denis Sieffert, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire.

 

Depuis son lancement, en 1988, l'hebdomadaire Politis occupe un positionnement particulier dans le paysage médiatique. Engagé, mais non partisan, il se situe à la croisée des chemins de l'écologie et du social. Antilibéral, il incarne peu ou prou « la gauche de la gauche » ou « la gauche de transformation sociale ». Il occupe un périmètre politique et culturel, mais veille jalousement à son indépendance. Face au risque de balkanisation de cet espace, et cela alors même que le parti socialiste glisse inexorablement vers le centre gauche, il lui revenait donc tout naturellement de prendre une initiative fédératrice en direction des différents acteurs politiques allant de la gauche du parti socialiste à la LCR. C'est le sens de l'appel « L'Alternative à gauche, organisons-la ! » lancé le 14 mai.

 

Notre appel proposait « un cadre de réflexion et d'action », un « pacte » signé symboliquement entre tous les protagonistes. Il s'assignait comme objectifs l'accomplissement d'un travail de fond sur les idées, et la relance d'une dynamique unitaire, notamment en vue des élections européennes du mois de juin 2009. En quelques semaines, l'appel recueillait les 10.000 signatures qui devaient, selon nous, constituer un socle pour la suite de notre action. Pendant trois mois — juin, juillet et septembre — ce sont soixante réunions de signataires qui se sont tenues dans toutes les régions pour débattre de l'appel. Forts de ce succès, nous avons convoqué le 11 octobre, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) une réunion nationale de délégations issues de ces débats. Sept cents personnes étaient présentes. Tous les courants étaient là : des responsables communistes, l'association des Communistes unitaires, la gauche des Verts, les Alternatifs, héritiers du PSU, les Collectifs antilibéraux, les Républicains de « Mars », le courant Unir de la LCR, le courant Utopia du PS, le député socialiste Marc Dolez, proche de Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci, bien que non signataire de l'Appel, est venu prendre la parole, tandis que Marie-George Buffet nous adressait un message. Seule la direction de la LCR/NPA avait décliné l'invitation, préférant envoyer un observateur. Le débat a porté sur le double plan fixé par l'appel : une réflexion sur la construction de forces politiques nouvelles dans cet espace, et la nécessité d'un travail de convergences entre tous pour rapprocher les points de vue et les analyses sur les grandes questions du moment (urgences sociales, économiques, écologiques, etc..).

 

Au terme de cette réunion, un « bureau d'animation » a été constitué comprenant une trentaine de personnes. Celui-ci, qui s'est réuni le 23 novembre, a créé plusieurs groupes de travail qui devront aboutir à des propositions pour des « Assises pour le changement » prévues pour le mois de mars. Un groupe « pour une autre Europe » a en outre rédigé un texte se prononçant pour des listes unitaires en vue des européennes de juin prochain. L'Appel de Politis se situe donc bien sur un double plan : celui de l'action et celui de la réflexion.

 

Aujourd'hui, l'intérêt pour notre initiative ne se dément pas. Chacun a compris qu'il ne s'agissait surtout pas d'entrer en concurrence avec tel ou tel projet. L'Appel de Politis pose la question des liens permanents entre toutes les forces existantes ou futures. Nous sommes convaincus qu'aucune force seule peut prétendre réunir sous sa bannière des courants aux histoires et aux cultures si différentes, les uns issus du marxisme, les autres venant de l'écologie, les uns tout juste sortis du credo productiviste, les autres, partisans de la décroissance, les uns jacobins, les autres autogestionnaires et décentralisateurs. Six mois après le lancement de l'Appel, nous pouvons déjà nous enorgueillir d'avoir créé un autre climat, et une dynamique nouvelle là où les plaies étaient encore vives après l'échec des présidentielles. Tout le monde travaille ensemble dans le cadre de nos groupes de travail. Et, espérons-le, tout le monde travaillera ensemble dans la campagne des européennes afin que le « non » de gauche du référendum de 2005 trouve sa traduction démocratique dans le futur parlement européen. Bien entendu, ces convergences ne peuvent s'accomplir que parce que chacun comprend bien que Politis n'a pas vocation à faire des choix partisans. Nous respectons aussi bien le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon que la démarche du Nouveau Parti anticapitaliste d'Olivier Besancenot. Et que, demain peut-être, une fédération regroupant Alternatifs, Communistes unitaires et Collectifs antilibéraux. Notre Appel se situe délibérément sur un autre plan: celui d'un pacte de convergences entre tous, et d'un travail sur le fond sans lequel, à terme, les différences redeviendraient des obstacles. Quant à notre hebdomadaire, il n'a pas, bien sûr, vocation à s'inscrire durablement dans un processus politique.

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