A Grenoble, la République est une fête

Eric Piolle, maire de Grenoble, raconte avec enthousiasme l'histoire de la Journée des Tuiles (7 juin 1788). « La force de Grenoble, celle qui est au cœur de la Fête des Tuiles, c'est sa capacité farouche à créer du commun là où l’œil pressé ne voit que de l’incohérence. Sa force, c'est aussi sa capacité à rejeter ce qui divise et stigmatise les privilèges et l'injure. »

Eric Piolle, maire de Grenoble, raconte avec enthousiasme l'histoire de la Journée des Tuiles (7 juin 1788). « La force de Grenoble, celle qui est au cœur de la Fête des Tuiles, c'est sa capacité farouche à créer du commun là où l’œil pressé ne voit que de l’incohérence. Sa force, c'est aussi sa capacité à rejeter ce qui divise et stigmatise les privilèges et l'injure. »


Une ville, c’est d'abord des lieux : des rues, des places, des écoles, des édifices, des rivières avec des montagnes tout autour. Une ville, c’est aussi des rendez-vous, des rites ouverts à tous. La Fête des Tuiles est au croisement de ces deux éléments: installée sur le plus long cours d'Europe (bien que ce record entretienne une vieille rivalité entre Grenoble et Barcelone), au début de chaque mois de juin. Entre histoire et présent, la Fête des Tuiles est un rassemblement festif et populaire encouragé par la Ville.


Cette journée de fête fait écho à l'étincelle de la Révolution française, la « Journée des Tuiles » du 7 juin 1788, au cours de laquelle le peuple et les élites locales se rassemblèrent contre les troupes royales, venues fermer le parlement du Dauphiné. Leur fait d'arme fut de monter sur les toits de la ville pour jeter des tuiles sur les représentants de l’État. Une célèbre peinture d'Alexandre Debelle et quelques passages des mémoires de Stendhal, alors enfant, ont fait entrer cet événement spectaculaire dans la mémoire commune.

Néanmoins, la Fête des Tuiles de 2015 est plus qu'une commémoration historique. Par cette Fête, les Grenoblois célèbrent ensemble, et dans la rue, les valeurs et les tempéraments qui mettent la ville en mouvement. Des éléments qui se sont notamment manifestés lors de la Journée des Tuiles de 1788. Le mot d'ordre de cette Fête ? Que chacun vienne avec sa part d'effervescence, et ramène un peu de son Grenoble à lui.

Grenoble, ville de la citoyenneté mélangée et insoumise

Début Juin, même l'air des Alpes ne parvient plus à rafraîchir la ville. Couverte de neige l'hiver et brûlante l'été, éprise de civisme et d'effervescence : Grenoble est-elle une ville du Nord ou bien du Sud de l'Europe ? Ici, les identités se frottent et se réinventent.

Ville mosaïque qui rassemble des parcours venus de tous les horizons, Grenoble a développé l'art de tirer des traits d'union. Au croisement de ses histoires, de ses cultures, de ses climats, au milieu de ces contrastes, elle se retrouve autour de la chose publique. La force de Grenoble, celle qui est au cœur de la Fête des Tuiles, c'est sa capacité farouche à créer du commun là où l’œil pressé ne voit que de l’incohérence. Sa force, c'est aussi sa capacité à rejeter ce qui divise et stigmatise, les privilèges et l'injure.

Tirer le fil de cette citoyenneté mélangée et insoumise, c'est remonter toute l'histoire de la ville. Ville de la Journée des Tuiles, elle est aussi la ville des premières mutuelles ouvrières au début du XIXe siècle. Ville de résistance, l’une des cinq villes Compagnon de la Libération, elle développe le premier planning familial dans les années 1960. Le maire Hubert Dubedout accompagne dans la clandestinité la création des premières associations d'immigrés, avant que la loi ne le permette. Ville du retour du tram en France et des premiers éco-quartiers, elle passe progressivement en gestion publique les biens communs : hier l'eau, demain l’énergie, à l'échelle de la Métropole. 

Rien d’étonnant à ce qu’à Grenoble, les rassemblements contre les stigmatisations et les violences soient toujours intenses : des manifestations issues du 21 avril 2002 jusqu’au « Nous sommes Charlie », ou plus récemment contre Monsanto, en passant par les réactions au malheureux reportage d’Envoyé Spécial sur la Villeneuve, quartier populaire emblématique. 

Fêter la République avec ceux qui la font

Célébrer l'esprit frondeur, cette volonté de changer l'ordre du monde plutôt que de renoncer à ce que l'on veut être, tel est le cri de la Fête des Tuiles. Chaque Grenoblois est invité à venir montrer ce dont il est fier et ce qu'il sait faire, sur le long cours rendu aux piétons pour la journée.

Le choix du cours Jean Jaurès et de La Libération n'est pas anodin : au cœur de la Métropole, il est le trait d'union qui relie la ville. Il reprend la ligne de la digue qui jadis protégeait Grenoble des inondations du Drac. Pour que la Fête des Tuiles rassemble réellement toute la ville, du centre historique aux quartiers populaires, il fallait trouver le lieu identifié par tous. A l'heure où l'addition de crises pousse aux fractures et à l'isolement, il est impérieux d'agir pour préserver l'unité de la ville. Oui à la diversité, non aux frontières.

La Fête des Tuiles s'adresse à tous les horizons et à toutes les conditions. Tous les univers qui font Grenoble vont se retrouver dans la rue, des plus modestes au plus aisés, des plus jeunes aux ainés. Elle se déroule en trois temps.

D'abord le coup d'envoi, dans les salons de l'Hôtel de Ville, ou sont invités les Grenoblois ayant reçu la nationalité française dans l'année. Pour nous, il est essentiel de rendre hommage à ceux qui font vivre Grenoble et qui n’ont que trop rarement accès à la reconnaissance publique. Une façon de célébrer aussi la République ouverte et le Grenoble terre d'accueil, où vivent plus de 90 nationalités.

Ensuite, toute la journée sur le cours, les animations proposées par le tissu associatif, particulièrement dense à Grenoble : chorales des écoles, initiations aux danses de tous les continents, banquets des saveurs ou chacun, d'où qu'il vienne, peut apporter son plat préféré, ateliers de Yoga et de jeux, séances de cinéma en plein air.

L’enjeu est fort : là ou trop souvent les espaces publics est réduit à un « temps de trajet » entre le domicile et le travail, l’ensemble des politiques menées par la municipalité contribuent à faire de ces espaces un lieu de vie à part entière (embellissement du patrimoine, végétalisation, co-construction, etc.).

La Fête des Tuiles ne serait pas complète sans le premier Défilé des Tuiles : plus de 40 associations, des MJC réparties dans plusieurs villes de l’agglomération, souvent dans les quartiers populaires, confectionnent depuis plusieurs mois déguisements, chars et Géants. La « BatukaVi », célèbre Batookada des enfants de la Villeneuve prenant la tête de cortège, qui parcourra tout le cours.

Echo à un évènement marquant de la mémoire commune, la Fête des Tuiles fait le pari de voir les Grenobloises et les Grenoblois se rassembler le temps d’une journée, pour célébrer la citoyenneté mélangée et insoumise, dans une ville  où la République est bien plus qu’une idée que l’on redécouvre dans les moments de crise : une réalité que chacun partage et construit au quotidien.

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