Ce que j'ai dit à Eric Besson, son étonnante réponse... et la grossièreté de Manuel Valls

Lundi 6 avril, le ministre de l'immigration, Eric Besson, était invité par le maire (PS) d'Evry, Manuel Valls, pour expliquer sa politique. Jérôme Guedj, vice-président PS du conseil général de l'Essonne, lui a rappelé qu'en 2003, lorsqu'il était socialiste, Eric Besson fustigeait la politique du ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy

Lundi 6 avril, le ministre de l'immigration, Eric Besson, était invité par le maire (PS) d'Evry, Manuel Valls, pour expliquer sa politique. Jérôme Guedj, vice-président PS du conseil général de l'Essonne, lui a rappelé qu'en 2003, lorsqu'il était socialiste, Eric Besson fustigeait la politique du ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy

et les «arrestations massives dans certains quartiers, placements en rétention à répétition de personnes non reconductibles, y compris les enfants...».

 

 

Lundi soir, j'étais à Evry. D'abord devant la mairie, sur le parvis des droits de l'homme, aux côtés des manifestants rassemblés à l'occasion de la venue d'Eric Besson, le ministre chargé de l'immigration et de l'identité nationale et qui protestaient contre la politique d'immigration du gouvernement. J'y ai salué notamment mes amis courageux du Mouvement des jeunes socialistes, rencontré les associations avec lesquels nous travaillons depuis des années comme RESF et les ai assurés de mon soutien...

Puis je me suis rendu donc au débat, organisé par la mairie d'Evry, dans le cadre des Rendez vous de l'éthique, qui réunissait outre le ministre, le sociologue Michel Wievorka, Dominique Sopo, le président de SOS Racisme et Yves Tréhard, rédacteur en chef adjoint du Figaro.

J'ai pu poser une question au ministre :

Monsieur le ministre,

Puisque vous voulez savoir d'où on parle, je me présente : Jérôme Guedj, vice-président du conseil général de l'Essonne et membre du bureau national du PS

Pour parler de la politique d'immigration que vous mettez en oeuvre, je vais vous lire quelques lignes d'un livre : l'auteur y dénonce «les effets dévastateurs» de la politique menée depuis la loi du 26 novembre 2003 sur la maîtrise de l'immigration (loi Sarkozy): «arrestations massives dans certains quartiers, placements en rétention à répétition de personnes non reconductibles, y compris les enfants...»

Le même auteur estime que la loi du 24 juillet 2006 sur l'immigration choisie "aboutit surtout à précariser la situation des étrangers installés en France". "Au lieu de faciliter la circulation des étrangers par l'octroi de visas à entrées multiples, cette politique favorise l'installation définitive en France et participe au pillage des élites des pays en développement".

Le livre s'interroge sur l'efficacité des mesures contenues dans la loi. Avec l'abrogation de la régularisation de plein droit après dix années de présence en France, "Nicolas Sarkozy fabrique des sans-papiers, lui qui prétend lutter contre l'immigration clandestine".

Pour l'auteur, l'objectif de cette loi est clair: à un an de l'élection présidentielle de 2007, il s'agit de "rassurer l'électorat de droite et d'extrême droite en prétendant lutter toujours et encore contre l'immigration".

Ce livre, M. Besson, c'est vous qui l'avez écrit, et publié le 10 janvier 2007.

ma question est simple : en deux ans, qu'est-ce qui a changé M. Besson ?

La réponse de M. Besson fut pour le moins étonnante : bien sûr, il a d'abord ironisé sur le PS, sur la candidate à l'élection présidentielle Ségolène Royal qui selon lui lors du débat télévisé d'entre-deux tours a donné un satisfecit à Nicolas Sarkozy pour ses lois sur l'immigration. Et sur le livre en question (Les inquiétantes ruptures de Nicolas Sarkozy), pourtant signé par lui, présenté à la presse par lui en janvier 2007, il a avec aplomb expliqué que ce n'est pas lui qui a écrit la partie consacrée à la politique d'immigration, et qu'il avait résisté, depuis des mois qu'on lui renvoie à la figure ce livre, de donner les noms des hauts-fonctionnaires qui avaient contribué à la rédaction de ce chapitre.... Hallucinant : se réfugier derrière son «négre» pour un auteur est pour le moins incongru et franchement pas courageux; il sous-entend aujourd'hui qu'il avait signé un livre dont il ne partageait pas le contenu ; et pire,devenu ministre, il évoque la possibilité (devenant ainsi menace) de livrer les noms de hauts-fonctionnaires ayant contribué à cette ouvrage...

PS : je ne fais pas partie de ceux qui tiennent grief à Manuel Valls d'avoir organisé ce débat. Certains en ont eu mal à leur éthique de voir le ministre de l'identité nationale, qui plus est un ancien socialiste, être invité par un membre du bureau national du PS et ainsi être «banalisé» dans son parcours et surtout dans la nature même de son ministère, mêlant scandaleusement immigration et identité nationale. Je peux les comprendre. Bien sûr, je ne suis dupe de rien, sur la stratégie de moins en moins ambigu du maire d'Evry de «triangulation» (qui consiste à glisser sur les thèmes chers à la droite pour incarner une pseudo-modernité à gauche). Mais s'agissant de ce débat organisé par la ville d'Evry, je trouve sain de disposer d'enceinte de confrontation démocratique avec un ministre de la République.

En revanche, je suis encore abasourdi par l'attitude de Manuel Valls alors que je sollicitais normalement en levant la main le journaliste-animateur de ce débat pour pouvoir poser ma question. Manuel, assis non loin de l'endroit où je me tenais debout, a commencé à maugréer dans ma direction. J'ai d'abord cru à une blague, dont il est coutumier sur le thème «ah enfin, ce sont toujours les mêmes qui veulent parler». J'ai vite réalisé qu'il ne plaisantait pas. «Çà suffit, dégage, va te faire élire à Massy». Estomaqué, je lui souffle «calme toi Manuel, je ne fais que demander la parole»... et c'est reparti « tu es bien jeune, pas d'expérience, dégage, toi et ton courant [à ce moment-là la responsable du MJS questionne Eric Besson], va te faire élire à Massy». Un peu plus et j'avais droit moi aussi à un «Casse toi, pov'con»...

Ce pétage de plomb du député-maire d'Evry à l'encontre d'un vice-président du conseil général, tous deux membres des instances nationales du PS, a eu lieu alors que le Préfet de l'Essonne était assis à la gauche de Manuel et n'a rien perdu, comme les personnes alentours, de ce torrent fielleux . Je n'en aurais naturellement pas fait état ici si cette grossièreté et cette violence méchante avaient eu lieu dans un cadre strictement privé ou même au sein de nos instances militantes.

Je constate juste la contradiction à vouloir organiser un débat et à s'opposer verbalement à ce que tel ou tel y sollicite normalement la parole.
Je note en revanche un début de cohérence chez Manuel Valls : la seule personne à s'être cru blessante à mon endroit en me disant «va te faire élire à Massy» est Christian Schoettl, un des leaders de l'opposition de droite au Conseil général au lendemain de mon échec aux municipales de Massy en 2001.

Continue Manuel, tu es sur la bonne voie...

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