Yamina Benguigui n'a pas inventé le passé du 93

Réponse à la tribune «Le 9/3 de Yamina Benguigui : un usage falsifié de l'histoire» qui dénonce une vision mythique de l’histoire de la banlieue.

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Réponse à la tribune «Le 9/3 de Yamina Benguigui : un usage falsifié de l'histoire» qui dénonce une vision mythique de l’histoire de la banlieue.


 

93, mémoire d'un territoire est un documentaire construit après trois ans d'enquête, de recherches, de tournage d'interviews de spécialistes, d'historiens, de sociologues, d'architectes, d'images d'archives de l'INA, et de témoignages de résidents de la Seine-Saint-Denis dont l'histoire personnelle a, un jour, rencontré la grande histoire. Nous tenons à remercier tous ceux qui nous ont permis de réaliser ce documentaire et de recueillir plus de 500 heures de rushes, dans lequel ne figure aucune interprétation de la réalisatrice, ni aucune voix off.

Ce préambule remet à sa juste valeur ne serait-ce que le simple titre de l'article intitulé « Le 9/3 de Yamina Benguigui : un usage falsifié de l'histoire ».

 

Informations complémentaires quant à l'argumentaire de cet article

— Alain Faure, chercheur à l'université Paris-X, est l'un des intervenants principaux de la première partie du film. Il a été filmé pendant plus de quatre heures. Nous tenons à sa disposition tout son entretien filmé que nous appellerons « Alain Faure par Alain Faure » puisque dans son article pré-cité, il contredit ce que lui-même a dit. Veut-il s'attaquer lui-même ?

— Annie Fourcault, professeur à l'université Paris-I a été filmée pendant trois heures sur le thème des « grands ensembles » et n'apparaît pas dans le film. Nous avons fait le choix de rechercher dans les archives de l'INA, tout ce qui concerne cette thématique, pour faire apparaître les propos du préfet de l'époque, et ceux des architectes concernés. Nous tenons à la disposition d'Annie Fourcault tout son entretien filmé dont l'argumentaire est en parfaite adéquation avec ce que disent le préfet et les architectes concernés.

— Emmanuel Bellanger, chargé de recherche au CNRS, et spécialiste de l'histoire des communistes, a été filmé pendant trois heures et n'apparaît pas dans le film. Nous nous sommes référés à ses données chiffrées à l'époque de la création de la Seine-Saint-Denis, en 1964, appelée « banlieue rouge ».

— Natacha Lillo, maître de conférences à l'université Paris-VII, n'a pas été interviewée pour ce film.

 

I. — Paris en 1840: Ville non «exclusivement bourgeoise»

« Ce film repose sur une vision mythique de l'histoire de Paris et sa banlieue. D'abord il est faux de dire que Paris dès les années 1840 devient une ville exclusivement bourgeoise. »

Alain Faure, NouvelObs.com, le 6 octobre 2008

Réponse:

Voici l'extrait dont parle M. Faure. Il semble ici, qu'il retraduise simplement les mots d'Anne-Cécile Lefort-Prost (chargée de recherches au CDHTE /EHESS-CNAM) pour mieux étayer sa thèse d'un «usage falsifié de l'histoire»...

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II. — Le rejet des usines polluantes en dehors de Paris

« L'industrie moderne n'a donc pas été parquée, comme le film le prétend, dans les communes du futur 93. Aucune réglementation n'autorisait les préfectures ou les mairies à décréter telle zone industrielle et telle autre résidentielle. Bien mieux, le fameux texte de 1810, qui crée les établissements classés, est un texte protecteur de l'industrie. »

Alain Faure, NouvelObs.com, le 6 octobre 2008

« La capitale demeure, jusqu'au milieu du XXe siècle, une grande ville industrielle, avec, entre autres, de grandes unités de production, tout aussi polluantes que celles de Saint Denis. »

Emmanuel Bellanger, Alain Faure, Annie Fourcaut, Natacha Lillo, Site Mediapart, 24 octobre 2008

Réponse:

À aucun moment, le film n'affirme ce que M. Faure soulève. Il devrait revoir le film et l'écouter en détail, car ce décret de 1810 n'est purement et simplement jamais abordé.

En revanche, nous avons mis en ligne une partie de son interview, ainsi que celle de M. Bellanger qui n'aurait pas été entendu dans le film car il ne tenait pas « les propos que la réalisatrice attendait ». C'est pourtant bien ces deux personnes qui parlent d'un rejet des usines polluantes hors de Paris, et en aucun cas le film lui-même (du moins pas dans des termes aussi explicites que ceux de MM. Bellanger et Faure !)

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III. — 9-3, zone particulièrement industrialisée

« D'ailleurs l'industrie est partout : non seulement à Paris, à Saint-Denis, Aubervilliers, Pantin ou Saint Ouen, mais encore dans l'ouest de la banlieue. Billancourt, Suresnes, Puteaux, Levallois ont été des communes industrielles. »

Alain Faure, NouvelObs.com, le 6 octobre 2008

Réponse:

Si l'industrie était certainement, comme l'affirme M. Faure, « partout », il apparaît que c'est lui, ainsi que son confrère M. Bellanger qui affirment que le 93 était une zone particulièrement industrialisée.

De plus, nous rappelons à Monsieur Faure que le film parle d'une concentration particulière des usines en Seine-Saint-Denis, sans jamais dire que le reste de la banlieue en était complètement vidé. Attention à ne pas utiliser les propos du film en les « retordant pour s'en faire une arme ».

De même, Natacha Lillo elle-même parle de la particularité de la Seine-Saint-Denis dans sa thèse « Espagnols en banlieue rouge ». En effet, elle affirme que « depuis la fin du XIXe siècle, Saint Denis, le Manchester français, était l'un le premier pôle métallurgique de la région parisienne avec des usines employant des centaines, voire des milliers, d'ouvriers ; la ville voisine d'Aubervilliers était, quant à elle, marquée par la prédominance de l'industrie chimique. Le secteur de la Plaine Saint Denis notamment, situé à cheval sur les deux communes, connaissait une très forte emprise industrielle ».

À qui veut-on donc faire croire que Mme Benguigui a « inventé le passé du 93 » ?

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IV. — Le régime des vents

« Bref, le rôle des vents dominants, qui expliquerait ce soi disant monopole de l'est ou du nord-est pour l'industrie émettrice de fumée, est une idée fausse : pourquoi aurait-on cherché à préserver une zone d'un fléau qu'elle subissait déjà ? »

Emmanuel Bellanger, Alain Faure, Annie Fourcaut, Natacha Lillo, Site Mediapart, 24 octobre 2008

Réponse:

Il apparaît ici que l'on sorte complètement du débat. Les membres de ce collectif anti «9-3, Mémoire d'un territoire » auraient dû se concerter avant d'émettre cette critique.

Le régime des vents est, comme le soulève Annie Fourcault, «l'explication traditionnelle» fournie par les historiens pour expliquer que les usines se trouvent plutôt à l'est dans les grandes métropoles. Or, il apparaît que Madame Fourcault appartient au groupe ayant rédigé le passage ci-dessus...

De plus, la personne interrogée dans le film qui explique l'histoire du régime des vents est Docteur en histoire des techniques. Son intervention est donc parfaitement légitime, et ses propos ont la même valeur que les quatre personnes qui affirment que c'est « une idée fausse »...

Il semble que ce soit donc un débat d'historiens, qui ne concerne et n'intéresse que les historiens...

Mme Benguigui n'a donc là encore, absolument rien inventé.

93 mémoire d'un territoire 4 © johnsitruk

 

V. — Le traitement de l'immigration par le film

« Les raisons de l'installation dans le futur 93 de nombreuses vagues d'immigration tant européennes qu'africaines sont à peine évoquées : on passe de la présence espagnole, dès la Première guerre mondiale, à l'arrivée des rapatriés d'Algérie et des Antillais, sans jamais évoquer les Italiens, installés depuis la fin du XIXe siècle et longtemps majoritaires, l'arrivée des premiers Kabyles dans l'entre deux guerres, et l'immigration portugaise des années 1960.»

Emmanuel Bellanger, Alain Faure, Annie Fourcaut, Natacha Lillo, Site Mediapart, 24 octobre 2008

 

Réponse:

Nous ne soulèverons pas grand chose sur le passage précité, car il a peu d'importance.

Simplement peut être que si le film n'évoque pas exactement l'origine de chaque population immigrée installée dans le 93, c'est peut-être par ce que le film, qui ne dure que 90 minutes, n'a pas pour thème principal «l'immigration en Seine-Saint-Denis».

Il n'empêche que, au regret de décevoir M. Faure, le film traite de l'immigration italienne, et le plus fou, c'est que c'est lui-même qui en parle dans le film...

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VI. — La «stigmatisation» des mariages mixtes

« Dans un espace marqué avant tout par une forte solidarité ouvrière, les mariages mixtes sont présentés à tort comme hl|width=425|height=335|align=none]

 

VII. — La présentation des architectes

« Le film caricature à l'excès l'histoire du logement social. Les architectes et urbanistes ne seraient que d'avides bâtisseurs sous influence, si ce n'est corrompu. »

Emmanuel Bellanger, Alain Faure, Annie Fourcaut, Natacha Lillo, Site Mediapart, 24 octobre 2008

 

Réponse:

Là encore, nous pensons qu'il doit y avoir erreur sur le documentaire...

En effet, aucun jugement n'est porté sur les architectes dans le film, pour la simple et bonne raison que seuls des historiens ou des hommes politiques en parlent.

À aucun moment, Mme Benguigui n'émet de sentiment personnel sur le travail réalisé par ces architectes.

C'est d'ailleurs pour cela qu'elle a choisi d'évoquer les architectes des grands ensembles en montrant des images d'interviews de ceux-ci. En effet, comment peut on prétendre que les architectes sont ridiculisés, quant ce sont les architectes eux-mêmes qui parlent de leur travail ?

Il apparaît toutefois important de montrer en image, ce que la réalisatrice a choisi de ne pas mettre dans le film, de peur de soulever une polémique trop importante, et pour ne pas trop accabler ces architectes. Mais puisque Mme Fourcault veut en parler, regardons ce qu'elle pense des architectes qui ont participé à la construction des grands ensembles...

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VIII. — L'origine des grands ensembles

« La construction des grands ensembles, dans le 93 comme partout ailleurs, répond d'abord à la volonté de sortir les familles françaises des taudis où elles croupissent, de résoudre, au plus vite, avec les moyens de la France ruinée de l'après-guerre, la terrible crise du logement. Les « logement Million », vilipendés dans le film, sont le produit du contexte des années 1950, que le film ignore. »

Emmanuel Bellanger, Alain Faure, Annie Fourcaut, Natacha Lillo, Site Mediapart, 24 octobre 2008

Réponse:

Je crois que MM. Bellanger et Faure, ainsi que Mmes Lillo et Fourcault ont malencontreusement oublié un passage du film. Nous leur remettons en ligne pour qu'ils puissent se rendre compte que nous n'avons pas oublié l'origine et le contexte de la construction des grands ensembles...

93 Réponse 8 © johnsitruk


Conclusion

Quelles sont les vraies motivations de ce quatuor ? Sont-ils en accord avec leurs propres entretiens filmés, que nous tenons à la disposition de chacun d'eux? Ou, constatant qu'ils n'apparaissent pas à l'image comme les historiens que sont Anne-Cécile Lefort-Prost, Benoit Pouvreau, et Jacques Girault, peuvent-ils aller jusqu'à se contredire?

Aujourd'hui, nous pensons que ces honorables historiens, chercheurs et professeurs, devraient s'allier à la majorité, pour saluer le travail fourni pour réaliser ce film, ainsi que la grandeur de cette œuvre qui restera probablement, n'en déplaise à certains, dans les mémoires pendant longtemps...

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