Gouvernement Ayrault, d'échec en échec jusqu'en 2017 ?

JOURNÉES D'ÉTÉ EELV. Bilan en forme de réquisitoire, par Jérôme Gleizes, membre du bureau exécutif d'EELV et l'un des responsables de l'aile gauche du parti, d'un an et un été de gouvernement Ayrault. 

JOURNÉES D'ÉTÉ EELV. Bilan en forme de réquisitoire, par Jérôme Gleizes, membre du bureau exécutif d'EELV et l'un des responsables de l'aile gauche du parti, d'un an et un été de gouvernement Ayrault. 



Depuis l'élection de François Hollande, le Parti socialiste accumule les défaites électorales aux élections législatives partielles sans que cela ne bénéficie au reste de la gauche et aux écologistes. Chaque fois, le FN progresse et l'UMP gagne par défaut. Nous aurions pu penser que la dernière défaite, la plus cuisante, celle de Villeneuve-sur-Lot, circonscription de Jérôme Cahuzac, soit le début d'une nouvelle période politique. Malheureusement, bien au contraire, ce mois de juillet a montré un recul du gouvernement sur de nombreux points.

Revenons à l'affaire Cahuzac. Edwy Plenel a expliqué comment celle-ci aurait été enterrée si le procureur de la République de Paris François Molins n'avait pas demandé une enquête préliminaire après la saisie de Médiapart. De nombreux éléments de cette affaire restent à découvrir, l'origine de l'argent sur le compte suisse, les complicités éventuelles. C'est pourquoi le refus de l’audition du Premier ministre par la commission d’enquête parlementaire est inquiétant. Dans la logique de la République irréprochable que le candidat Hollande défendait, il est normal que le Parlement use de ses prérogatives en vertu de l'article 24 de la Constitution. Il ne faudrait pas que l'affaire Cahuzac soit l'équivalent de l'affaire Stavisky pour la Troisième République. Jérôme Cahuzac apparaît comme un homme sans scrupule, capable d'avoir des amitiés avec des militants d'extrême-droite pour ouvrir un compte en Suisse, de mentir éhontément devant la représentation nationale, d'avoir l'outrecuidance d'avoir des trous de mémoire devant la mission d'enquête parlementaire. Mais un seul message reste : le ministre en charge de la lutte contre la fraude fiscal est lui même un fraudeur. Pourtant sa démission a été saluée et son talent et sa compétence félicités par un communiqué de la Présidence.

À l'inverse, le limogeage de Delphine Batho s'est fait froidement. Au-delà de la dimension politique de l'éviction de la ministre de l'écologie, sa forme est très dérangeante. Il y a manifestement deux poids deux mesures selon que l'on soit un homme ou femme, un membre important d'une motion socialiste ou pas. Mais comme pour Cahuzac, un seul message public reste : l'écologie est une variable d'ajustement de la politique gouvernementale. Et ce message est d'autant plus renforcé que d'autres ministres peuvent s'exprimer sur les gaz de schiste, sur Fessenheim ou sur Notre-Dame-des-Landes...

Le deux poids deux mesures montre que le gouvernement est loin d'être homogène, mais les arbitrages se font souvent au profit de Pierre Moscovici ou de Manuel Valls, affirmant une ligne austéritaire et sécuritaire. L'expulsion, le 29 juillet, d'une famille tchétchène avec deux enfants de 2 et 3 ans marque une rupture par rapport à la non mise en rétention d'enfants promise par le candidat Hollande. RESF égraine inlassablement ces expulsions tout autant intolérables aujourd'hui que du temps de Sarkozy (4). Elles s'ajoutent aux démantèlements de camps de Roms sans solutions, aux discours sécuritaires de lutte contre la petite délinquance. Aujourd'hui, l'affrontement avec la ministre de la justice sur la réforme pénale marque une nouvelle étape de la primauté de la logique sécuritaire.

Ce conflit a des incidents diplomatiques, navrant pour l'image de la France. Il y avait déjà eu l'expulsion d'Aurore Martin vers l'Espagne, heureusement renvoyée en France. Mais le couac de l'avion d'Evo Morales est plus inquiétant. L'interdiction de survol du territoire français de l'avion du président bolivien au prétexte qu'il aurait pu transporter Edward Snowden a provoqué le plus grave incident diplomatique de la mandature avec la protestation de tous les pays d'Amérique latine, le rappel des ambassadeurs boliviens. La France, terre des droits de l'homme, aurait dû au contraire accorder l'asile à l'ancien agent américain de la CIA pour montrer son opposition au programme Prism de surveillance des citoyennes et des citoyens du monde entier. À cela, on préfère continuer les négociations très critiquables du pacte transatlantique.

En dehors du vote du mariage pour toutes et tous, les réformes constitutionnelles et institutionnelles du candidat Hollande n'ont donc toujours pas eu lieu, ce qui met le gouvernement en porte-à-faux avec la gauche morale.

Cet été a montré un autre recul du candidat Hollande, celui qui voulait être l'ennemi de la finance. Le projet de rendre aux banques 50 milliards d'euros de la collecte d'épargne réglementée du Livret A centralisée à la Caisse des Dépôts est un signe de plus que le gouvernement est plus sensible aux attentes des banques qu'à celles de l'industrie. Après ne pas avoir séparé les activités spéculatives de celles traditionnelles de banque, le gouvernement donne accès à des ressources qui seraient plus utiles pour la rénovation thermique des bâtiments ou la construction de logements sociaux.

Ces deux mois d'été sont plutôt inquiétants. Ils s'ajoutent à un an de politique d'austérité dont pourtant l'organisme de conjoncture OFCE critique l’inefficacité en anticipant la récession.

Loin du changement de cap, nous assistons à une fuite en avant, une navigation à vue. Y aura t-il un ressaisissement ? Sinon, nous allons tout droit vers un scénario type 21 avril 2002.

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