Pour une vision de gauche de la nation France

Le petit livre de Gérard Noiriel donne une définition historique de la nation. Il peut servir à affirmer une vision de gauche de la nation France opposée au patriotisme nationaliste du Front National et d'une partie des forces politiques actuelles. Cette vision de gauche ouvre de nouvelles perspectives, citoyennes, démocratiques et égalitaires.

A propos du livre de Gérard Noiriel «  Qu’est-ce qu’une nation ? »,

 

Bayard, Paris, 2015, 112 p.

 

 

Jacques Milan

 

 

 

Le petit livre de l’historien Gérard Noiriel, écrit en mars 2015, après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hypermarché Cacher, prend plus de valeur encore après les attaques terroristes du 13 novembre. Il donne une définition politique de la nation, en la replaçant dans l’histoire des derniers siècles. Cette définition peut servir à définir une vision de gauche de la nation France, avec des propositions concrètes qui permettront de lutter contre la vision de droite, patriotique, défendue en particulier par le Front National.

 

 

Le parti pris d’un historien sur la nation

 

 

Gérard Noiriel n’hésite pas à prendre partie, en s’appuyant sur ses travaux d’histoire sociale de la France aux XIXe et XXe siècle, afin de préciser les liens entre la nation, la République, la démocratie et l’immigration.

 

 

Pour lui, « le concept moderne de nation émerge en France vers le milieu du XVIIIe siècle pour contester radicalement le système monarchique » (p. 11).

 

 

Auparavant, le roi « très chrétien » était considéré comme le représentant de Dieu sur terre. Issu de la noblesse, c’est-à-dire d’une essence supérieure, descendant des Francs, peuple de vainqueurs, le territoire de la France est son domaine propre, et les Français, des sujets du roi.

 

 

La conception française de la nation repose, au contraire, sur la citoyenneté, élaborée par Jean-Jacques Rousseau, qui écrit, en 1762, dans le Contrat social : « le pacte social établit entre les citoyens une telle égalité, qu’ils s’engagent tous sous les mêmes conditions et doivent jouir tous des mêmes droits ». Cette conception est retranscrite dans l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen adoptée en 1789 : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». La nation, selon la conception française, mise en pratique  avant 1789, lors de la révolution aux Etats-Unis contre la monarchie britannique, est une communauté de citoyens sur un même territoire, adhérant à des valeurs d’égalité.

 

 

La conception allemande de la nation est différente. Car, alors que la nation française était déjà, en 1789, centralisée par un Etat royal qui s’est imposée sur un territoire unifié depuis le Xe siècle, les allemands sont dispersés en divers Etats et principautés. C’est donc la Prusse qui va réunifier progressivement, dans le cours du XIXe siècle, ces entités politiques au nom de critères culturels (la langue, les traditions) et ethniques (l’origine).

 

 

La nation est donc une construction historique, politique et sociale. « C’est un regroupement d’individus parmi d’autres, dont la spécificité tient au fait qu’il réunit des personnes qui luttent pour conquérir ou pour défendre leur liberté politique. Cette liberté, c’est ce qu’on appelle la souveraineté » (pp. 29-30). Noiriel définit ainsi l’attribut essentiel revendiqué par une nation : la souveraineté nationale qui s’exerce, par l’intermédiaire de l’institution étatique, sur un territoire donné,  formant ainsi ce que l’on appelle l’Etat-nation.

 

 La nation, une notion de gauche réinterprétée par la droite

 

 La définition de la nation comme communauté de citoyens sur un territoire avec des valeurs d’égalité, à la Rousseau, est revendiquée au XIXe siècle par la gauche républicaine, contre la monarchie,si l’on définit la gauche contre la tendance politique du mouvement, qui remet en cause l’ordre établi au nom de l’égalité sociale.

 

 

Avec la troisième République, l’abolition de la monarchie et de l’Empire en France, le développement du mouvement ouvrier, la défense de la nation française va devenir une valeur de droite, servant l’ordre établi, notamment l’armée : contre l’ennemi allemand, qui a annexé l’Alsace et la Lorraine ; contre les ouvriers immigrés, soupçonnés d’être des ennemis de l’intérieur ; contre les étrangers, qui échappent au service militaire national, ou qui fomentent des attentats anarchistes. La nation France devient une personne avec une identité forgée dans sa longue histoire, incarnée par des chefs et de grands ancêtres (Charles Martel, Jeanne d’Arc…) et un destin, nécessairement grand, ce qui justifiera l’impérialisme français et la colonisation. Le nationalisme devient patriotisme, adhésion au pays des pères fondateurs qui transmettent un territoire qu’il faut défendre au péril de sa vie.

 

 

Ce nationalisme de droite, patriotique et conservateur de l’ordre républicain, s’oppose à l’internationalisme de gauche, pour lequel « les prolétaires n’ont pas de patrie » (Marx et Engels). « L’exaltation de la nation a ici pour principale fonction de discréditer toute forme de contestation des pouvoirs en place. Les luttes sociales sont présentées comme des entreprises malfaisantes qui cherchent à affaiblir la nation » (p. 74).

 

 

Cela va se traduire par l’union sacrée en 1914, avec le passage de la social-démocratie du côté du nationalisme, en France comme en Allemagne; par la création des partis communistes, qui se réclament au début de l’internationalisme, pour s’aligner ensuite sur la politique étrangère de la bourgeoisie bureaucratique russe ou chinoise.

 

 

La force de l’appartenance nationale

 

 

Noiriel note, pour l’histoire française, la force du nationalisme. « Après le Front Populaire en 1936, ce sont les partisans de la « révolution nationale » qui accèdent au pouvoir en 1940. (…) La seule force qui a été capable d’abattre la République, c’est le nationalisme (avec) l’avènement du gouvernement de Vichy. » (pp.80-81).  

 

 

Il en conclut, que « l’appartenance nationale n’est que l’un des facteurs qui définissent l’identité d’une personne dans le monde moderne. Mais l’histoire montre que c’est ce principe identitaire que le pouvoir politique a pu mobiliser le plus efficacement depuis deux siècles » (p. 82).

 

 

Par cette remarque, Noiriel se fait anthropologue : effectivement les individus modernes ont diverses appartenances : familiales, ethniques, sexuelles, de classes d’âge, sociales, culturelles, religieuses… Mais l’identité nationale, qui mêle, sur un territoire donné des individus aux appartenances diverses pour leur donner une appartenance politico-culturelle commune – celle de citoyen de l’Etat-nation - possède une grand force. Elle est alimentée en permanence par des symboles forts : un hymne national, un drapeau national, des valeurs nationales, une langue nationale, des institutions politiques nationales, une histoire nationale, des équipes sportives nationales, des médias nationaux.

 

 

Noiriel remarque que la construction nationale utilise massivement l’éducation et les médias: au XIXe siècle en France, l’école obligatoire et la presse papier ; au XXIe siècle, la Internet et la télévision.    

 

 

Crises de l’appartenance nationale en France

 

 

Noiriel passe alors aux questions actuelles dans un dernier chapitre «  de la Nation à la République », à propos des attentats de janvier contre Charlie Hebdo et l’Hypermarché Cacher. Il note, dans la conjoncture, le glissement opéré par rapport au passé, avec le slogan « je suis Charlie », visant les « valeurs républicaines », de liberté d’expression et de droits de l’homme et non l’union nationale. Il en conclut que « ce genre de réactions spontanées, sous le coup de l’émotion, est généralement sans lendemain », qu’il n’y aura pas « d’esprit du 11 janvier » (p.87).

 

 Cependant, il note aussi que « à chaque fois que la gauche est parvenue au pouvoir, la droite a réagi en réactivant le discours national-sécuritaire qui était sa marque de fabrique » (p. 91).

 

 Le chômage de longue durée, depuis les années 1980, ravive le discours xénophobe, présentant les immigrés comme responsables de la crise, comme dans les années 1880 et 1930. La paupérisation des quartiers populaires enlève aux jeunes des perspectives d’avenir en France, plongeant certains dans le désespoir, l’abstention politique, la délinquance, la rage suicidaire. La société se clive : les classes moyennes, les employés et ouvriers ayant un emploi stable rejettent les couches les plus pauvres de la société, qui sont aussi souvent celles issues de l’immigration la plus récente. « Tous ces facteurs convergent pour favoriser la montée en puissance de l’extrême droite » conclut à juste titre Noiriel.

 

 Nous y sommes, avec les plus de 40 % de Marine Le Pen et de Marion Maréchal Le Pen, dirigeantes du Front National, le 6 décembre 2015, au premier tour des élections régionales, respectivement dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, deux régions à fort taux de chômage et à fort niveau de pauvreté.  

 

 L’échec politique de l’Union européenne favorise le nationalisme d’extrême droite

 

Ajoutons un dernier facteur non mentionné par Noiriel, mais qui va dans le même sens : l’échec politique de l’Union européenne.

 

 Le vieux nationalisme français d’extrême droite, avait été discrédité par sa collaboration avec le nazisme ; puis par sa défense du colonialisme, en entraînant à chaque fois le pays dans des guerres perdues. Il s’était aussi distingué par ses pratiques dictatoriales : sous Pétain et le régime de Vichy,  qui met entre parenthèse la IIIe République, sans se baser sur une nouvelle Constitution ; et pendant la guerre d’Algérie, en soutenant le putsch raté des généraux de 1961 pour garder l’Algérie française, contre le gouvernement gaulliste de la Ve République.

 

 Le nationalisme d’extrême droite ressurgit aujourd’hui parce que les discours des partis républicains démocrates, de droite (gaullistes et modérés) comme de gauche (PS, comme PC, comme écologistes de gauche), ont cherché à dépasser le nationalisme français et la « grandeur de la France » dans la construction politique de l’Union européenne. Or, l’européisme,  la construction politique de l’Union européenne comme nouvelle communauté de citoyens, est aujourd’hui un échec.

 

 L’européisme n’a pas construit de nouvelle entité politique souveraine démocratique sur ses territoires. On peut le constater depuis les années 1980. L’Union européenne n’est pas démocratique : le réel pouvoir législatif appartient à des représentants des exécutifs nationaux , le Conseil des Ministres européens ; le Parlement européen, associé, n’a pas de ressource budgétaire propre sur laquelle légiférer. L’Union européenne n’est pas efficace économiquement pour tous ses membres : l’UE est la région de la stagnation économique, à la différence de l’Asie ou des USA par exemple, du fait de son ordo-libéralisme austéritaire imposé par les bourgeoisies des pays industrialisés du Nord contre les pays du Sud de l’Europe. Elle n’est pas égalitaire socialement : le grand marché européen entraîne une unification sociale par le bas, sur la base des pays socialement les moins avancés. Et elle est impuissante militairement, pour défendre une quelconque « souveraineté européenne » : les guerres dans l’ex-Yougoslavie, au cœur de l’Europe, dans les années 1990, n’ont pu être arrêtées que grâce à l’aide des USA ; les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, aux frontières de l’Union européenne, montrent que les Etats européens ayant une armée moderne, comme la Grande-Bretagne et la France, ne peuvent intervenir que sous commandement de l’OTAN, dirigé par les USA. Les bourgeoisies européennes, qui dirigent l’Union européenne de façon oligarchique, sont en plus subordonnées politiquement aux Etats-Unis d’Amérique.

 

 En même temps, par ses directives et ses règlements, l’Union européenne limite la souveraineté nationale des pays membres alors que ses décisions n’ont pas la légitimité démocratique requise. On l’a vu, avec la crise de la dette grecque cet été 2015, où un regroupement de ministres des finances de l’UE dicte les lois du Parlement grec. La nation France n’a plus de monnaie propre (l’euro est la monnaie unique d’une partie de l’UE) ; le Parlement français doit appliquer en les « transcrivant » les directives de l’UE ; et l’Etat français est sommé par divers ministres des finances de l’UE de se conformer à des dogmes économiques en matière de déficit budgétaire sous peine de sanctions économiques.

 

 Dans ces conditions, on comprend le succès de l’extrême droite nationaliste aux élections européennes depuis 1984, en France, mais aussi dernièrement dans l’Union européenne. Il lui suffit de décrire le fonctionnement actuel de l’UE et d’activer les réflexes nationaux d’une partie de la population qui vote.

 

 Les dernières circonstances avec les attaques terroristes du 13 novembre à Paris ont encore changé la situation politique en France, en favorisant cette fois la montée du nationalisme extrême, autoritaire et guerrier, et les idées du Front National.

 

 Le basculement du PS dans le nationalisme autoritaire et guerrier

 

 Le 13 novembre 2015, dans la soirée, trois groupes terroristes, lourdement armés, composés surtout de  jeunes Français d’origine maghrébine, attaquent au Stade de France, lors d’un match France-Allemagne en présence du Président de la République ; mitraillent des terrasses de café dans les 10e et 11e arrondissements de Paris, où vivent et sortent des jeunes des classes moyennes supérieures ; entrent dans une salle de spectacle d’un concert de rock « métal » étatsunien, le Bataclan, près de la place de la République, où se trouvent 1500 personnes. Ils tuent, en tout, 130 personnes et en blessent environ 352. Les tueurs sont au nombre de 9, dont 7 se feront exploser sur place ou seront tués par la police, un sera retrouvé ensuite et se suicidera avec deux complices qui seront tués le lendemain à Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris. Les attentats sont revendiqués le 14 novembre par Daech (l’Etat Islamique du Levant) en réponse à l’intervention militaire française en Irak et en Syrie.

 

 Le 14 novembre, le Président de la République François Hollande (PS), dénonce « un acte de guerre préparé, organisé, planifié de l'extérieur et avec des complicités intérieures, que l'enquête permettra d'établir ».  Les groupes terroristes sont présentés comme une « armée terroriste »,« une armée djihadiste, contre la France, contre les valeurs que nous défendons partout dans le monde, contre ce que nous sommes : un pays libre qui parle à l’ensemble de la planète ». Le gouvernement Valls (PS) décrète l’état d’urgence, en vertu d’une loi datant de la guerre d’Algérie, en 1955.  Le 16 novembre, devant le Congrès des députés et sénateurs réuni à Versailles, Hollande propose de réviser la Constitution pour y introduire, en plus de l’état de siège (pleins pouvoirs à l’armée, art. 36) et de  l’état d’exception (pouvoirs exceptionnels à la Présidence de la République, art. 16), l’état d’urgence, qui donne des pouvoirs renforcés d’investigation et d’internement à la police et à l’armée sous contrôle du gouvernement et de l’administration.  Il propose aussi d’inscrire la possibilité de déchéance de la nationalité française pour les binationaux (révision des articles 23 et 25 de la Constitution). Le Parlement vote alors, à la quasi-unanimité, la prolongation de l’état d’urgence pour trois mois, les députés répétant comme la presse et la télévision que « la France est en guerre ».

 

Ce qui renforce le Front National

 

Dans sa campagne des élections régionales de 2015, après le 13 novembre, le Front National va alors répéter qu’il a eu raison avant tout le monde et que les attentats du 13 novembre le prouvent : les terroristes sont des « musulmans » ; ils se sont infiltrés à cause des « afflux de migrants » venant du Moyen-Orient ; ils ne font pas partie de la nation française, « celle de Charles Martel et du sacre de Reims », car ils défendent le « communautarisme ». D’ailleurs « les migrants entrent et les emplois sortent » (nous reprenons ici des éléments des discours enregistrés et de la profession de foi des régionales de Marion Maréchal-Le Pen). Il faut donc combattre Daech par des troupes, si possible au sol, renforcer l’armée et la sécurité des Français, vont répéter alors les dirigeants du FN, en se mettant dans les pas martiaux du Parti socialiste et en particulier de François Hollande, et en engrangeant des résultats électoraux spectaculaires .

 

Le FN est capable d’adapter son patriotisme à chaque échelon politique : patriotisme régional pour les élections régionales de 2015 (« avec le patriotisme économique régional permettant de favoriser les entreprises, les agriculteurs et les éleveurs de la région dans les marchés publics » promet Marion Maréchal- Le Pen ») ; patriotisme national pour les élections européennes de 2014, où si l’on était Français, il fallait voter pour le seul parti défendant la nation française, le Front National. Et demain, patriotisme guerrier antimusulman contre les terroristes, pour les élections nationales. Pour le FN,  qui se conforme à la définition de la nation par la droite, la nation France est une personne, avec une identité relativement définie de longue date par son histoire mythique, que l’on doit distinguer des nations étrangères, et qui ne doit pas accepter trop d’étrangers sur son sol, notamment aujourd’hui, trop de musulmans.

 

 Pour une vision de gauche de la nation France

 

 Faut-il laisser l’appartenance nationale française au seul Front National ?  Nous ne le pensons pas, si nous prenons au sérieux ce que nous explique Noiriel depuis le XIXe siècle: la force du sentiment d’appartenance nationale.

 

 Nous pouvons partir d’une vision de gauche de la nation, sur le fait que la nation n’est pas une personne, à l’identité figée ; mais toutes les personnes qui sont considérées comme citoyens souverains sur un territoire donné en fonction de valeurs communes d’égalité. Si nous pensons que le lien national se construit dans des pratiques culturelles, notamment par l’intercommunication par la langue commune, et peut évoluerdans le temps, alors il est temps de renouveler ce lien, dans le sens de davantage de démocratie et d’égalité.

 

 Il faut à la fois sortir de l’européisme  qui ne dépasse pas pour le moment le cadre des Etats-nations et de la réunion des oligarques de chaque pays ;  et renouveler la nation France dans un monde globalisé, internetisé, relié par milles fils économiques, sociaux, politiques, culturels.

 

 Quelle est la force de la nation France, si l’on prend le mot nation, non comme un gros mot, mais comme une façon de faire lien, de vivre ensemble, de façon égale, entre citoyens français ?

 

 Contrairement à ce qu’affirme le FN, la nation France n’est pas un peuple unifié : la France est, dès la formation de l’Etat royal français au Xe siècle, un mélange de peuples d’Europe du Nord et du Sud qui parlaient des langues différentes mais essentiellement latines (sauf les Basques et les Bretons, donc les ancêtres des Le Pen). Avant, ce sont des mythes : soit forgés par l’Eglise catholique (la France commencerait au baptême de Clovis) pour établir une lignée royale ; soit forgée par la IIIe République (la France commencerait avec Vercingétorix le Gaulois) pour établir une base territoriale légitime à la bourgeoisie française.

 

 La nation France c’est donc un Etat qui a dix siècles et qui s’est en partie perpétué après la Révolution française pour certaines de ses administrations et sur le même territoire ; c’est une langue parlée par des Français, qui s’est codifiée, depuis le XVIIe siècle et qui évolue sans cesse ;  c’est une façon d’être ensemble, avec des valeurs communes (liberté, égalité, fraternité) mais aussi laïcité, du fait de la multiplicité des religions (d’abord entre catholiques et protestants) sur des territoires qui ont, du fait de la continuité de l’Etat, une longue vie politique.  C’est un mélange permanent et changeant de culture (par la langue, les valeurs d’égalité notamment) et de politique (par l’Etat, et la citoyenneté liée à la nationalité).

 

 Qui devrait être Français aujourd’hui ?

 

 Alors qui devrait être Français, aujourd’hui à l’époque d’Internet ? Mais tous ceux qui parlent le français (donc toute la francophonie) et qui ont des liens politiques territorialisés avec l’Etat français.

 

 Tous les étrangers francophones sur le territoire de l’Etat français devraient être français. La gauche  a demandé timidement le droit de vote des étrangers aux élections locales, à partir de cinq ans de résidence et ne l’a jamais mis en pratique. Mais elle devait exiger, conformément à la définition de gauche de la nation, la citoyenneté française intégrale pour tous les résidents en France, au bout de quelques années de résidence.  

 

 Tous les citoyens des Etats de la Francophonie, devraient être accueillis à bras ouverts en France.  A commencer par ceux des Etats du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest. Les liens avec ces Etats devraient être renforcés, du point de vue économique, social, éducatif et même par des bi-nationalités.

 

 Evidemment, sur le continent américain, nos amis québécois, antillais, guyanais sont les bienvenus sur le territoire de l’Etat français ; de même que nos amis francophones des anciens comptoirs français de l’Inde ; et tous les Francophones de Polynésie. Certains ont d’ailleurs la nationalité française, dans le DOM et les TOM. Et bien-sûr, au Moyen-Orient, nos amis libanais et tous les Syriens francophones devraient être bien accueillis en France.

 

 La nation France à l’heure d’Internet doit être accueillante, ouverte à de nouveaux citoyens, affirmant ses valeurs d’égalité et de démocratie. Car c’est par les coopérations culturelles, les interactions entre citoyens différents que le développement économique se fera, pas par le repli sur l’Hexagone et le traitement des étrangers en parias.

 

 Et la nation France dans l’Union Européenne ?

 

 La France est une grande nation, dont l’Etat a dix siècles. Elle ne cherche aucune hégémonie dans le monde, car ses tentatives d’hégémonie ont fait faillite en Europe (guerres napoléoniennes) et hors d’Europe (guerres coloniales). Elle cherche une influence culturelle, attendue d’ailleurs comme contribution de cette nation à la communauté des Nations-Unies : par la reconnaissance de sa langue, par ses apports aux sciences sociales et politiques, en plus des sciences naturelles, par ses juristes qui sont issus, avec d’autres, de la tradition du droit romain ; par ses philosophes, qui ont côtoyé, avec d’autres, la philosophie grecque, mais aussi juive, arabe, asiatique.

 

 La nation France peut apporter des éléments culturels au système politique des Nations Unies pour construire une gouvernance globale, sur certaines questions : climat, migrations, cultures partagées par exemple.

 

 Elle peut apporter sa culture et sa façon de penser la politique dans un cadre renouvelé pour l’Union européenne. Cette Union européenne (UE) doit devenir une vraie union politique, sous la forme d’une Confédération démocratique d’Etats-nations avec un budget indépendant basé sur une fiscalité autonome, reconnaissant les différentes nations d’Europe, et les regroupant en confédération sur quelques domaines nécessaires (universités, recherche, transports, environnement, droits égaux…). En attendant cette Confédération démocratique européenne, la nation France doit retrouver son autonomie économique et sociale, nécessaire pour développer une transition écologique et atteindre le plein emploi, quitte à protéger certaines industries locales

 

 Bref, la nation France, dans le cadre européen et mondial, doit retrouver des marges d’actions politiques, sociales et économiques démocratiques pour des citoyens en nombre croissant, recrutés dans les pays francophone. Elle doit  savoir où se trouve sa grandeur spécifique, pour apporter sa contribution au développement des nations et des unions de nations de notre planète.

 

 

 

Le 13 décembre 2015       

 

 

 

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