Billet de blog 19 févr. 2022

138. "Illégitime "

Alors que nous arrivons à la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron, durant lequel tous les actes de contestation ont été rendus illégaux et sanctionnés ; il est important de rappeler à quel point cet individu est illégitime au poste de président de la République française.

Damien Gautreau
Professeur d'Histoire-Géographie
Abonné·e de Mediapart

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   Le Jupiter de la politique française est connu pour son arrogance, tant en France que sur la scène internationale. Pourtant, ce président est illégitime à bien des égards. Illégitime de part son élection elle-même, illégitime de part ses défaites électorales, illégitime de part la contestation qu'il suscite.

Une élection biaisée

  Emmanuel macron était la coqueluche des médias. Entre le 1er février et le 9 avril 2017, le candidat « en marche » a bénéficié de 20,7% de couverture médiatique, obtenant ainsi la seconde place derrière François Fillon. Dans la même période, Mélenchon ne dispose lui que de 11% de temps d'antenne. De plus, il ne faut pas oublier que Macron fut le premier candidat en campagne et qu'il profita ainsi d'une couverture médiatique conséquente durant des mois. Quand on sait l'importance qu'ont les médias sur les résultats électoraux, on comprend pourquoi ce candidat sans parti traditionnel parvient en tête à l'issue du premier tour.

Pourtant, malgré ce rouleau compresseur médiatique, les résultats de Macron sont à nuancer. Le soir du premier tour, quatre candidats sont au coude à coude, autour de 20%, une première dans l'histoire de la Vème République1. Le nombre de voix du président est alors plus faible que celui de ses prédécesseurs. Hollande totalise 10272705 voix en 2012 et Sarkozy 11448663 en 2007 alors que Macron n'en a que 8656346. Pire, il enregistre moins de voix que les deux seconds, Royal en 2007 et Sarkozy en 2012, tous deux largement au dessus des 9 millions.

Au second tour les choses sont encore plus frappantes. Alors que Macron fait 66,1% contre l’extrême droite, Chirac en 2002 en faisait 82,2. Mais ce n'est pas tout. Le second tour de 2017 est marqué par l’abstention, c'est la plus forte depuis 1969, seulement 74,5% des électeurs se sont déplacés. Dans ces électeurs qui se déplacent pour voter, beaucoup ne choisissent aucun des deux candidats et les votes blancs et nuls culminent à 11,5%, un niveau historique. Lors des précédents scrutins les bulletins blancs et nuls sont autour de 5%. Au total donc, lors de ce second tour, 16 millions d'électeurs (abstention+votes blancs et nuls), soit 34%, ne choisissent aucun des deux candidats.

Pour résumer donc, Macron est élu avec moins de voix que ces prédécesseurs au premier tour, avec un second tour marqué par une abstention historique et un nombre de bulletins blancs et nuls record.

Des revers significatifs

  Emmanuel Macron va néanmoins fanfaronner et passer outre cette élection biaisée. Il va vite être rappelé à la réalité et perd toutes les élections intermédiaires. Son parti a subit deux revers significatifs lors des élections municipales de 2020 ainsi qu'aux élections régionales et départementales de 2021.

Déjà en 2019, le parti présidentiel avait subit un premier échec lors des élections européennes. Si le résultat de la liste « en marche » est correct, elle ne termine que deuxième et ne parvient pas à remplir son objectif qui était de battre le RN. Le président s'était pourtant impliqué personnellement dans la campagne. C'est la première désillusion d'une longue liste de revers électoraux.

Mais en 2020, la défaite est bien plus cinglante. C'est une véritable claque que prend Macron lors des élections municipales. Au premier tour, LREM n'atteint que 2,2% au niveau national. Le parti du président obtient moins de 300 élus municipaux, loin derrière le PCF qui en compte plus de 1000.

La défaite des municipales trouve un écho l'année suivante avec les élections régionales. Les listes soutenues par Macron ne font que 10,5% au premier tour et seulement 7,1% au second. Le parti présidentiel ne remporte aucune région en France métropolitaine. Une déconvenue qui s'accompagne de celle des élections départementales, organisées simultanément. Une défaite lors d'une élection marquée par une abstention record, seuls 34% des électeurs se sont déplacés, signe du désenchantement suscité par la politique gouvernementale. Macron avait justement tout fait pour « nationaliser » ces élections mais refuse de reconnaître son échec cuisant.

Sans surprise, cette faible implantation locale a des répercussions au Sénat où siègent seulement 23 sénateurs de la majorité présidentielle sur un total de 348.

Alors qu'il annonçait renouveler la vie politique française en mettant fin au bipartisme, Macron a perdu toutes les élections intermédiaires et de façon très nette.

Des contestations nombreuses

  Depuis son élection, Emmanuel Macron a suscité beaucoup de mécontentements. Il a notamment du faire face au mouvement des gilets jaunes qui commence en octobre 2018. Cette mobilisation citoyenne est historique et implique jusqu'à 3 millions de personnes. Elle s'installe dans la durée et s'inscrit dans le paysage social français. Le mouvement est violemment réprimé, on dénombre 11 morts et plus de 4000 blessés. Les mains arrachées et autres yeux crevés sont devenus le symbole de la répression de ce mouvement. Fin 2019 et début 2020, Macron voit défiler les syndicats contre sa réforme des retraites, on compte plus de 10 journées de mobilisation qui rassemblent à chaque fois plus de 100000 personnes. La réforme qui prévoit que les Français travaillent plus longtemps fait l'unanimité contre elle, tous les syndicats sont mobilisés. Mais ces deux mouvements vont être stoppés dans leur élan par l'arrivée du Covid-19 et le premier confinement. La situation sanitaire sert ainsi à calmer les mobilisations sociales. La colère sociale est mise sous cloche.

Vient alors un autre mouvement, celui contre le pass-sanitaire. Cette mesure est considérée comme liberticide, ségrégationniste voir fasciste. La encore, les manifestations s’enchaînent sans que le gouvernement n'en tienne compte. Toutes les grandes villes sont concernées. Un mouvement plus offensif voit le jour en Guadeloupe, l'archipel est paralysé par une mobilisation dure. La seule réponse est l'envoi de davantage de gendarmes.

Enfin, comment être légitime au poste de président de la République quand on déplore publiquement l'absence de roi en France, quand on considère que certains français « ne sont rien » ou encore quand on a « très envie d'emmerder » une partie des citoyens.

    Emmanuel Macron semble donc être dans un costume qui est trop grand pour lui. Celui qui se rêvait comme le nouveau De Gaule, le renouveau de la politique française, n'est pas à la hauteur de ses ambitions. C'est la même chose sur la scène internationale. Alors que Macron veut donner la leçon à la Turquie sur Chypre ou à la Russie sur la Crimée, il oublie que la France occupe et administre Mayotte contre l'avis des Nations Unis. Il oublie que la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie sont toujours sur la liste des territoires à décoloniser de l'ONU. Il oublie aussi qu'il soutient l’État d’Israël qui viole quotidiennement le droit international et est condamné 14 fois par l'assemblée des Nations Unis pour la seule année 2021. Il oublie aussi les nombreuses condamnations de la France par la CEDH sous son mandat. Enfin il oublie que c'est lui et pas un autre chef d’État qui fait la couverture du « rapport islamophobie en Europe » en décembre 2021.

1Macron 23,9% ; Le Pen 21,4% ; Fillon 19,9% ; Mélenchon 19,6%

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