Un Dimanche à Jéricho

Par Anissa.Il est environ quatorze heures quarante cinq quand le car stationne sur le parking donnant accès à la mer morte. La chaleur est écrasante à Jéricho et nos sacs a dos plus chargés que d’habitude : maillots de bain pour certains, paréo pour d’autres, empressement de découvrir ce lieu mythique pour tous.

Par Anissa.

Il est environ quatorze heures quarante cinq quand le car stationne sur le parking donnant accès à la mer morte. La chaleur est écrasante à Jéricho et nos sacs a dos plus chargés que d’habitude : maillots de bain pour certains, paréo pour d’autres, empressement de découvrir ce lieu mythique pour tous.

La veille, la journée passée à Hébron avait été éprouvante etaujourd’hui le besoin irrépressible de décompresser les pieds dans l’eau amotivé le groupe pour être, pour une fois, à l’heure au point de rendez – vous.

Nombreux sont les touristes à se précipiter vers le portique d’accès à cette plage unique et mythique: « rabza », « renoi »,« chinois » : une véritable pub Benetton.

Un garde à l’entrée veille au bon déroulement du franchissement de ce « checkpoint » plus agréable que ceux précédemment franchis. Mais hélas, une fois encore, la déception et la colère sont au rendez – vous. L’accès à la mer est payant : 45 shekels soit l’équivalent de neuf euros.

C’est la zone mon frère !

Zone B en l’occurrence, autrement dit : territoirepalestinien, sous contrôle israélien.

« Que fait – on ? » lance Madjid.

Un tocard propose de chevaucher un petit muret, donnant sur la plage,mais très vite un cerbère nous en empêche, nous alertant sur la présence demines, tristes vestiges de la guerre des six jours.

Passablement excédés, nous revenons sur nos pas et Madjid renouvèle sa question.

L’hésitation fait rapidement place à l’adoption d’une résolution commune :pas question de cautionner cette privatisation injuste d’un lieu situé t enterritoire palestinien et qui devrait, par sa charge historique, être ouvert à tous.

Je crois que ça va pas être possible

Par ailleurs, nous en avons été témoins : sous nos yeux, un groupe de Palestiniens de moins de 35 ans s’est fait refoule aux seuls prétextes de leur potentielle dangerosité liée à leur nationalité.

Les Palestiniens âgés de plus de soixante ans peuvent aussi avoir accès à la plage, mais l’exercice de ce privilège reste assez aléatoire.

Ici, on refoule aussi bien que devant les boites de nuit parisiennes. Allez, circulez jeunes Palestiniens, pour vous y a rien à voir ! Qui sait ce que vous cachez derrière vos slipsde bain… Impuissants, écœurés, épuisés par la chaleur, nous rebroussons chemin.

Ce soir, le moral est aussi bas que le niveau de la mer morte…

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