Droits des femmes : la gauche peut le faire !

Quelque chose a changé dans la bataille de l’égalité femmes – hommes ces dernières années. Il y a d’abord eu la menace sur les crédits alloués au Planning Familial, en 2009 qui a déclenché un élan de solidarité pour défendre cette association symbole de liberté pour des millions de femmes.

Quelque chose a changé dans la bataille de l’égalité femmes – hommes ces dernières années. Il y a d’abord eu la menace sur les crédits alloués au Planning Familial, en 2009 qui a déclenché un élan de solidarité pour défendre cette association symbole de liberté pour des millions de femmes. Il y a ensuite eu les mobilisations contre la réforme de retraites, en 2010, pendant lesquelles l’écart ahurissant entre les pensions des femmes et des hommes a été au cœur des manifestations comme des débats au Parlement. Enfin, nous avons assisté en 2011, à un réveil des consciences contre le sexisme qui sévissait – et sévit encore – dans toutes les sphères de la société (médias, réseaux sociaux, cadre privé, politique, économie…).

 

Ces trois périodes de mobilisations, ajoutées à l’apparition de nouvelles associations, ont en partie changé le regard de l’opinion publique sur l’engagement féministe. Et elles ont enfin entamé cette illusion de l’égalité qui a fait penser à des générations entières que pour les droits des femmes, « c’est gagné, la bataille est derrière nous ». Dépassant largement le cercle des militantes et militants féministes, une aspiration profonde à l’égalité et un ras-le-bol général de voir les femmes discriminées en raison de leur sexe a fait son apparition sur la scène publique.

 

A gauche, cela n’a pas échappé aux partis politiques et aux candidats à la Présidentielle.

 

Lorsque l’on observe les programmes des candidats et leurs partis et qu’on les compare à ceux de 2002 ou 2007, il n’y a pas photo. En matière de droits des femmes, ils se sont étoffés, enrichis. La revendication première des associations féministes, la création d’un ministère des droits des femmes, apparaît maintenant dans chacun des projets, qu'il s'agisse de celui de François Hollande, Eva Joly ou Jean-Luc Mélenchon. En matière d’égalité professionnelle, la volonté de lutter contre la précarité fait son apparition aux côtés de l’éternel engagement de faire appliquer les lois maintenant quarantenaires sur l’égalité salariale.

 

Les choses bougent, et c’est tant mieux. C’est le signe que les candidates et candidats ont entendu l’exigence d’égalité qui monte dans la société. C’est aussi la conséquence du travail acharné de militantes et militants féministes engagés dans ces organisations, qui ont relayé les revendications des associations de défense des droits des femmes.

 

Les choses bougent donc. Mais pas assez. Si l’on veut que 2012 marque une réelle rupture dans la conquête de nouveaux droits pour les femmes, il faut bien entendu que la gauche gagne. Mais il faut aussi qu’elle soit plus offensive, plus ambitieuse. Plus féministe.

 

Les droits des femmes, même lorsque les programmes sont très détaillés et complets, restent encore trop souvent pensés comme une thématique à part. La question de l’égalité entre les sexes n’est pourtant pas seulement un sujet pour les femmes : elle doit être pensée commeun élément structurant des politiques publiques. A chaque mesure que prend un gouvernement, il y a, qu’on le veuille ou non, une conséquence sur l’égalité femmes – hommes. Lorsque dans les années 90, les entreprises se voient proposer des exonérations de cotisations sociales sur le travail à temps partiel par exemple, s’ouvre alors une trappe à précarité dans laquelle les entreprises vont faire s’engouffrer des millions de femmes. Conséquence aujourd’hui, 80% des travailleurs à temps partiel sont des femmes. Lorsque la droite baisse sans discontinuer les moyens de l’hôpital public, elle les pousse à fermer les services considérés comme moins rentables, dans lesquels on range notamment les centres IVG. Conséquence, soulignée par l’IGAS en février 2010 : le droit des femmes à disposer de leur corps recule en France. Deux réformes « neutres » qui en réalité n’en sont pas.

 

 

La gauche devra donc, quand elle reviendra au pouvoir en mai 2012 – elle le peut ! – revoir sa façon de penser l’égalité femmes – hommes. Les rapports sociaux de sexes doivent devenir un sujet politique tout aussi important que les finances publiques ou les relations internationales. Sans ce changement de paradigme, les droits des femmes avanceront sans doute, parce que la gauche prendra des mesures dans plusieurs domaines : égalité professionnelle, parité, droit à l’avortement…. Mais combien de temps encore faudra-t-il attendre pour voir de nos yeux une société dans laquelle nous serons devenus indifférents à la différence des sexes ? Une société dans laquelle, que l’on soit femme ou homme, on puisse construire sa vie comme nous l'entendons, libérés des stéréotypes et discriminations ? Notre société, même si elle a avancé de manière fulgurante au cours du siècle dernier, est encore profondément marquée et organisée par un système patriarcal qui a dominé pendant des milliers d’années. Si le futur Président de la République veut changer la donne, ce n’est pas à coup de petites mesures qu’il pourra le faire. Il faudra s’attaquer aux racines des inégalités, et donc à quelques-uns des fondements de cette civilisation si chère au cœur de Claude Guéant (voir le formidable entretien avec Françoise Héritier dans Le Monde à ce sujet).

 

La gauche, parce qu’elle a avancé ces dernières années sur le terrain de l’égalité femmes – hommes, peut ouvrir un nouveau cycle d’avancées majeures pour les droits des femmes. Le fera-t-elle ? Cela dépend en grande partie de sa volonté politique d’inscrire l’égalité femmes – hommes au rang des priorités de son projet de société. Parce qu’elle a toujours combattu pour l’émancipation des individus et qu’elle place la justice sociale et l’égalité au cœur de son projet, la gauche est la seule qui peut porter le flambeau féministe et offrir une perspective de transformation profonde de notre société. Dans ce domaine, il reste encore un pas – ou deux – à faire. Soyons optimiste : nous avons encore 66 jours !

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.