Voici un film qui entre en résonnance avec l'attentat contre Charlie Hebdo à Paris du 7 janvier 2015. Tourné entre 2010 et 2012, alors que l'Egypte renversait Hosni Moubarak et qu'en Syrie les premières manifestations pacifiques ébranlaient le régime Bachar el-Assad, Comme si nous attrapions un cobra, de Hala Alabdalla, sera diffusé dans son intégralité dès ce week-end sur Mediapart. Le réalisatrice syrienne le résume ainsi :

Teaser - Comme si nous attrapions un cobra. © Oeil Sauvage

Cette diffusion se fait dans le cadre de notre partenariat avec l'association Images en bibliothèques. L'une des adhérents, Elise Girard, de la bibliothèque de la Cinémathèque Française écrit à propos de Comme si nous attrapions un cobra :

« Ce documentaire tisse un réseau de portraits et d’entretiens, réalisés notamment auprès du célèbre caricaturiste syrien Ali Farzat, d’Hazem Alhamwi, caricaturiste, cinéaste et graphiste syrien plus jeune, de Mohieddine Ellabbad, véritable figure tutélaire des caricaturistes égyptiens, qui disparaît au cours de la réalisation du film, et de la jeune génération émergente de dessinateurs égyptiens. La cinéaste les interroge sur la spécificité de la presse écrite humoristique, sur les rapports entre caricature et liberté d’expression, sur leur marge de manœuvre, sur le fait de faire des compromis, de travailler, selon l’un d’entre eux, sur « des thèmes acceptables par la sûreté et le pouvoir ». Ils expriment leur vision de leur art : pour Hazem Alhamwi, la caricature, c’est la puissance des concepts, pour Ali Farzat, le dessin doit porter celui qui le regarde à l’analyse, doit représenter une idée.

Ils évoquent aussi la peur, leur idée de la vie et la mort, l’importance qu’ils accordent à l’écriture, et disent leur désillusion.

Certains ont vécu la violence de la répression, la détention et la torture, et le film restitue avec pudeur ces témoignages directs.

Ce film âpre est emprunt de la souffrance de l’écrivaine et journaliste syrienne Samar Yazbek, dont les réflexions et les textes ponctuent les autres séquences, depuis Damas dans les mois précédant la révolution syrienne, jusque dans l’exil en France cinq mois après son déclenchement.

Mais c’est aussi la transmission de cet art de la caricature que Mohieddine Ellabbad a su opérer auprès de la jeune génération de caricaturistes égyptiens au sein de laquelle oeuvre une jeune femme, que filme Hala Alabdalla. Son film nous laisse entrevoir la richesse de l’art de ces caricaturistes en filmant à de nombreuses reprises leurs planches de dessins, et montre à quel point ils se sont fait l’écho des citoyens de leur pays, prônant « la résistance par l’ironie » comme l’appelle de ses vœux Ali Farzat. »

Ce film sera visible sur Mediapart pendant trois mois.

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