Près de Lons-le-Saunier, Annick se partage entre deux infirmeries scolaires. A travers son travail quotidien, le documentaire de Fleur Albert est une chronique de l’adolescence dont l’infirmerie est le théâtre unique et privilégié ; une forme de refuge où peut se dire le malaise scolaire, familial ou personnel tout autant que des questionnements cocasses ou graves sur la vie quotidienne, la famille, l’amour, l’école, la société...

Extrait - Ecchymoses © CEMÉA Dircom
Ce documentaire, bientôt diffusé en intégralité sur Mediapart, vous est proposé dans le cadre de notre partenariat avec Images en Bibliothèques. Voici d'ailleurs ce qu'écrit Isabelle Grimaud, de Bibliothèque publique d’Information à Paris à propos de ce film :

« Avec Ecchymoses nous sommes en présence d’un film de paroles. L’échange des mots est essentiel et se double de l’image des visages et des postures des adolescents face à l’infirmière scolaire, Annick, cousine de la réalisatrice qui a l’art et la manière de communiquer avec ceux et celles dont elle a la responsabilité durant le temps scolaire. « Une grande accoucheuse » ai-je pu entendre de la bouche même de Fleur Albert. Le dispositif est le huis-clos (les deux infirmeries car Annick se partage entre deux lycées et cela l’épuise puisque c’est « à chaque fois recommencer une journée ») avec un rôle primordial joué par la porte d’entrée (on frappe, on entre, on sort –parfois avec difficulté-). Entre ces deux mouvements qui signent une dimension théâtrale, s’inscrit le temps de la parole et du regard frontal sur soi-même, difficulté inhérente à l’adolescence – expérience de la métamorphose, de l’apprentissage à devenir –. Il y a des séquences plus légères que d’autres, des moments de résistance et de pudeur des locuteurs (face à Annick, face à la caméra, peut-être aussi), comme l’absence d’affectivité du jeune garçon qui a subi une chimiothérapie consécutive à une tumeur au cerveau.

Il reste une évidence : la réalisatrice sans se faire oublier, arrive à se faire accepter. Son dispositif est proche de celui du Depardon d’Urgences pas de celui de La vie moderne. Ce qui nous émeut, sans tomber dans le pathos ou le sentimentalisme, est le trouble qui sourd dans ces mots d’adolescentes (le plus souvent), ces peurs (tomber enceinte), ces comportements (accès boulimiques, scarifications). L’institution scolaire n’est pas analysée (d’ailleurs une scène seulement met en présence Annick et sa collègue assistante sociale). Seul compte ce lieu, l’infirmerie animée et habitée par Annick où se disent les maux, où se jouent les rencontres, où les mots soignent.

Parfois, aussi, quelques sorties / échappées du huis-clos : la cour des collèges où le décalage entre garçons et filles est des plus flagrants, les plans sur la campagne environnante (une infirmière scolaire en zone rurale avec les problèmes de confidentialité que peut poser la pilule du lendemain à demander à la pharmacie ou le désir pour les jeunes filles d’aller au planning sans en passer par leur mère) et le coup de fil, le lien renoué avec Milena, lycéenne hospitalisée en psychiatrie, dont Annick avait accueilli le mal être et recueilli les paroles d’angoisse. »

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