Dubochet, un Lausannois décroche le prix Nobel de chimie

Le Vaudois Jacques Dubochet est co-lauréat du Nobel de chimie Le chercheur de l'Université de Lausanne, ainsi que ses collègues Joachim Frank (Etats-Unis) et Richard Henderson (Grande-Bretagne), ont été récompensés pour leurs travaux sur la cryo-microscopie électronique. (C'est la chimie du chocolat et du Gruyère !)

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Le Temps

Publié mercredi 4 octobre 2017 à 12:00,

C'est un grand jour pour la science suisse et même vaudoise. Le prix Nobel de chimie a été attribué conjointement au chercheur Jacques Dubochet, 76 ans, chercheur à l'Université de Lausanne, ainsi qu'à Joachim Frank (Etats-Unis) et Richard Henderson (Grande-Bretagne). Ils ont été récompensés pour leurs travaux en cryo-microscopie électronique, une méthode révolutionnaire d'observation des molécules.

«Le prix cette année récompense une méthode rafraîchissante d'imagerie des molécules de la vie», a annoncé Göran Hansson, le secrétaire-général de l'Académie royale des sciences qui décerne le prix. Grâce à cette méthode, «les chercheurs peuvent désormais produire (...) des structures tridimensionnelles de biomolécules», a souligné le jury Nobel.

Le Nobel de chimie est le troisième prix de la saison. Le prix 2017, doté de 9 millions de couronnes suédoises (plus d'un million de francs), sera partagé entre les trois lauréats.

Résister au vide 

Dans les années 1980, Jacques Dubochet a permis aux molécules organiques de résister au vide qui règne dans les microscopes électroniques. Sa méthode: vitrifier l'eau, en la congelant si vite qu'elle empêche le vide et le faisceau d'électrons de détruire cette fragile construction vitale.

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La cryo-microscopie électronique permet d'étudier des échantillons biologiques sans attenter à leurs propriétés, comme cela se produit avec des colorants ou les faisceaux d'électrons dégagés par les rayons X. En microscopie électronique conventionnelle, les échantillons, la plupart du temps constitués d'une grande quantité d'eau, doivent en effet être déshydratés, et donc altérés.

De façon à obtenir la meilleure image possible, il est par ailleurs fréquent d'utiliser des colorants ou des sels qui là encore perturbent l'observation... Jusqu'aux années 1980, lorsque Jacques Dubochet et ses équipes inventent la cryo-microscopie électronique: grossièrement, il s'agit de congeler l'échantillon pour qu'il conserve son état originel. La technologie moderne permet en outre de reconstruire l'échantillon biologique (virus, bactérie, etc) en 3D.

Richard Henderson avait été le pionnier de l'utilisation du microscope électronique pour observer des molécules organiques, relate le comité Nobel dans son communiqué. Joachim Frank avait ensuite rendu la technique applicable grâce à une méthode de traitement des images permettant d'obtenir des objets nets en trois dimensions. Aujourd'hui, l'obtention d'images en 3D de protéines ou de virus est devenue monnaie courante, grâce aux percées réalisées par les trois hommes. 

Un improbable CV

Le CV et le blog mis en ligne par le chimiste vaudois dévoilent une nature pleine d'humour, presque espiègle. Il dit avoir été conçu en 1941 de parents optimistes (c'était la guerre); avoir cessé d'avoir peur du noir à l'âge de 5 ans, en comprenant que le soleil reviendrait car il tourne autour de la terre; et d'avoir été le premier dyslexique reconnu dans le canton de Vaud en 1955. 

Sa carrière a débuté à l'EPUL, l'ancêtre de l'EPFL, avant de la conduire à l'université de Genève, de Bâle et de Heidelberg où il découvrir son processus de vitrification de l'eau en microscopie. 

Marié, deux enfants, le savant explique avoir fait une «très classique» psychanalyse entre 1970 et 1976 et se situer politiquement à gauche.

Dans le dernier post de son blog, il ironisait sur son statut de retraité, en notant: «Dur dur, la vie d’un retraité libre de tout choisir à tout instant. Michèle m’avait conseillé de consacrer la première année à apprendre le métier. Le conseil était bon mais largement insuffisant. Après 10 ans à constater chaque année que j’aurai dû être plus sévère dans mes choix et à promettre de faire mieux l’année suivante, je viens de faire un pas de plus en remarquant que je ne sais faire qu’une chose à la fois. [...] Oui, j’ai tout mon temps pour toutes choses mais l’une après l’autre. C’est bon quand on le sait.»

Doris Leuthard «fière de la Suisse»

La présidente de la Confédération s'est réjouie de la nouvelle. «Je félicite Jacques Dubochet pour son prix Nobel de chimie. Cette distinction est l'expression de votre remarquable travail de recherche et me rend fière de la Suisse», a tweeté la ministre.

Le conseiller fédéral en charge de la recherche Johann Schneider-Ammann a lui aussi présenté ses félicitations à l'ancien chercheur de l'Université de Lausanne via le réseau social, de même que le conseiller national socialiste vaudois Roger Nordmann, qui n'a pas manqué de souligner l'affiliation du vainqueur au PS.


Le Fonds national suisse de la recherche scientifique a salué le prix Nobel de chimie: «Cette récompense est le meilleur argument en faveur d’une recherche scientifique fondamentale indépendante et internationale en Suisse», a souligné le FNS dans une première réaction.

Le FNS a soutenu à de nombreuses reprises, et dès 1989, les travaux de Jacques Dubochet ainsi que de ses collaborateurs, précise le communiqué.

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