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Billet de blog 11 mars 2019

Bouteflika quitte Genève

Crise politique Le dirigeant algérien a décollé dimanche. Son retour in extremis doit lui permettre de faire valider sa candidature.

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 Bouteflika quitte Genève pour l’Algérie en ébullition

Dimanche après-midi, un cortège de véhicules noirs arrive sur le tarmac de Cointrin après avoir quitté les HUG. Vers 16 h, le Gulfstream décolle avec le président à son bord. Image: REUTERS/Denis Balibouse

Marc AllgöwerPar Laurence Bézaguet@lbezaguet007Par Richard Etienne@RiEtienne ABO+Mis à jour à 22h41

TRIBUNE DE GENEVE

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Il est rentré chez lui, dans ce pays où une partie de la population le défie dans la rue. Dimanche, Abdelaziz Bouteflika a mis un terme à quinze jours d’hospitalisation à Genève. Dans quel état de santé le président algérien est-il revenu? Le mystère demeure. Par communiqué, la présidence algérienne s’est bornée à répéter qu’il s’agissait de «contrôles médicaux périodiques». Mais comme l’avait révélé notre journal, les problèmes neurologiques et respiratoires du chef d’État présentent un risque vital permanent.

Dimanche après-midi, un cortège de véhicules noirs a quitté les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) avant de se rendre à l’aéroport de Genève-Cointrin. Sur le tarmac l’attendait le même appareil qui était arrivé le 24 février dernier, un Gulfstream immatriculé 7T-VPM, en provenance de l’aéroport militaire de Boufarik, à une trentaine de kilomètres d’Alger. L’avion a décollé vers 16 h puis, juste avant son atterrissage, un porte-parole a confirmé la présence du dirigeant à son bord.

Ce retour in extremis permet à Abdelaziz Bouteflika, qui brigue un cinquième mandat, d’être présent sur le territoire algérien alors que le Conseil constitutionnel doit valider mercredi les candidatures à l’élection du 18 avril.

Le spectre de l’affrontement

Pour Kader Abderrahim, maître de conférences à Sciences Po Paris invité à s’exprimer ce lundi au Global Studies Institute à Genève, la situation demeure «surréaliste, un grand trou noir». Le spécialiste du Maghreb (auteur de «Géopolitique du Maroc», Éd. Bibliomonde) entrevoit deux cas de figure: «Soit le Conseil constitutionnel valide cette candidature au mépris de la réalité, et on basculerait du mépris du peuple à son humiliation. Dans ce cas, on irait à l’affrontement violent. Soit le système trouve un moyen formel d’invalider la candidature, par exemple en affirmant que le président n’a pas déposé son dossier en personne.»

Tous les regards se tourneraient alors vers celui sur lequel le régime se serait accordé pour succéder à Abdelaziz Bouteflika. «S’ils nous sortent du chapeau un Poutine, ce serait la catastrophe. S’ils sortent un Gorbatchev, ce serait une transition, certes gérée par le régime, mais une transition tout de même», analyse le politologue.

L’armée fait un geste

Signe qu’une telle bascule est peut-être en train de s’opérer, le chef d’état-major de l’armée, le général Gaïd Salah, a pris la parole dimanche à la télévision. Lui qui avait mis en garde la semaine dernière contre un retour aux années sombres de la guerre civile, a assuré que l’armée et le peuple partageaient «la même vision de l’avenir». Pour Kader Abderrahim, «c’est le résultat de l’intervention des États-Unis demandant de respecter la liberté de manifester. Le pouvoir sait qu’il est sous observation.»

Alors que le chef de l’armée s’exprimait, les manifestations se sont poursuivies dans plusieurs villes du pays. À Alger, des milliers de personnes ont à nouveau défilé dans une ville en partie bloquée – magasins fermés, transports publics à l’arrêt. Parmi les contestataires se trouvaient de nombreux étudiants. La décision des autorités d’avancer les vacances universitaires de dix jours n’y a rien fait.

«Ça craque de partout»

Si la rue n’a pas réussi jusqu’ici à ébranler le pouvoir, la multiplication des défections l’inquiète davantage. Dimanche, des mouvements de grève d’ampleur variable étaient signalés dans plusieurs entreprises étatiques. Ils font suite à l’appel de l’Organisation nationale des moudjahidines – l’un des piliers historiques du régime qui fédère les combattants de la guerre d’indépendance. Le 5 mars, elle avait rendu Abdelaziz Bouteflika «responsable de la situation actuelle» et s’était rangée du côté de la rue. «Ça craque de partout, au sein du FLN (ndlr: le parti au pouvoir), dans les syndicats, dans le patronat, conclut Kader Abderrahim. Tout se jouera mercredi prochain.»

(TDG)

Créé: 10.03.2019, 22h41

Épisode inédit aux HUG

Le départ d’Abdelaziz Bouteflika dimanche clôt un épisode inédit pour les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Selon nos informations, la direction a même tenu à remercier le personnel soignant qui s’était occupé de cet hôte de marque, signe que les deux dernières semaines avaient été éprouvantes pour l’établissement.

La présence du chef de l’État algérien a provoqué un casse-tête sécuritaire – le 8e étage, où il séjournait, a connu des mesures de sécurité renforcées –, une surcharge du standard téléphonique face aux multiples appels en provenance d’Algérie et plusieurs manifestations d’opposants sur le parvis de l’hôpital.

Vendredi dernier, l’un des candidats à l’élection présidentielle, Rachid Nekkaz, a même tenté de pénétrer dans le hall d’accueil avant d’être interpellé par les forces de l’ordre.

M.All., L.B., R.E.

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