Suisse : les dents limées de l’extrême-droite

L’extrême-droite n’est plus le grand méchant loup de la Suisse. L’Union démocratique du centre (c’est comme ça qu’elle s’appelle) a les dents limées, mais sa capacité de nuisance reste grande. Voilà comment on peut résumer le faux suspense de l’élection du gouvernement helvétique par le Parlement.

Les partis politiques et les médias helvétiques avaient fait monter la mayonnaise depuis des semaines. Vous allez voir ce que vous allez voir : l’UDC va faire exploser la délicate mécanique gouvernementale. Elle va éjecter la ministre des Finances, qui a eu l’audace de créer un parti anti-UDC, et elle va récupérer un second siège au gouvernement fédéral. Et bien, c’est raté : Eveline Widmer-Schlumpf a gardé son siège et elle a même été élue présidente de la Confédération.

Pour l’UDC, cette tempête dans un verre de fendant garde un goût amer. L’extrême-droite xénophobe et anti-européenne vient de subir une nouvelle baffe. En octobre, elle avait perdu 9 sièges aux élections fédérales, pour la première fois depuis quinze ans. Même si l’UDC reste le premier parti de Suisse, avec 26% de l’électorat. Son stratège, l’ancien conseiller fédéral (ministre) et milliardaire Christoph Blocher avait loupé son élection au Conseil des Etats (Sénat). Pire encore : ce parti qui se vante d’avoir les moyens financiers et le professionnalisme pour imposer ses candidats au gouvernement fédéral a lamentablement échoué. Il n’a pas réussi à trouver de candidat crédible et convaincant. Bruno Zuppiger, le héraut de l’UDC, a dû jeter l’éponge, une semaine avant l’élection. Il avait été accusé de détournement de fonds dans une sombre affaire d’héritage. «Insoutenable légèreté ou cynisme illimité», s’interroge le quotidien Le Temps. «L’explosion en vol de ce dernier était prévisible.» En catastrophe, l’UDC a dû se rabattre sur deux députés qui ne pouvaient faire que de la figuration : le président du Conseil national (Chambre basse), ancien président de l’Union des paysans, et l’éternel candidat UDC, patron d’une scierie. Lors de l’élection, le sympathique paysan a vite jeté l’éponge et le scieur en long va retourner à ses affaires.

Résultat : un jour noir pour l’UDC. Le parti qui voulait faire exploser le système et imposer son candidat se retrouve avec un «statu quo cimenté». Le gouvernement compte toujours deux socialistes, deux libéraux-radicaux (droite), une démocrate-chrétienne, une centre-droit et un seul UDC. C’est la coalition qui va diriger la Suisse au moment où le franc fort menace le exportations, où le secret bancaire vole en éclat et où les relations avec l’Union européenne sont dans l’impasse. Les parlementaire suisses ont clairement dit non à une extrême-droite arrogante, provocante, maniant l’insulte politique et qui a toujours mené un double jeu : un pied au gouvernement et l’autre dans l’opposition, «un glissement vers une droite nationaliste et identitaire en rupture totale avec le système.»

Les stratèges de l’UDC sont divisés : quitter le gouvernement, au risque d’être marginalisé, ou y rester en utilisant le droit d’initiative et de referendum, des armes redoutables pour imposer ses idées sur l’immigration et contre l’Europe. En fait, l’UDC a déjà tranché. Sur son site, elle affirme : «Avec un seul conseiller fédéral, l'UDC ne peut pas assumer la part de responsabilité gouvernementale qui lui revient et elle misera donc davantage sur la participation directe des citoyennes et des citoyens moyennant des référendums et des initiatives populaires.» Tout le monde est prévenu.

Dans le système politique de la Confédération, il n’y a pas de majorité et d’opposition, mais une coalition des principaux partis. C’est la concordance instaurée en 1959 entre la force électorale des partis et la répartition des sièges au gouvernement. Tous les observateurs sont d’accord : le mécanisme ne fonctionne plus depuis quelques années. Les petits partis du centre ne songent qu’à défendre leurs intérêts et les partis au pouvoir n’ont jamais pu conclure un vrai programme de gouvernement. Par beau temps, ça fonctionne bien, quand la tempête menace, c’est chacun pour soi ! La Suisse devra donc faire avec : son gouvernement continuera à fonctionner à coups de compromis pour faire contrepoids face à une UDC affaiblie.Lecture seule

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.