A Zurich, des vélos comme s'il en pleuvait

Du jour au lendemain, Zurich s'est réveillée avec un millier de vélos en libre-service mis sur le marché par une start-up asiatique. Les autorités, qui planifient depuis des années leur propre service, voient rouge

Zurich rêve depuis longtemps de devenir la «ville du vélo». Voilà qu’elle redoute l’invasion de la petite reine. C’est le dernier feuilleton de l’été: depuis début juillet, la société O-Bike, de Singapour, a déversé sa flotte de vélos jaune et gris sur les bords de la Limmat.

D’abord 300, puis 900 deux-roues sont apparus du jour au lendemain. Le phénomène suscite la colère des autorités zurichoises, prises de court. A tel point que, jeudi dernier, l’élu PLR Filippo Leutenegger, directeur des Travaux à Zurich, a prié l’entreprise asiatique de retirer plus d’un tiers de ses vélos.

O-Bike, déjà présente à Taïwan, en Angleterre, en Allemagne ou aux Pays-Bas, débarque à Zurich comme un éléphant dans une boutique de porcelaine. Après près de deux ans de bagarre juridique entre deux acteurs concurrents, la ville a annoncé le lancement de son propre réseau de location de vélos en libre service, Züri Velo.

Ce système exploité par Publibike AG, une filiale de CarPostal, doit voir le jour en 2018, avec 500 vélos répartis sur 35 stations dans un premier temps, puis 2250 sur 150 stations, dont la moitié seront des vélos électriques.

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Contrairement à celui de Publibike, le modèle «free-floating» d’O-Bike ne possède pas de station fixe où déposer le vélo loué. L’usager s’enregistre sur une application et paie un montant de 129 francs en guise de caution, puis 3 francs par heure. Il localise ensuite un vélo par GPS sur son smartphone et le laisse à destination une fois son trajet réalisé. Résultat: les cyclistes ont tendance à abandonner leur monture où bon leur semble, pas toujours au meilleur endroit.

Dans la ville chinoise de Shenzhen, où ce type de système est répandu, des amas de deux-roues délaissés encombrent les rues. Zurich est loin de ces scènes chaotiques, mais le Département des transports de Filippo Leutenegger a reçu plusieurs douzaines de plaintes de citadins incommodés par des vélos abandonnés.

En l’espace de cinq jours, les autorités zurichoises ont récolté 150 deux-roues d’O-Bike encombrant l’espace public. Certains ont été repêchés au fond de la rivière. Le Département des transports de la ville exige désormais du nouvel acteur de ne pas dépasser 10% d’occupation des places de parc destinées aux vélos. De son côté, O-Bike a engagé deux personnes pour sillonner les rues à la recherche des vélos mal parqués.

Mais la ville s’attend à devoir revoir ces règles, avec l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché. Smide, un projet pilote de l’assurance Mobilière, avait ouvert la voie à Zurich en octobre 2016, avec 200 vélos répartis sur le modèle de «free-floating». Après O-Bike, d’autres entreprises devraient lui emboîter le pas. La presse alémanique évoque les projets de l’entreprise Onebike, ou de la société danoise Donkey Republic.

La peur du dégât d’image

Président de Pro Velo, Matthias Aebischer voit d’un bon œil l’arrivée massive de vélos en libre service dans les villes suisses, où le vélo ne séduit que 8% des usagers, contre 23% au Danemark par exemple. Mais il redoute le dégât d’image: «Nous ne voulons pas de millions de vélos inutilisés, cela causerait du tort à l’image du vélo en ville», souligne-t-il.

L’association faîtière de défense des intérêts des cyclistes recommande aux autorités d’encadrer l’usage de ce type de systèmes afin de s’assurer que les vélos restent mobiles et en bon état, et qu’un monitoring permette de suivre les besoins des usagers.

Pionnier du vélo en ville, Lucas Girardet voit de son côté l’arrivée de ces nouveaux acteurs comme une «excellente nouvelle»:

«Enfin le vélo en libre service se démocratise et s’affranchit de la lourdeur du modèle classique, avec des stations fixes», souligne le Lausannois, fondateur de Velo Pass (devenu par la suite Publibike), un modèle qu’il voit désormais comme appartenant au passé. «Les systèmes «free-floating», qui connectent un vélo à un usager via smartphone, sont moins chers et plus souples. Tous ces vélos d’un seul coup, ça fait désordre et ça ne plaît pas aux autorités, mais je suis sûr que ça va se réguler. Pour les collectivités, c’est une chance.»

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