La « Barbie », une Suissesse sexagénaire !

La poupée Barbie va avoir soixante piges,

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La poupée Barbie va avoir soixante piges, l’âge de la retraite, et le Père Noël, son vaillant complice, en a distribué des milliers, la nuit de dimanche, dans la cheminée des gentilles fillettes.

Elle n’a pas une ride, tout juste un peu grossi, inutile de la lifter sous toutes les coutures pour qu’elle conserve sa peau de pêche plastifiée. Ce n’est pas le cas de ma concubine quinquagénaire qui, par crainte d’être mise au rancard, a eu recours au bistouri du chirurgien miracle,  ça m’a coûté la peau du cul pour un piètre résultat : la peau tendue comme un tambourin, elle n’ose à peine sourire, plutôt une grimace, un rictus de se sentir vieillir.

Les crèmes de jour, de nuit, d’avant et d’après l’amour, - il fut un temps pour cela - n’ont fait qu’enrichir la femme la plus riche de France, une vieille peau, elle aussi, qui n’avait plus toute sa tête. Une fortune, qu’elle a claquée, ma copine, des centaines de pots et de tubes, ça doit bien faire des dizaines de kilogrammes de pâte à polir, et moult séances chez l’esthétichienne.

Que n’a-t-elle pas fait pour garder son corps de fillette pubère, son look à la Barbie, ne pas grossir, se priver des plaisirs de la vie et de la bonne chair pour soigner la sienne. Maigre, je vous dis, la peau ridée, fendillée, pas de cuisses, pas de fesses, des guiboles veinées couleur bleuet.

Question nibards, ballonnés comme une chambre à air, je l’ai convaincue de ne pas y toucher, -  gare à la rustine - ne pas les grossir encore à la « silicone valley, ». Rien compris à cette histoire de bonnet blanc et blanc bonnet alors que sous nos latitudes, ils sont la plupart du temps rose bonbon !

La « Barbie originale » aurait une  ascendance helvético-germaine, une blondasse publicitaire prénommée Lili en souvenir de Marlène, américanisée par l’industrie du plastique.

Dès sa naissance, la pseudo-poupée, à son corps de rêve défendant, n’est donc pas la sainte ni touche que l’on pourrait croire. Habillée d’un costume de bain rayé noir et blanc, la Barbie fait polémique, elle est trop femme, trop sexualisée, un brin nunuche pour être mise entre les mains des petites filles. Contre toute attente, le succès est immédiat, au rancard donc, le bébé joufflu de nos grands-mères qui, sur commande disait maman, fermait les yeux ou faisait pipi dans de beaux draps cousus main.

Depuis deux, trois générations, des milliards de fillettes de par le monde ont été atteintes de barbiemania. Par contre, son petit ami, Ken, un androgyne dont on avait émasculé le zizi – pudibonderie oblige - n’a jamais atteint le sommet de l’affiche, ce qui explique que le couple Barbie n’a pas eu de descendants. Des clones, rien que des clones à l’identique.

La poupée mannequin s’est incrustée insidieusement dans les mœurs de nos fillettes par la ruse et la puissance d’un marketing tout azimut. Dès leur plus jeune âge, elles se sont identifiées à la féminité sexy de la Barbie, elles ne sont déjà plus des enfants mais des femmes en devenir. Elles sont des Barbies de chair, des bimbos, des princesses que l’on habille et déshabille à volonté, comme le faisait la camériste à la Cour du Roi.

Un corps filiforme, un bout de plastic moulé à l’emporte-pièce, à la cadence de robots au turbin jour nuit. Et des habits, toute une collection façonnée, pièce par pièce, par de petites mains chinoises, du prêt à porter de quatre sous, une taille unique de trente centimètres, de quoi vêtir sur toutes les latitudes une cinquantaine de nanas de toutes les couleurs. Chanel devait avoir la côte, sauf pour les robes de mariage où Saint-Laurent tenait le haut du pavé à la sortie de l’église. Quant à Karl Lagerfeld, il s’est planté avec son Ken !

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